‹ Missions de l'Orégon et voyages dans les Montagnes Rocheuses en 1845 et 1846 [microforme]Chapitre 41 sur 108 · A. ME. D, G · texte numérisé non relu

A. ME. D, G

Fort des Montagnes, 30 octobre 4845.

L'année 1845 sera une remarquable époque dans les tristes annales de la nation des Pieds-Noirs, car

; elle est signalée par des désastres. Les Pieds-Noirs et

les Kalispels, dans deux escarmouches, perdirent vingt-un guerriers. Les Crees emportèrent un grand

{nombre de leurs chevaux et vingt-sept scalps (péri- “crànes). Les Crows leur ont porté un coup mortel :

cinquante familles , et la troupe entière de la Petite-

4 Robe, ont été massacrées il y a peu de temps, et cent

soixante femmes et enfants ont été faits prisonniers. Quelle terrible situation pour ces pauvres créatues. Dans les premiers transports de la colère les d'emmes Crows immolèrent un grand nombre de ces ! captifs aux mânes de leurs maris, de leurs frères de leurs pères et de leurs enfants. Les survivants furent | condamnés à l'esclavage. Peu de temps après la petite \ vérole sévit dans le camp des vainqueurs, et parcourut

à successivement et rapidement toutes les loges. Les

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Pieds-Noirs avaient cruellement souffert quelques années auparavant de cette épidémie qui fit des mil. liers de victimes.

Les Crows demandèrent à leurs captifs commentik avaient échappé à la mort. Ceux-ci, animés dm sombre esprit de vengeance, conseillèrent d’avoir re. cours aux bains froids comme seul remède efficace pour arrêter les progrès de la maladie. Les malades se plongèrent immédiatement dans l’eau, et les mères portèrent leurs petits enfants à la rivière. Quelquesuns y trouvèrent leur tombeau, d’autres rendaient le dernier soupir en s’efforçant d'atteindre la rive, et les B: mères désolées retournaient à leurs cabanes en em- : portant dans leurs bras leurs enfants morts ou expi- B® rants. Des cris de désespoir succédèrent aux accents Pift derac

de la victoire, la désolation et les pleurs remplacèrent E 4 n, alle

la joie fanatique et barbare des Crows. La mort frappa L. ne de son sceau chacune des tentes du vainqueur. À

La tradition de la création de l’homme et de lim- R mortalité future existe parmi les tribus indiennes ; j'ai È eu occasion de les questionner à ce sujet. Celles qi k is id vivent de la pêche supposent que leur ciel est rempli PP'nCeTel de lacs et de rivières qui abondent en poisson, et dont R"4ux les bords enchantés et les îles verdoyantes produisent mel par des fruits de toute espèce. Msn

Je campai sur les rives des deux lacs situés à l’est tretien des Montagnes-Rocheuses, que les Pieds-Noirs appel- pile ser lent le Lac des hommes et le Lac des femmes. Suivant h Les fe leurs traditions, le premier donna naissance à une R}

: N >) (1) Sorte troupe de jeunes gens, beaux et vigoureux, mais pau- E* ()

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it visités. IL leur apprit à tuer les animaux à la ‘ asse; mais ils ignoraient encore l’art d’apprêter : les mères es peaux. Wiakeschan les conduisit à la demeure Quelques- pssieunes femmes, qui reçurent leurs hôtes en danndaient ; ant et en ponHaut des sis de joie. On leur prérive, et les L epta des souliers, des leggins (1), des chemises et es en-en- BR° robes garnies de tuyaux de porc-épics. Chaque s ou expi mme choisit son hôte et lui offrit un plat de graines t deracines. Les hommes, désirant contribuer au fes-

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placèrent Mn, alèrent à la chasse et revinrent chargés de gi-

Dier. Les femmes trouvèrent ce nouveau mets déliort frappa PE :

és -tieux, et admirèrent la force, l’adresse et la bravoure t de l'im- Pacs Chasseurs. Les hommes ne furent pas moins ré- »nnes ; j'ai buis de la beauté de leurs parures et admirèrent à 9, 4

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Mhencèrent à penser qu'elles étaient nécessaires les

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î es protecteurs des femmes, et pourvoiraient à leur és à l'est Bi hntretien, tandis que tous les autres soins de la fa- … appel es seraient dévolus aux femmes.

. Suivant | Les femmes des Pieds-Noirs se plaignent souvent

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amèrement de l’étonnante folie de leurs mères qui acceptèrent de pareilles propositions, et déclarent que si le pacte était à refaire elles arrangeraient les choses autrement.

Le ciel des Pieds-Noirs est un pays rempli de col lines sablonneuses qu’ils appellent Espatchekic, où l’âme se retire après la mort, et où ils retrouveront tous les animaux qu’ils ont tués et tous les chevan qu’ils ont volés. Le buffle, le chevreuil et le cerf; abondent. En parlant des morts, un pied-Noir ne (i jamais : Un tel est mort, mais Espachekic-Etape, i est allé vers les collines sablonneuses.

Fort Auguste, sur le Saschatshawin, EM

31 décembre 18/46.

