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de nouveau un beau jeune homme, qui cependant paraissait triste, rêveur et mécontent, et qui s'ennuyait dans sa condition solitaire.
» Kchemnilo eut pitié de lui, et, tandis qu'il dormait, il lui accorda une sœur pour compagne, afin d’égayer sa solitude. Le jeune homme, en s’éveillant, se réjouit à la vue de sa sœur; et aussitôt sa mélancolie et sa tristesse disparurent. Le temps se passa en conversations agréables et en amusements innocents; ils vécurent dans l’harmonie la plus parfaite, sans que le moindre incident vint les troubler dans leur bonheur.
» Le jeune homme reçut alors du Grand-Esprit son premier songe, qu'il communiqua ensuite à sa sœur. « Cinq jeunes gens » lui dit-il, « se présenteront ce soir à » l'entrée de ta loge, mais prends garde; Kchemnito te » défend de rire, de regarder, de répondre aux questions » quete feront les quatre premiers; mais ris, regarde et » parle, quand le cinquième se présentera. » Elle suivit l’avis de son fréreet ne fit aucune réponse aux premiers... Lorsque le dernier parut devant sa porte, elle eut peine à se retenir et se mit à rire aux éclats. Il entra aussitôt, car c'était lui que Kchemnito lui avait destiné pour époux. Le premier se nommait Sama (tabac); il mourut de chagrin. Le second s'appelait Wapekone (citrouille); il suivit de près son camarade au tombeau. Le troisième était Eshketämok (melon d’eau), et le quatrième Xojées (fève); ils partagèrent le meme sort. Tdamen (maïs), le fiancé, survécut seul ; il enterra ses quatre compagnons et bientôt après, on vit sortir de leurs tombeaux, des pieds de citrouilles, de melons, de fèves et des plantes de tabac, qui procurèrent aux deux époux de quoi se nourrir pendant l’année, et de quoi fumer et présenter le calumet aux Manitous.
» C'est des enfants de cette première union, que son!
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descendues toutes les tribus américaines (4). Un grand Manitou vint se promener sur la terre; il se plaisait parmi les enfants des hommes et se choisit pour femme la fille la plus vertueuse. 11 en eut quatre garçons à la fois. Le premier né s’appela Nanaboojoo, le Grand Intercesseur entre Dieu et l’homme. Le second se nomma Chipiapoos ou l'Homme mort, il préside au pays des âmes. Le nom du troisième fut W4bosso; aussitôt qu'il vit la lumière, il s'enfuit vers le Nord, où il se changea en lapin blanc, : dont il porte le nom; et où il est vénéré comme un grand Manitou. Le quatrième, Chdkekénapok, ou Homme de Pierre à feu, tua sa mère en venant au monde... Lorsque Nanaboojoo fut parvenu à la virilité, il voulut venger la mort de sa mère, car la vengeance est honorable à l’Indien ; il poursuivit Chdkekénapok par toute la terre. Dans les différents combats qu'il eut avec lui, il lui brisa plusieurs de ses membres, et parvint enfin à lui arracher les entrailles. Les fragments arrachés à l'Homme de Pierre,
(:) Les Mandans ou Fesants sont le premier peuple placé sûr la terre. Ils habitaient d'abord l'intérieur du globe ; ils y cultivaient la vigne, dont un pied s'était élevé jusqu’au sommet de Lu demeure, étavait passé par une crevasse de la terre. Un jeune homme monta pe cette vigne et parvint à gagner la surface de la terre, sur le bord
la Rivière Missouri, à l'endroit même, où se trouve aujourd’hui leur village. 11 regarda de tous côtés et admira la beauté du pays ct des prairies. Il vit des bandes de bufiles et en tua un avec son arc et ses Îl trouva que la chair était bonne à manger. 11 redescen. dit.et raconta ce quil avait vu. Plusieurs le suivirent dans son second re entr'autres deux filles. Parmi ceux qui essayaient. de monter, se trouvait une femme grande et corpulente; mais les chefs lui défendirent de quitter sa demeure. Elle ne put vaincre sa curiosité ; elle grimpa en secret la vigne , qui se cassa sous son poids. Les
ns s’affligèrent de cet accidentet la femme fut disgraciée, pour avoir été la cause de cette grande calamité. Désormais personne ne
pouvait monter, et ceux qui se trouvaient sur la surface, ne pouvaient redescendre. Ceux-ci bâtirent le village des Mandans; les autres continuent à habiter l'intérieur de la terre, On voit, ue Eve a
Er pilier parmi les Mandans, aussi bien qu'ailleurs. (Vote de
sont devenus de gros rochers... Ses entrailles sont devenues des vignes de différentes espèces et remplissent les forêts. Les pierres à feu disséminées partout, indiquent les endroits, où les combats ont eu lieu. Vanaboojoo, avant l'introduction du fer parmi nous, apprit à nos ancêtres, à tailler ces pierres en haches, en lances et en pointes de flèches, pour nous aider à tuer les animaux à Ja chasse et nos ennemis à la guerre. Vanaboojoo et son frère Chipiapoos vivaient séparés du reste des hommes, et se distinguaient de tous les êtres, par les qualités de l'esprit et du corps. Les Manitous qui habitent l'air, ceux qui vivent sur la terre et qui nagent dans les eaux, étaient jaloux et envieux du pouvoir qu’exercaient les deux frères, et ils conspirèrent , afin de les faire périr.
