‹ Missions de l'Orégon et voyages dans les Montagnes Rocheuses en 1845 et 1846 [microforme]Chapitre 21 sur 108 · TES SIT · texte numérisé non relu

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instructions par jour; les Indiens y assistaient avec une # grande assiduité et les écoutaient avec attention. | | année dernière la fête de S. Ignace fut pour moi

uà jour de danger, d’épreuve et d’inquictude. J'aime

à me la rappeler, car elle se termina d’une manière h si gloricuse et si heureuse que mes compagnons ne

| l’oubliceront jamais, et rendront au Tout-Puissant d'é- à

(| | ternelles actiens de grâces pour sa miséricorde et sa “ \ bonté, Sans carte et sans savoir où était l'embouchure :

| de la Colombia, nous traversâmes cette formidable rivière comme portés sur les «iles des anges, Cette an- à

À || née j'ai passé la fête de S. Ignace au milieu de nom- | breuses occupations, mais elles étaient de nature à consoler le cœur du missionnaire et à le dédommager au centuple des privations, des peines et des fatigues qu’il endure.

Plus de cent enfants se présentèrent pour recevoir le baptême, On m'amena aussi portés, sur des pieux. onze vicillards qui semblaient attendre que l'eau régénératrice eût coulé sur leurs fronts pour quitter ce monde et aller se reposer dans le sein de leur divin Sauveur, Le plus âgé d’entre eux, qui était aveugle ci qui paraissait avoir cent ans, m'adressa ces touchantes paroïics : « Ma vie a été longue sur cette terre, et mes 58 larmes n’ont cessé de couler; je pleure chaque jour, ‘ car j'ai vu mourir tous mes enfants et tous les compa- | gnons de ma jeunesse, Je me trouve isolé au milieu de ma propre nation, comme si j'étais un étranger; mes pensées se reportent constamment vers le passé, et elles sont d’une nature triste et amère. Quelquefois

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SO je trouve de la consolation à me rappeler que j'ai fui la compagnie des méchants. Jamais je n'ai pris part à leurs vols, à leurs batailles ou à leurs meurtres. En ce jour béni, la joie a pénétré les plus profonds replis de mon âme; la Grand-Esprit a eu pitié de moi; j'ai recu le baptême, je le remercie de cette faveur et lui offre mon cœur et ma vie. »

On célébra une messe solennelle pendant laquelle tes Indiens chantèrent des cantiques. Ensuite vinrent les cérémonies du baptême, et tout se termina dans l'ordre le plus parfait. Les Sauvages étaient heureux. C'était un spectacle imposant, et tout contribuait à lui donner de grandes proportions. D'un côté, on voyait les nobles ct gigantesques rochers; de l'autre, on entendait le bruit éloigné des cataractes, qui rompait le religieux silence de ce désert placé sur une éminence qui domine la puissante rivière de l’Orégon ; etenfin nous nous trouvions à l’endroit où les eaux impétueuses, s’affranchissant de leur lit, s’élancent avec furie et se précipitent sur des masses de rochers en formant des milliers de jets d’eau, dont les transparentes colonnes réfléchissent en couleurs variées les rayons éblouissants du soleil,

Il y avait là en outre les Shuyelphi ou les Indiens de la Chaudière, les Sinpoils, les Zingomenes et plusieurs Aalispels qui m'avaient accompagné en qualité de chantres et de catéchistes.

Je donnai le nom de S. Paul à la nation des Shuyelphi, et plaçai sous la protection de S. Pierre la tribu qui habite les bords des grands lacs de la Colombia.

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Le P. Hocken se dispose à retourner dans celle-ci pour continuer à instruire et à baptiser les adultes. Ma présence parmi les Indiens n’interrompit pas leur belle etabondantepêche. Une énorme corbeille fut assujettie à un rochersaillant, et les plusbeaux poissons de la Colombia se précipitèrent dans le piége par douzaines et comme par fascination. Sept ou huit fois par jour on alla examiner les corbeilles, et chaque fois on y trouva environ deux cent cinquante saumons. Pendantce temps les Indiens se plaçaient sur chaque pointe de rocher et embrochaient le poisson avec une extrême dextérité.

