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ER ee à la limite orientale de l’Amérique. Ces souvenirs me tirent demander à Dieu, dans une fervente prière, qu'ici aussi il pût être formé une mission qui répandit les lumières de la foi parmi les tribus ignorantes de cet immense territoire.
Nous avons aussi une jolie vue de la rivière de Willamette qui, en cet endroit, fait tout à coup un dé- (our et continue sa course à travers les épaisses forêts qui nous promettent une mine inépuisable de matériaux pour la construction de la maison de notre mission. Dans aucune partie de cette contrée je n’ai vu une quantité aussi considérable de pins, de sapins, d’ormes, de chênes et d'ifs. L'intérieur du pays est agréablement semé de bosquets ombreux et de plaines vastes dont le sol fertile se couvre d’abondantes moissons, qui suflisent à l’approvisionnemert d’un grand établissement ; outre ces avantages, il y a un grand nombre de sources d’un côté de la colline. L'une d'elles n’est qu’à une distance de cent pas de la maison ct sera probablement dans la site d’une grande utilité. Lorsque nous eûmes thoisi le lieu, nous commençâmes sans délai nos constructions. La première chose qu’il fallut faire ce fut de débarrasser le terrain des broussailles et des arbres isolés; puis, avec l’aide des habitants, nous bâtimes trois maisons ue bois couvertes d’un seul toit sur quatre-vingt dix pieds de long; elles servent d’ateliers aux frères forgerons, charpentiers, etc.
Outre ces édifices, une maison de quarante-cinq pieds sur trente est maintenant en voie de construc-
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Nous sommes arrivés dans l'Orégon pendant qu'il y régal une maladie terrible, le flux de sang, qu'on regardait cemme contagieuse, bien que les médecins l'attribuassent aux propriétés malfaisantes de l’eau de la rivière. Un grand nombre de sauvages furent victimes de cette épidémie, particulièrement les Tchinouks et les Indiens des Cascades, Gont la plupart étaient campés sur les bords de la rivière pendant le voyage qu'ils firent à Vancouver pour obtenir le secours d'un médecin. Ceux qui ne pouvaient pas marcher étaient abandonnés par leurs amis. C'était un douloureux spectacle de voir ces pauvres créatures étendues et mourantes sur le sable, La plupart de hos matelots et trois des sœurs furent attaqués par la maladie; le R. P. Accolti éprouva aussi ses terribles effets; quant à moi je fus obligé de garder le lit pendant quinze longs jours et d'observer une rigoureuse diète, Mais celui qui souffrit le plus, fut le capitaine de notre vaisseau. Il a été si violemmer:u attaqué que je crois sérieusement qu'il ne reverra jamais son épouse bien aimée ni ses enfants, dont il parlait chaque jour avec une si touchante tendresse, C'était un digne homme et un marin fort habile et expérimenté,
L'hiver s’approchait à grands pas, et malg : mon état de faiblesse je ne pus résister au pressant désir de visiter encore une fois mes chers Indiens des monlagncs, qui de leur côté attendaient mon retour avec
la plus grande impatience, à ce que m'’assurait le KR. P. F., Mengarini qui était venu à ma rencontre. Aujourd’hui j'aurai le bonheur de partir pour les Montagnes-Rocheuses.
Je suis, etc., P. J. de Smet.
P. S. Les bonnes sœurs commencèrent le 9 septembre à instruire les femmes et les enfants qui se préparaient à la première communion. Comme leur maison n’était pas encore habitable, elles furent obligées d’enseigner en plein air. Au bout de trois jours, elles avaient déjà dix-neuf élèves de seize à soixante ans, venues toutes de fort loin avec des provisions pour plusieurs jours, couchant dans les bois exposées à toutes les intempéries de l’air. On comprend par là combien ce peuple est avide d’instruction. Les sœurs consacrent tous les jours six heures à leur enseigner les prières ordinaires et le’ signe de la croix. On apprit qu’une femme était restée deux jours sans prendre d’aliments; les chiens avaient dévoré ses petites provisions, et elle ne voulait pas retourner chez elle pour les renouveler, afin de ne pas per&. ‘à leçon du catéchisme.
24 septembre. — Le couvent n'ayant encore ni portes ni enclos, faute d'ouvriers, on vit quelquesunes de ses bonnes sœurs se mettre à l’œuvre. L'une maniait le rabot, l’autre posait des carreaux, celle-ci peignait les croisées, celle-là les portes. Ce qui leur faisait désirer de voir leur nouvelle habitation ache-
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me OÙ = vée, c’est qu’on leur avait déjà proposé trente élèves du Canada, qui les mettraient en état de recevoir gratuitement les malheureuses orphelines des forêts.
Ces pauvres enfants, relevées deleur état d’abandonet placées sous le bienveillant patronage des bonnes sœurs, pourront participer aux bienfaits d’une éducation chrétienne et devenir un jour d’utiles aides pour la mission. Mais pour réaliser ce projet, il faut trouver des secours qui permettent defournir des habillements àces orphelines, car les produits du pensionnatnepeu-
vent servir qu’à leur nourriture. Voici le brillant prospectus de cet établissement. Chaque trimestre on doit donner cent livres de fleur de farine, vingt-cinq livres de lard ou trente-six livres de bœuf, un sac de pommes de terre, quatre livres de saindoux, trois galons de pois, trois douzaines d'œufs, un galon de sel; quatre livres de chandelles, une livre de thé et quatre livres de riz.
Les sœurs prirent possession de leur couvent au mois d'octobre; quelques jours après, leur chapelle fut solennellement consacrée par le R. M. Blanchet, et depuis elles ont eu le bonheur d'assister chaque jour à la sainte messe que célèbre, sur leur modeste autel, un des missionnaires de la station de Saint-François-Xavier. Elles eurent aussi deux foisla consolation de présenter à la sainte table leur petit troupeau de ferventes néophytes, qu’elles avaient préparées avec tant de soin à la première communion. Ce succès obtenu en si peu de temps nous fit concevoir le projet de fonder une autre maison de ce genre dans le village
de Cuhute. M. Blanchet et le P. de Vos pensent que le départ des ministres protestants, motivé par l'insuccès de leurs travaux, est une circonstance favorable pour l'établissement d’une maison religieuse. La station de Willamette pourrait occuper douze sœurs, et ciles ne sont malheureusement que six.
Nous apprenons avec plaisir que l'intention de Mgr Blanchet est de se rendre en Europe immédiatcment après son sacre, afin d'obtenir pour la mission. si c’est possible, douze autres de ces religieuses zélées et dévouées. Fasse le ciel qu’il réussisse, et que le défaut de moyens pécuniaires ne soit pas un obstacle insurmontable au généreux sacrifice que les pieuses sœurs de la congrégation de Notre-Dame sont disposées à faire encore, nous en sommes sûrs, avec la même générosité.
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