» Nanaboojoo découvrit et éluda leurs complots; il recommanda à Chipiapoos de ne pas se séparer de lui; mais celui-ci s'aventura seul un jour sur le Lac Michigan; les Manitous du lac brisèrent la glace, firent tomber limprudent promeneur dans l’abime ct cachèrent son cadavre dans un antre. Vanaboojoo ne retrouvant plus son frère dans sa loge, devint inconsolable; il le chercha partout, mais en vain. C’est pourquoi il déclara la guerre à tous les Manitous rebelles , et il en précipita un nombre iafini dans le plus profond des abîmes. Ensuite il pleura, se noircit la figure et se couvrit la tête, en signe de deuil , prononçant de temps en temps d’une voix triste et lugubre, le nom de son malheureux frère Chipiapoos.
» Pendant cette trève, les Manitous se consultèrent sur les moyens d’apaiser la colère de MWanaboojoo, mais sans pouvoir en venir à aucune conclusion; lorsque quatre des plus sages, qui n'avaient prisaucune part à la mort de Chi piapoos,se présentèrent pour remplir cette tâche difficile. Ils se bâtirent une loge dans le voisinage de celle de Nanaboojoo, et lui préparèrent un:excellent repas et un calumet rempli du tabac le plus exquis. Puis, chacun
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7 (1):Le ‘feu est l'embléme du bonbeur parmi toutes. les tribus de
d'eux, ayant sur Je bras son sac à médecine, fait de la peau entière d'un animal et bien garni des médecines précieuses , auxquelles est attaché un pouvoir surnaturel, ils s’acheminèrent en silence vers leur redoutable ennemi, et le prièrent avec respect, de daigner les accompagner chez eux. Il se leva aussitôt, se découvrit la tête, se lava le visage et les suivit. Arrivés ensemble à la loge, les quatre Manitous présentèrent à Vanaboojoo une coupe, contenant une dose de leur médecine préparatoire à l’initiation. IL. l’avala d’un seul trait et se sentit renaître. Les vieillards dansèrent et chantèrent autour de lui; ils lui appliquèrent'à diverses reprises et en soufilant en même temps, l'extrémité de leurs sacs à médecine, et Nanaboojoo se prosterna devant eux, par une secrète et irrésistible impulsion. À chaque fois il s'apercevait que la mélancolie ; la tristesse, la haine et la colère disparaissaient, et que des sentiments contraires pénétraient dans son âme. Il se joignit à eux dans leurs chants et dans leurs danses; ils mangérent et ils fumèrent ensemble. Vanaboojoo les xemercia de l'avoir initié aux secrets de la Grande Médecine. | ».Les Manitous lui rendirent son frère .Chipiapoos. Nanaboojoo, cependant, lui interdit l'entrée de sa loge et luiremit un charbon ardent, avec ordre d'aller présider au pays des âmes, d'y allumer et d'y entretenir un feu éternel (4).pour le bonheur de ses oncles et de ses tantes, qui s’y rendraient après leur mort, c'est-à-dire, de tous les'’hommes et toutes les femmes de sa race.
1%.Nanaboojoo ; revint sur la terre et, par. ordre de Kchemnito, il initia tous les membres de sa famille aux secrets de la Grande Médecine. 11 donna à chacun d'eux
l'Amérique, du Nord,
un sac bien fourni, avec ordre de le transmettre à ses descendants.
» Nos chants, continua le chef Potowotomie ,ont presque toujours rapport à nos opinions religieuses, et souvent nous les adressons à ÆVanaboojoo, l'ami de l’homme, le neveu du genre humain. Nous le supplions, de vouloir être notre interprète auprès du Maitre de la Vie. Souvent aussi nous les consacrons à #Mesukkummikokuoi , c'est-àdire, à la terre, la grande-grande Mère du genre humain. Nous racontons dans ces chants comment la grande-grande Mère a reçu le commandement, de pourvoir à tous les besoins des oncles et des tantes de ÆVanaboojoo. Celui-ci, toujours le bienveillant intercesseur du genre humain auprès du Grand-Esprit, obtint la création des animaux ; leur chair devait servir de nourriture, etleur peau de vêtement. Il procura aussi des racines et des herbes médicinales d’un pouvoir souverain, pour guérir nos maladies et nous rendre capables de tuer les animaux à la chasse, Toutes ces choses furent confiées à ÆAfesukkummikokioi ; et, afin que les oncles et les tantes de Vanaboojoo ne l’invoquassent jamais en vain, celui-ci pria la vieille Grande Mère de se tenir toujours dans sa cabane. De là vient, que, lorsqu'un Indien déterre des racines médicinales, il dépose en même temps dans la terre sa petite offrande à Mesukkummikokwi. Tous ces chants sont marqués surune écorce de bouleau, ou sur dix petits morceaux de bois plats; les idées y sont exprimées par des figures emblématiques.