Ceux qui ne connaissent pas ce pays peuvent m’'accuser d’exagératio nen r’entendant affirmer qu’il serait aussi facile de compter les cailloux qui se trouvent à profusion sur le rivage que de calculer kk nombre des différentes espèces de poissons que cette rivière occidentale fournit pour les besoins de l’homme. De même que le buffle et le daim sont l: nourriture quotidienne des habitants du nord et de l’est des montagnes, le poisson alimente les tribus occidentales. On pourra se faire une idée au produit considérable de la pêche, lorsqu’on saura qu'à l'époque où le saumon et les autres poissons remontent les rivières, toutes les tribus qui habitent leurs rives choisissent un lieu favorable, et trouvent non seulement unt

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mons qui leur sufiit pour le reste de l’année.

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Un nombre incalculable de saumons remontent jusqu'à la source de la rivière, et meurent là dans les eaux basses. Une grande quantité de truites et de

carpes les suivent, et se nourrissent du frai de saumon

qu'elles trouvent dans les creux et les eaux tranquilles. Au printemps les jeunes saumons redescendent vers la mer, et l’on m'a assuré (mais je ne puis garantir le fait) qu'ils ne reviennent qu’au bout de quatre ans. On en trouve six espèces différentes dans la Colombia.

Je quittai la Chaudière ou Kettle-Fall, le 4 août, en compagnie de plusieurs hommes de la nation des Crees, pour aller examiner le pays qu'ils avaient choisi pour y fonder un village. Le sol est riche et propre à toute espèce d'exploitations agricoles. On à commencé à construire plusieursmaisons. J'ai donnéle

© nom de Saint-François-Regis à ce nouvel établissement.

où un grand nombre de créoles et de chasseurs de castors sont résolus de s'établir avec leurs familles. Le 6, je traversai les hautes montagnes des 1lispels, et j'atteignis vers le soir la station de Saint-Ignace. Les R. R. P. P. Hocken et Ravalli avec deux frères lais donnent leurs soins à cet intéressant petit établis-

2 sement, Ces Pères parcourent aussi les différentes tri-

bus voisines, telles que les Zingomenes, les Sinpoils, les Ofinaganes, les stations de Saint-François-Regis, de Saint-Pierre et celle de Saint-Paul, les Flatbows ou

RAres-Plats etles Koetenays. Je me propose de visiter ces

deux dernières peuplades, qui n’ont jamais eu le bonheur de voir une robe noire chez elles. Toutes ces tri-

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bus forment, d’après les calculs, une population d’en-

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| Je suis avec un profond respect respect, Monsei- déch gneur. de votre grandeur, le très obéissant serviteur. tonte

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Le 9 août je continuai ma route vers le pays des Arcs-à-Plat, Les chemins étaient devenus de grants

| | | ; étangs par l’effet de l’inondation. Je préférai remon- | Je ter dans mon canot la rivière de Clark ou de Flathead; fictoyé je fis traverser à mes chevaux les forêts qui bordent à leur € \l rivière, et j’ordonnai qu'ils m’attendissent au grant avaien A! lac des Aalispels. J'eus ici une entrevue très agréable possess 1 et inattendue ; lorsque nous approchâmes des forêts. © l'étend À plusieurs cavaliers tout déguenillés en sortirent. Le MN 0 4 premier d’entre eux m’appela par mon nom et me si: ki: Dans ! lua avec familiarité, comme si nous étions d’anciennes # but sa

| connaissances. Je lui rendis son aimable salut, et dé- 1 ) sirai savoir à qui j'avais l'honneur de parler. Unt 1 petite rivière nous séparait. IL me dit en souriant: 2 « Attendez que j'aie atteint la rive opposée; aloïs

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« vous me reconnaitrez. » Ce n’est pas un chasseur de castors, me dis-je ;, cependant sous ces vêtemens Héchirés et ce chapeau rustique, je n'aurais pu facilement reconnaître un des principaux membres de la compagnie d’Hudson-Bay, le digne et respectable M. Ogden, J’eus l'honneur et la bonne fortune en 1842 de voyager avec lui, et dans sa barque, de Colville au fort Vancouver ; et il serait impossible de désirer une plus agréable compagnie. Il faut avoir traversé un désert, se sentir isolé, être loin de ses frères et de ses amis, pour comprendre la consolation

À etlajoie que procure une pareille rencontre.