» Nanaboojoo, en se promenant sur la terre, tus tous les grands animaux qui nous étaient nuisibles, le Mastodonte, le Mammoth, etc. 1l plaça quatre esprits bienfaisants aux quatre points cardinaux, pour le bien-être du genre humain. Celui du Nord procure la glace et la neige, il nous aide à découvrir et à suivre les pistes des animaux, à la chasse. Celui du Sud nous donne la chaleur et vivifie
ansmettre à ses
mie ,ont presque euses, et souvent de l'homme, le lions, de vouloir é la Vie. Souvent mikokroi , c'est-àlu genre humain.
| la grana
urvoir à tous les aboojoo. Celui-ci, lu genre humain ion des animaux; leur peau de vêtees herbes médiciuérir nos maladies imaux à la chasse, ssukkummikokiwi ; anaboojoo ne l'ina la vieille Grande ane. De là vient, nes médicinales , il petite offrande à
nt marqués sur une morceaux de bois des figures emblé-
“os citrouilles, nos melons, le maïs et le tabac. Celui de l'Ouest cause la pluie; celui de l’Est enfin nous accorde la lumière , et commande au soleil, de faire tousles jours, sa promenade autour du globe... Le tonnerre que vous entendez , est la voix des esprits sous la forme de grands oiseaux, que Vanaboojoo a placés dans les nuages; lorsqu'ils élèvent la voix pour gronder, nous brülons en sacrifice, du tabac dans nos loges, et l’agréable fumée les apaise et les calme.
» Nanaboojou vit encore et se repose de ses travaux dans le grand lac du Nord (la mer glaciale), sur un immense glaçon. Nous craignons que les blancs ne découvrent un jour sa retraite, et ne l’en chassent. Alors la fin du monde arrivera... Dès que ÆWanaboojoo sera forcé de mettre pied à terre, le globe que nous habitons s'enflammera , et toute créature périra par le feu.»
Lorsque le chef eut achevé son récit, je lui demandai, s'il-ajoutait foi à ce qu'il venait de me raconter. Il répliqua avec étonnement : « Certainemen: je le crois, car j'ai eu le bonheur d'entretenir trois Indiens d’une tribu voisine, qui avaient pénétré très-avant dans le Nord; qui avaient été admis en la présence de Nanaboojoo lui-même, etavaient conversé longtemps avec lui. Ils m'ont confirmé dans tout ce que tu viens d’entcndre de ma bouche. » La narration de Patacojeck est la croyance de sa tribu; on y découvre distinctement la formation de la terre, la création du premier homme, le déluge universel, la chute des anges, le mystère del’Incarnation dans la naissance de Wanaboojo, l'intercesseur entre Dieu et l’homme, etc. Si les anciens jésuites ou d'autres voyageurs chrétiens n'avaient jamais pénétré parmi ces peuples; ousicesindiensn'avaient jamais visité une communauté chrétienne, on pourrait conclure qu'ils sont en quelque sorte descendants en ligne directe de Noë, et qu'ils ont conservé la tradition du déluge universel, quoique obscurcie, altérée et
fabuleuse à cause de la longue suecession des siècles.
Keokuc, surnommé le prophète, .chef des Kickapoux, tribu de la nation des Potowotomies, est l'inventeur d’une nouvelle doctrine. Ses adhérents sont au nombre de quatre cents environ; ce sont pour la plupart des jeunes gens. 11 déclare avoir reçu sa religion par une intervention surnaturelle, de la bouche du Grand-Esprit lui-même. Il se dit l'envoyé de Dieu, le Christ sous une nouvelle forme, et il invite toutes les nations de la terre, à venir se ranger sous son étendard. Il adopte quelquespréceptes de morale, entr’autres l’abstinence de toute liqueur forte, là sanctification du dimanche. Il paraît profondément ignorant dans la Doctrine Chrétienne , et n’en admet que certains points qui semblent s’accorderavec sesidées. Ses correligionnaires s'assemblent pour prier, quatre fois par semaine, entre une et trois heures de l'après-midi. Cette prière consiste en quelques sentences détachées, souvent répétées d'un ton monotone et musical. Tous s'engagent de concert à cette pratique, et afin de conserver l'harmonie dans les paroles, chacun tient dans sa main une petite planche, d’un pouce et demi de large, et de huit à dix pouces de long, sur laquelle sont tracés quelques caractères arbi- . aires, qu’ils suivent avec le doigt, jusqu'à ce que l dernière marque les avertisse qu'ils sont au bout de la prière. .
Ils comptent cinq de ces caractères ou marques. Le premier représente le cœur, le second le cœur et la chair, le troisième la vie, le quatrième leurs noms, le cinquième leurs familles.. Pendant le service, on repasse ces marques, différentes fois... La personne d'abord s'imagine exister sur la terre, puis s'approche de la porte de la maison de Dieu, etc... Mettant le doigt sur la marque inférieure, ils disent: « O notre Père, rends nos cœurs » pareils à ton cœur, aussi bons que ton cœur , aussi forts » que ton cœur... aussi bons que ta maison, aussi bons
L2 L 2 = = * SZ = = = * = F1
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Se faire flageller avec une baguette, est un des articles de leur morale, et l’on s'y soumet, lorsqu'on a commis quelque faute. Mais puisque dans leurs prières il n'y a point d’aveu de péché contre Dieu , il parait qu'on ne se soumet à cettesouffrance, que pour l'effet salutaire qu'elle produit sur l'état actuel de la société parmi eux.
Le coupable, qui bien souvent connaît seul son crime, s'adresse à l’une des quatre ou cinq personnes qui sont autorisées à se servirde la baguette, et se déclare coupable d'une transgression, pour laquelle il désire qu'on lui
inflige un certain nombre de coups sur le dos nu. Après la flagellation, qui va souvent jusqu'au sang, le pénitent donne la main à l’exécuteur et aux autres qui sont présents, et le remercie de la faveur qu'il vient de lui accorder ,se déclarant soulagé d’un fardeau pesant.
1 n’y a pas longtemps, que le prophète lui-méme avait commis une offense si notoire, qu’il ne pouvait pas, sous le prétexte de la grande dignité qu'il occupe, prétendre à une exemption de la règle rigoureuse d'être flagellé, Mais, afin de diminuer la mortification d’une humiliation si publique, il convoqua un conseil des anciens, dans lequel il fut résolu, qu’à cause d’une espèce d’apostasie générale de la communauté, une flagellation serait nécessaire à tous. Un jour fut fixé, et chaque homme, chaque femme et chaque enfant, appartenant à la secte, reçurent sur le dos, la portion voulue de coups.
Les Potowotomies sont divisés en deux tribus: ceux des forêts, parmi lesquels il se trouve un grand nombre de catholiques; et ceux des prairies, qui n’ont jamais eu de prêtres parmi eux. Ces derniers forment une nation mixte, composée de Potowotomies, Winnebagoes, Foxes, Chippoways, Saucs, Ottawas , Menomences et Kickapoux: ils sont plus de 3,000. Ils se sont séparés de leurs frères des forêts, au commencement de la guerre de l'indépendance des Etats-Unis: les uns prirent parti pour les Anglais, les autres pour la République. Les Potowotomies ayant vendu leurs terres dans les Etats de l'Illinois et de l’Indiana en 4836, ont reçu du gouvernement cinq millions d’arpens en échange, sur le Missouri, au Council-Bluffs, vers le 41° etle 42° degré de Latitude Septentrionale. Le climat du pays est extrêmement variable et les pluies, accom-
de coups de tonnerre, sont très-fréquentes aux mois de Juin et de Juillet. L'hiver est moins long qu'en Belgique, mais le froid est beaucoup plus intense; d'un autre côté les chaleurs y sont beaucoup plus fortes en été.
86 SHELZESLSess
mier chef de la nation; elle est répandue parmi toutes les tribus de l’Illini, ou des états de l'Illinois, de lindiana et de l'Ohio. En remontant le Mississippi, après Saint-Louis, entre Alton et l'embouchure de la Rivière des Illinois, le voyageur observe, entre deux grandes côtes, un étroit passage, où un petit ruisseau se décharge dans le fleuve. Ce ruisseau s'appelle le Piasa, c’est-à-dire en langue sauvage, l'oiseau qui dévore l'homme. Dans ce même endroit, on remarque sur un rocher uni et perpendiculaire, audessus de la portée de la main, la figure d’un énorme oiseau ciselé dans le roc, les ailes déployées. L'oiseau, que cette figure représente, et qui a donné le nom au petit ruisseau, a été appelé par les Indiens le Piasa. Ils disent, « que plusieurs mille lunes (mois) avant l'arrivée des blancs , quand le grand Mammoth ou Mastodonte, que Vanaboojoo a détruit et dont onretrouve encoreaujourd'hui les ossements, dévorait l’herbe de leurs immenses et vertes prairies , il y avait un oiseau d’une grandeur si démesurée, qu’il enlevait . sans peine un cerf entre ses griffes. Cet oiseau, ayant goûté un jour la chair humaine, ne voulut plus depuis se rassesier d'autre mets. Sa ruse ne le cédait pas à sa force; il s’élançait subitement sur un Indien, l’emportait dans une des cavernes du rocher et le dévorait. Plusieurs centaines de guerriers avaient essayé de le détruire, mais sanssuccès. Pendant plusieurs années, des villages entiers furent presque dévastés, et la terreur s'était répandue parmi toutes les tribus de l'Illini, Enfin, Ontaga, chef guerrier, dont la renommée s’étendait au-delà des grands lacs, se sépars du reste de sa tribu, jeûna l’espace d'une lune dans la solitude et pria le Grand-Esprit, le Maître de la Vie, de vouloir délivrer ses enfants des griffes de Piasa. La dernière nuit de son jeûne, le Grand-Esprit apparut en songe à Ontaga, l'avertit de choisir vingt guerriers, chacun armé d'unarc et d’une flèche empoisonnée, et deles cacher dans un endroit désigné, Un seul guerrier devait se mon-
DéeRAR de 0. œ 0 + © mes m me
je parmi toutes les ois, de l'indiana et ‘après Saint-Louis, ière des Illinois, le ôtes, un étroit pasdans le fleuve. Ce en langue sauvage, e même endroit, erpendiculaire, aud’un énorme oiseau L'oiseau, que cette mn au petit ruisseau, > disent, « que pludes blancs , quand e Nanaboojoo a dél'hui les ossements, vertes prairies , il ÿ surée, qu’il enlevait oiseau, ayant goûté plus depuis se rassspas à sa force; il emportait dans une Plusieurs centaines re, mais sans succès.