M. Ogden avait quitté l’Angleterre au mois d’avril dernier, accompagné de deux officiers distingués. J’éprouvai un vif plaisir à recevoir des nouvelles toutes récentes de l’Europe. La question de l’Orégon me parut quelque peu inquiétante. Ce n’était ni la curiosité, ni le plaisir qui pouvaient engager ces deux officiers à traverser tant de régions désolées et à hâter ieur course vers l'embouchure de la Colombia. Ils avaient recu l’ordre de leur gouvernement de prendre possession du cap de Désappointement, d'arborer l’étendard anglais, et élever une forteresse pour être maitres de l'entrée de la rivière en cas deguerre. Dans la question de l’Orégon, John Bull atteint son but sans de grands discours, et s’assure la partie la plus importante du pays, pendant que l'oncle Sam (1)

(1) Oncle sam désigne les Etat-Unis, comme John Bull l'Angleterre,

débite un déluge de paroles, s'emporte et tempête. Plusieurs années ont été consymées en débats et en disputes inutiles, sans qu’il en soit résulté un seul effort pratique pour faire reconnaitre ses droits réels ou prétendus. La future destinée de ce pays sera invariablement la même que celle de tant d'autres infortunées tribus qui, après avoir vécu pendant plusieurs générations dans l'exercice paisible de la chasse et de la pêche, sont devenues, sous la fatale influence de la civilisation moderne, les tristes victimes des vices et des maladies, et ont fini par disparaitre.

À partir du grand lac Kalispel jusqu'aux Arcs-à- Plat ou contrée des Flatbow, la route passe à travers d’épaisses forêts; elle est obstruée par des arbres tombés, deS marais, des fondrières épouvantables.

dont les pauvres chevaux ne peuvent se tirer qu'avec.

une extrême difficulté. Après avoir surmonté tous ces obstacles, nous arrivâmes à une hauteur d'où nous vimes une vallée riante et d’un facile accès, dont la fraîche et abondante verdure est entretenue par deux jolis lacs, et dans laquelle l’aïmable rivière des Arcsà-Plat ou Megilvray serpente d’une manière si fantastique et si gracieuse, qu’elle fait non seulement oublier au voyageur accablé de lassitude les dangers qu’il vient de courir, mais le compense largement des fatigues d’un long et ennuyeux voyage.

Cette partie de la vallée des Arcs-à-Plat ressemble aux deux vallées des Cœurs-Pointus; même fertilité du sol, mêmes pâturages, mêmes bosquets de saules et de pins; montagnes élevées couvertes jusqu'au som-

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met d'épaisses forêts, plaines où les cèdres gigantesques déploient toute leur majesté et leur splendide feuillage, et, comme dit Racine :

Elèvent aux cieux Leurs fronts audacicux.

En cet endroit la rivière est profonde et tranquille; elle s'avance lentement et ne se réveilie que lorsqu'il survient un dégel universel, Alors elle devient si impétueuse et si effrayante qu'elle rompt les digues, déracine et entraine dans sa course furieuse les arbres et les rochers qui s'opposent à son passage. En

"7 quelques jours toute la vallée est submergée, et offre

l'aspect de lacs immenses, de marais séparés par des

rangées d'arbres. C’est ainsi que la divine Providence

vient au secours des pauvres créatures qui habitent ces contrées et pourvoit libéralement à tous leurs besoins.

Ces lacs et ces marais, qui se forment au printemps, sont remplis de poissons qui restent là comme dans des réservoirs naturels pour l'utilité des habitants, Le poisson est tellement abondant que les Indiens n'ont d'autre peine que de le prendre dans l'eau et de le faire bouillir dans leurs chaudrons. Cette existence toutefois est précaire ; les sauvages qui ne sont pas d’une nature prévoyante sont obligés, lorsque cet aliment leur manque, d'aller à la recherche de racines, de graines, de baies et de fruits, tels que la baie noire, qui est douce et agréable; celle du buis-

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