entiers furent pres ndue parmi toutes chef guerrier, dont ands lacs, se sépara d'une lune. dans l Maître de la Vie, de rit apparut en vd guerriers, 1)1 >, et deles cacher > devait se mot
trer à découvert, pour servir de victime à Piasa; tous les autres décocheraient leurs flèches sur l'oiseau, ar: moment où il s’élancerait vers sa proie. À son réveil, le:chef remercia le Grand-Esprit et retourna raconter son songe à sa tribu. Les guerriers furent choisis, armés sans délai et placés en embuscade. Ontaga s'offrit lui-même, pour servir de victime: il était prèt à mourir pour sa nation. Debout sur une éminence, il vit le Piasa perché sur le roc; il se dressa de toute sa hauteur, appuya ses pieds fermement sur la terre, la main droite sur son cœur, qui ne battait pas, et entonna d’une voix ferme le chant de mort d’un guerrier. Aussitôt le Piasa prit son essor, et, comme un éclair , il s’élança sur le chef, Tous les arcs étaient tendus et, chaque flèche lui entra dans le corps, jusqu’à la plume. Le Piasa jeta un cri effrayant et. sauvage, etexpira aux pieds. d'Ontaga. Niles flèches, ni les griffes de l'oiseau n'avaient touché le guerrier. Le Maitre de la Vie, pour récompenser Le dévouement généreux d'Ontaga, avait suspendu un bouclier invisible au-dessus de sa tête, En mémoire de cet évènement, l’image de Piasa a été ciselé dans le roc.
Telle. est la traditiou indienne, et je la donne telle que je lai reçue. En tout cas, ce qu'il y a de certain, c’est qu'on vait sur le roc la figure d'un énorme oiseau, qui parait ciselée, à une hauteur ineccessible. Jamais un. saurage ne passe par cet.endroit, dans son canot, sans tirer un coup de fusil sur la figure de l'oiseau. Les. marques, que les balles ont laissées sur le roc, sont presque innombrables Les ossements de plusieurs milliersd’hommessont entassés dans les cavernes autour de Piasa: comment,
‘per qui et pourquoi, il n’est pas aisé de le deviner.
‘Celui, qui a commis un meurtre, est puni de mort par les parents de la victime, à moins qu'il ne rachète son propre corps et ne couvre le sang, en leur payant des chevaux, des robes, etc. S'il se présente à eux pour expier
son crime et que personne n'ait le triste courage de l’immoler, comme il arrive assez souvent, alors il s'est lavé du meurtre et ne doit rien payer. Un de nos voisins, ayant assassiné sa femme, en fut quitte en payant un cheval à chacun des frères de celle-ci. Le meurtrier se peint pendant quelque temps le visage en noir et les lèvres en rouge, pour montrer qu'il est avide de sang et qu'il veut s’en rassasier.
Quand le mari ou la femme meurt, celui des époux qui survit, paie aux parents du défunt la dette du corps, en argent ou en chevaux, et chacun selon ses moyens: celui qui négligerait de payer cette dette, serait en danger de voir détruire tout ce qu’il possède. La femme doit por. ter le deuil pendant une année après la mort de son mari, c'est-à-dire, qu’elle ne peut ni se peigner, ni se laver; seulement, quand la vermine la ronge, une parente du défunt peut lui rendre £e service par compassion.
Pendant une année entière, le Potowotomie nourrit”
l’âme de son parent mort; à chaque repas qu’il prend, il jette une partie de sa nourriture au feu, croyant que l'âme ea reçoit du soulagement et de la force. Les Ottoes, leurs proches voisins , étranglent ordinairement un ou deux de leurs meilleurs chevaux sur le tombeau de leur camarade, afin qu'il les monte dans son grand voyage en l’autre monde ; fls suspendent les queues de ces chevaux à de longues perches. Leur ciel, conforme à leurs idées, est une immense praîrie, au-delà du coucher du soleil, où le printemps est éternel, et qui est rempli d'innombrables espèces d'herbes, de buffles, de cerfs, de chevreuils, d'ours et de toutes sortes de gibier.
Quand un chef ou un brave de la nation est enterré, tous les guerriers qui ont remporté quelque trophée sur l'ennemi, s’assemblent pour lui rendre les derniers devoirs. Ils aecompagnent la bière jusqu'au lieu de la sépulk ture, où l’un des principaux orateurs prononce l’oraison
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funébre. Il rappelle toutes les belles qualités du défunt , toutes les actions remarquables de sa vie, les ennemis que sa hache a immolés, les chevelures qu'il a arrachées et les bêtes féroces qu’il a tuées. Ils le placent ensuite dans la tombe, le visage tourné vers le coucher du soleil; lui remettent sa carabine, sa lance, son arc et ses flèches; remplissent sa corne à poudre et son sac à plomb; placent à côté de lui sa pipe et son sac à tabac bien rempli, avec quelques autres provisions, telles que du sucre, de la viande sèche, du maïs, etc. ; provisions, dont il pourrait avoir besoin dans son voyage au pays des dmes. Tous lui souhaitent une heureuse journée, Jui prennent la main pour la dernière fois, et la tombe se ferme. Ils plantent ensuite devant le tombeau le poteau des braves; au sommet, on peint en rouge l'animal ou dodéme, esprit tutéhire du défunt, et tous les assistants y font une ou plusieurs marques: ce sont des eroix rouges, par lesquelles ils veulent représenter tout autant de mänes de leurs ennemis vaineus, qu'ils destinent à servir d'esclaves à leur camarade dans l’autre monde. J'en ai vu, qui avaient de quatre-vingts à eent de ces croix.
Les parents d’un enfant avaient pratiqué dans son tombeau une petite ouverture, pour donner passage à l'âme. La mère désolée garda la tombe pendant deux jours, afin de découvrir si l’objet de sa tendresse avait rencontré quelque âme généreuse dans l’autre monde, ou bien s’il y était malheureux. Voici à quels signes elle prétendait le reconnaître : si elle voyait un joli oiseau ou quelque bel insecte, l’augure lui serait favorable ; si au contraire elle rencontrait un reptile dégoûtant ou un oiseau de proie, alors tout était perdu pour son enfant. Heureusement. les jours étaient sereins, les papillons et d’autres beaux insectes de toute couleur et de toute espèce voltigeaient de tous côtés. La pauvre mère retourna donc toute consolée ches elle... Elle est depuis venus me voir, pour se faire
instruire dans notre sainte Religion et pour faire baptiser ses deux petites filles.
Dès qu’un sauvage désire se marier, il manifeste son inclination, en jouant d’une espèce de flûte, le popokwen; il rôde par tout le village, peint et orné décemment, donne souvent des sérénades devant la cabane de celle qu'il souhaite pour compagne. Dès que la jeune fille consent à l'épouser, les parents ou les frères fixent le prix : il faut qu’il donne à chacun d’eux un cheval ou bien quelque autre objet de valeur, et on la lui remet. La plupart cependant, sans consulter les inclinations de leur fille, les vendent à qui bon leur semble: elles y sont tellement habituées , qu'il est rare qu’elles murmurent ou qu’elles se plaignent. La femme d’un sauvage est vraiment une esclave, Ils disent que le Grand-Esprit (Kchemmito), dans un conseil qu’il tint avec leurs aïeux, décida « que l’homme » protégerait la femme et ferait la chasse aux animaux; » . que tout le reste serait à la charge de la femme: » et ils se tiennent scrupuleusement à cette décision. La femme donc est sèule chargée de tous les travaux du ménage: elle lave, raccommode, fait la cuisine, bâtit les cabanes, laboure et ensemence les terres, coupe le bois, etc. ; aussi paraît-elle vieille, à l’âge de trenteàtrente-cinq ans. Pour les hommes, à la réserve des chasses qu'ils font de temps en temps, ils mènent une vie tout-à-fait oisive; ils causent en fumant la pipe, jouent aux cartes ou cachent la boule sous la pantoufle , et voilà tout.
Borsqu'il s'agit de donner un nom à un enfant, les parents font une grande fête; ils envoient à tous les convives, en signe d'invitation, un petit morceau de feuille de tabac ouune petite baguette: c'est là leur manière d’inviter. Après le repas, le plus ancien de la famille proclame le nom , qui a généralement rapport, soit à quelque marque distinctive , soit à quelque songe de l'enfant, ou bien à quelque beau ou vilain trait, par lequel il se scra fait
ur faire baptiser
il manifeste son te, le popokwen; écemment, donne 2e de celle qu'il ne fille consent à ,le prix : il faut ou bien quelque emet. La plupart s de leur fille, les y sont tellement rent ou qu'elles se imentune esclave.
mmito), dans un ida « que l'homme asse aux animaux; » la femme: » et ils écision. La femme avaux du ménage:
bâtit les cabanes, le bois, etc. ; aussi inte-cinq ans. Pour qu’ils font de temps toisive; ils causent u cachent la boule
oit à quelque msare l'enfant, ou bien lil se sera fait
connaître. Cette cérémonie a lieu pour les garçons, quand ils ont atteint dix-sept ans. Ils doivent subir auparavant un jeûne très-rigoureux de sept à huit jours, pendant lesquels les parents recommandent à leur enfant, de fair. une grande attention aux rêves que le Grand-Esprit lui envoie, et qui lui révéleront ses destinées futures: il saura s'il est destiné à devenir grand chef ou bon chasseur d'après le nombre d'animaux que sa hache immolera , ou celui des chevelures qu’il remportera sur ses ennemis dans ses songes. L'animal , qui se sera présenté à lui, va devenir son Manitou, et, pendant toute sa vie, il doit en porter une marque sur lui: griffe, dent, queue ou plume, n'importe.
La caste des faux ministres de la religion chez les sauvages, est connue sous le nom de Grande Médecine; ceux qui en sont, font bande à part. Chacun d’eux est muni d'un sac, qui contient quelques racines et des plantes médicinales, auxquelles ils rendent une espèce de culte. ls tiennent leur croyance dans le plus grand secret et sont très-difficiles à admettre des adeptes. Ils dansent et chantent beaucoup dans leurs réunions, et se donnent de fortes secousses les uns aux autres, en pressant leurs sacs : demédecine sous le bras. Unechosetrès-remarquable et que je tiensde plusieurs témoins oculaires, c’estqu'ils s'avouent vaincus et cessent leurs opérations superstitieuses , lorsqu'une personne baptisée, portant une marque de sa religion, comme une croix ou une médaille bénite, s’approche du lieu de leurs assemblées. Une vieille femme sauvage, que j'instruis en ce moment et qui a appartenu longtemps à la Grande Médecine, a été menacée de mort par les jongleurs, si elle se fait chrétienne ; elle reste cependant inébranlable dansses bonnesrésolutions. L’exemple de son mari et de ses six enfants, que j'ai baptisés, l'anime à braver ces menaces. Les chefs de cette secte sont craints parmi les sauvages et en imposent beaucoup à leur crédulité : ils font accroire aux pauvres ME qu'ils
peuvent prendre à volonté la forme d’un serpent, d'un ours, d’un loup ou de tout autre animal; qu'ils peuvent
.… prédire l'avenir et découvrir le meurtre et le vol. La con-
naissance des simples leur fait souvent opérer des cures extraordinaires. Après avoir administré la médecine aux malades, ils poussent des cris, des hurlements ; prétendent sucer la maladie du corps par de longs tuyaux , dansent autour de l’infirme et font devant lui les grimaces les plus burlesques.
C'est une tradition parmi les Potowotomies, qn'il y a dans la lune une vieille femme, toujours occupée à faire un grand panier. Si elle réussit à finir son ouvrage, le
‘monde doit périr; mais un gros chien l'observe sans
relâche, et détruit son ouvrage quand il est sur le point d’être achevé. Le combat entre le chien et la femmea lieu à chaque éclipse de lune. Le gros chien est la tache noire qu’on voit au Sud de cet astre.
Le Potowotomie, qui donne souvent des festins, est, selon l'expression de leurs chants ,un des héros du village. Au commencement de l’hiver, lorsque la chasse est abondante, chaque loge présente une scène de réjouissance. Nuit et jour, .on entend la flûte et les sons étourdissants du Teweéken ou tambour, qui accompagnent les chants monotones des sauvages. C’est une coutume sacrée parmi eux, que celui qui donne le festin, ne puisse y participer lui-même; il serait deshonoré et regardé comme un sacrilége. Le chasseur coupe l'animal qu’il a tué, en autant de morceaux qu'il veut envoyer de baguettes d'invitation à ses amis. Celui qui ne peut se rendre à la fête, renvoie la baguette avec du tabac ou vquelqu’autre petit présent, pour faire agréer son refus. Généralement le village entier est invité, car chacun des habitants vit dans une appréhension continuelle, d’être empoisonné par quelque voisin jaloux. Un sauvage ressent vivement un mépris; up outrage; il est vindicatif au plus haut degré, et la ven-
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geance étant, d’après ses idées, une vertu, tôt ou tard il trouvera l'occasion favorable de décharger toute sa colère, sur celui qui a osé le mépriser.
L'histoire tragique que je vais vous raconter en est une preuve frappante. Je la tiens du neveu même de Kitchechaonissi. L'un des plus beaux villages des Potowotomies, avant leur émigration au Council-Bluffs, était situé sur la pointe, où le Kankaki et la Rivière des Plaines forment celle des Illinois. Kitchechaonissi ou le Grand Vent du Sud, guerrier renommé, était leur chef. Sa bravoure le faisait redouter; mais en même temps, par une tendresse vraiment paternelle, il avait su se concilier l'estime et l'amour de tout son peuple. Il eut le bonheur d’avoir six fils, vaillants comme lui et excellents chasseurs. 11 donna donc souvent des fêtes et des festins à tout son village. Quelquefois cependant il osa braver l’un ou l’autre de ses voisins, en négligeant, soit par mépris, soit par quelqu’autre raison, de leur envoyer des baguettes d'invitation.
Les sauvages poussent très-loin la connaissance et l’art d'employer les poisons : ils s’en servent avec une admirable dextérité, sur quiconque leur déplait.….. Les cing fils ainés de Kitchechaonissi se suivirent de près au tomber dans le courant de la même année, victimes de la vengeance secrète de quelques sauvages envieux ou vindicatifs. Le deuil du vieillard fut long ct amer; des &ruées se passèrent sans qu’il donnât un seul festin, et ”:se refusa opinidtrément à toutes les invitations. Le fils qui lui restait, était sa seule consolation, son unique espérance et le soutien-de sa vicillesse. Doué de toutes les qualités de l'esprit et du corps, brave à la guerre, adroit à la chasse, il se distinguait surtout par une tendresse et une soumission filiales, sans exemple jusqu'alors parmi les sauvages. Kitchechaonissi l'aimait, autant qu'un père, qu'un chef, est capable de chérir un fils distingué, le favori du village, le héros de la nation. Son seul plaisir-était de l’orner des
plus riches et plus belles parures, qui fussent en: .age
parmi les Indiens. Le fils, par ses soins assidus, avait.
rendu âu vieux brave sa première sérénité, et, en apparence, tout son bonheur. Un jour, il revint de la chasse, chargé d’un grand ours qu’il avait tué et, selon sa coûtume , il déposa l'animal aux pieds de Kitchechaonissi, Le vieillard le pria de le dépecer, d'inviter tous les anciens du village au festin de l'ours. Le jeune chasseur oublia par mégarde quatre vieillards de la grande bande de médecine; mais il résolut de retourner au désert , aussitôt après la fête, pour les inviter les premiers à un second
banquet. La joie et les réjouissances du peuple furent L
grandes en cette occasion, car c'était la première fois depuis la mort de ses cinq f:3, que le chef bien-aimé assistait à une grande solennité. Tout se passait dans la plus parfaite harmonie. Kitchechaonissi était au conible
de la joie, en entendant les éloges qu'on donnait à son Æ
fils, dans des chants qui célébraient sa grande bravoure et ses hautes vertus. Hélas! le deuil suivit de près ce triomphe d’une père: le lendemain le jeune héros se sentit indisposé ; les plus fameux jongleurs furent appelés en aide; mais tous leurs prestiges, leurs chants, leurs danses, le pouvoir de leursouffle furentinutilement mis en œuvre; le mal eut bientôt fait des progrès effrayants, et, le huitième jour, tout le village en deuil et en pleurs, accompagnait Wadpekiejeck, le Crépuscule (c'était le nom du jeune guerrier) au tombeau de ses malheureux frères. Kitchechaonissi se peignit en noir ci disparut du village, après l'enterrement; son peuple le chercha partout, mais inutilement. C'était parmi des rochers escarpés, dans l'endroit le plus désert, qu'il s'était retiré pour pleurer. Souvent, dans l’.: ertume de son cœur, il pria le Maître de la Vie, @e lui permettre d'aller rejoindre ses chers enfants au pays des âmes. Un jour, qu’assis sur le bord d'un torrent, il était plongé dans ses réveries, il crut en-
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tendre une voix, quilui disait: « Lève-toi, Kitchechaonissi, » lève-toi vite; traverse la rivière, monte les côtezux » escarpés, ettu verras ton fils, l’objet de tes regrets. » Il se lève aussitôt : le soleil venait de terminer sa carrière et avait disparu derrière les collines lointaines. Le vieillard promène ses regards de tous côtés; mais n’apercevant personne, il s’écrie, les yeux et les mains levés au ciel: « Eh quoi! reverrai-je mon fils! mes doigts ont fermé ses » yeux; mes mains ont creusé son tombeau; mes lèvres » ont baisé son front pâle et livide, avant de le descendre » à côté de ses malheureux frères! » Une puissance irrésistible semblait l’entrainer. Kitchechaonissi obéit. 11 s jette dans le torrent et gagne le bord opposé; c'était un endroit désert et d'un accès difficile, Quelle n’est pas sa
surprise, lorsqu'il y entend les sons sourds d’un tam-
bour, qui partent d’un ravin situé dans le côté opposé du grand côteau. Pareil au chasseur qui a trouvé le piste de l'animal qu’il poursuit, le vieillard franchit la haute colline, avee une rapidité étonnante pour son âge. Le bruit du tambour devient de plus en plus fort à nesure qu'il s’avance, et son inquiétude, et sa curiosité sont à leur comble. 11 s'arrête un instant pour reprendre haleine, et pour observer avec prudence. Il ne tarde pas à découvrir, dans un profond ravin, une loge d'écorce, d'où sort le bruit. À la faveur de l'obscurité, il se précipite d'un pes léger, vers l'endroit mystérieux. Il tremblait de tous ses membres... Son sang s'était glacé dans ses veines... À peine peut-il respirer... Mille fantômes se présentent à son imagination, excitce et troublée par tant de malheurs. La promesse qu'il a entendue sur leroc: « Tu verres ton fils » ranime enfin son ardeur. I] fait quelques pes de plus en avant, e par une fente dans la loge et est saisi d'étonnement, d'indignation ct d'horreur; il a reconnu les quatre vieillards qui n'avaient puint participé au festin de l'ours, occupés à d'infâmes sortiléges , et leur
sac de médecine ou de superstitions étendu devant eux. 11 examine de plus près et voit cinq crânes attachés à des pôteaux. Il fait le tour de la cabane, regarde par une autre fente, et, à la lueurquedonnait le feu, il découvre à l’extrémité de la loge, debout et immobile, un cinquième sauvage. Est-ce son fils? 11 l’examine attentivement, Ce sont les mêmes habits, les mêmes ornements, avec lesquels il aété enterré. C'estainsi qu'il s’était peint la figure, à sa dernière fête. — Mais pourquoi ce teint livide, ces yeux fermés, cette apparence cadavéreuse? — Comment est-il venu dans ce désert affreux? — Et dans une société mille fois encore plusaffreuse? — Depuislongtemps Kitchechaonissi soupçonnait ces quatre vieillards, d’être la cause de tous ses malheurs... Des pensées de vengeance, l’espé rance, le doute se pressaient dans son âme. Il ne sait quel parti prendre; il observe tous leurs mouvements et prête une oreille atientive. Celui qui tenait le tambour recommence à battre son instrument; l’autre agite sa gourde remplie de petits cailloux, le troisième joue de la flûte, tandis que le quatrième adresse au jeune héros les paroles les plus outrageantes, vantant en même temps le grand pouvoir de leurs médecines, auxquelles ni lui, ni ses frères n’ont pu résister. Pareil au tigre et à la lionne auxquels on a enlevé les petits, Kitchechaonissi sent tout son sang se ranimer ét bouillonner dans ses veines... Armé de son redoutable easse-tête, il s'élance dans la loge, décharge toute sa fureur sur les meurtriers de ses enfants, saisis d'épouvante et les étend morts à ses pieds; sans qu'ils osent lui résister, Alors il vient embrasser son fils et s'aperçoit qu'il ne tient entre ses bras que sa peau empaillée. Cet évènement fut bientôt connu de tout le village: on ouvre le tombeau du jeune homme; ses restes et ceux de ses frères n'y étaient plus. Les circonstances prouvèérent à n'en pas douter, que les vicillards étaient
u devant eux. Il s attachés à des egarde par une u, il découvre à e, un cinquième > attentivement.
ments, avec lesit peint la figure, teint livide, ces se? — Comment dans une société longtemps Kitcheis, d’être la cause
les empoisonneurs, et qu'ils avaiont reçu, d’après les coutumes indiennes, la juste punition de leurs crimes.
J'ai l'honneur d’être, Mon rév. Père,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur et frère en J.-C.
P. J. DE SMET, S. J.
N° XXVIIT.
Philadelphie, 6 Avril 1847.