* Monseigneur, je suis convenu avec les treize Pieds-BA Noirs dont je vous ai parlé dans ma dernière lettre Li qu’il me précéderaient chez les leurs, qu’ils prépare-RM raient les voies et disposeraient les esprits à me rece- L. voir. Tout semblait favorable ; en conséquénce je pri Ë

congé de M. Harriot le 31 octobre. J'étais accompigné de mon interprète et d’un jeune métif de la m-

tion Cree, qui était chargé des chevaux. Malgré sap bonnes résolutions, mon interprète laissa bientôt per cer son véritable caractère. Le loup ne peut pas res

ter caché sous la peau de mouton. Il devint sournoï et maussade, s’arrêtant toujours dans les lieux où lt

pauvres bêtes de charge. après une longue journée. Ba

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ve trouvaient rien à manger. Plus nous avancions dans le désert, plus sa maussaderie augmentait. 11 était impossible de lui arracher une seule parole agréable; ses murmures incohérents et ses allusions commencèrent à me causer de sérieuses inquiétudes. Dix jours se passèrent ainsi; mes deux dernières nuits furent pleines d’anxiété et de circonspection. Heureusement je rencontrai un Canadien que je déterminai à rester quelque temps avec moi. Le lendemain mon interprète disparut. Bien que ma situation devint extrêmement précaire dans ce dangereux désert où je me trouvais sans interprète et sans guide, je me sentis néanmoins soulagé d’un grand poids par le départ de ce sombre et désagréable compagnon. Si je n'avais pas eu le bonheur de rencontrer le Canadien, il est probable que je n’eusse pas échappé au plan qu'il avait profondément médité contre moi.

Amis et voyageurs du désert, choisissez bien votre cuide et prenez garde de vous mettre sous la dépendance d’un morose métif, surtout s’il a résidé quelque temps parmi les sauvages; car ces hommes unissent ordinairement tous les vices des blancs à la ruse des Indiens. Je résolus de continuer ma route et de chercher un interprète canadien. Il s’en trouvait un, à ce que je compris, à quelque distance en avant de nous et qui suivait la même route. Pendant huit jours consécutifs, nous errâmes dans ce labyrinthe de vallées sans rencontrer ni Canadiens ni Pieds-Noirs, bien que nous fussions au cœur de leur pays. De grandes bandes de

maraudeurs Crees parcouraient alors ces contrées, et

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1l paraissait évident par les traces qu'ils laissaient,

qu’ils avaient tout emporté devant eux. Il neigea sans L

interruption pendant quatre jours; nos pauvres chevaux étaient presque exténués; ma besace ne contenait que des miettes, et le passage des montagnes de l'est à l’ouest était devenu impraticable. Je n’avais d'autre alternative que d’ailer à un des forts de la compagnie de la baie d'Hudson, et de demander l’hospitalité pendant la durée de cette rigoureuse saison,

Tuute la contrée qui avoisine la première chaîne orientale des Montagnes-Rocheuses, et qui lui sert de base dans une étendue de trente ou soixante milles, est extrêmement fertile, et abonde en forêts, en plaines, en prairies, en lacs, en rivières et en sources minérales. Les rivières et les ruisseaux sont innombrables et partout favorables à la construction de moulins. Les branches septentrionale et méridionale du Sascatshawin arrosent le district que j'ai traversé. dans une longueur d'environ trois cents milles. Des forêts de pins, de cyprès, d’épines, de peupliers et de trembles , et d’autres espèces d'arbres couvrent une grande partie de sa surface, entre autres les pentes des montagnes et les bords des rivières.

Celles-ci prennent ordinairement leur source dans les chaines les plus élevées d’où elles se dirigent dans différentes directions, semblables à une multitude de veines. Les lits et les bords de ces rivières sont pleins de cailloux, et leur courant est rapide. Maïs à mesure que ces fleuves s’éloignent des montagnes, ils s’élargissent et perdent un peu de leur impétuosité. Leurs

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eaux sont ordinairement très limpides. Les goîtres sont communs dans ce climat. Le pays pourrait contenir une grande population. et le sol est favorable à la culture de l'orge, du blé, des pommes de terre et des fèves qui viennent ici aussi bien que dans les contrées méridionales.

Ces vastes et innombrables champs de foin sont-ils destinés à être consumés par le feu ou à périr sous les neiges d'automne? Combien longtemps ces superbes forêts serviront-elles de retraite aux bête; sauvages ? Et ces carrières inépuisables, ces mines abondantes de charbon , de plomb , de soufre, de fer, de ruivre et de salpêtre sont-elles condamnées à rester eternellement vierges? Non; un jour viendr: où une maïn laborieuse leur donnera de la valeur. Un peuple fort, actif et entreprenant est appelé à remplir ces solitudes immenses. Les bêtes sauvages feront place, avant qu'il soit longtemps, à nos animaux domestiques. Des troupeaux paitront dans ces belles prairies bordées de montagnes, sur les collines, dans les vallées et dans les plaines de cette vaste région. Une grande partie de la surface du pays est couvsite de lacs artificiels formés par les castors; sur notre route nous eûmes fréquemment occasion de remarquer avec étonnement et admiration l’étendu: &t la hauteur de leurs digues construites avec art et de leurs demeures solides. Ces industrieux animaux forment ici de petites républiques dont on a raconté à juste titre tant de merveilles. Il n’y a pas un demi-siècle, le nombre des castors était si considérable dans ce pays qu'un on chasseur

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pouvait en tuer une centaine dans l’espace d’un mois.

J’arrivai au fort Augustus ou Edmondton vers la fin de l’année. Son respectable commandant, le digne M. Rowan, me reçut avec la tendresse d’un père, et son estimable famille se joignit à lui pour m’entourer d’égards et de bontés. Jamais je ne pourrai acquitter la dette de reconnaissance que j'ai contractée envers eux. Puisse le ciel les combler de ses grâces et de ses bénédictions ! c’est le vœu sincère d’un pauvre prêtre qui n’oubliera jamais ses bienfaiteurs.

Il faut que j'attende un moment plus favorable pour visiter les Pieds-Noirs. Les parties belligérantes ravagent encore le pays. Les nouvelles qui nous arrivent ne parlent que de vols et de carnage.

J'ai l'honneur d'être, Monseigneur, avec un profond

respect et une haute considération, votre très humble-

et obéissant serviteur en Jésus-Christ, P. J. DE SMET,S. J.

Fort Jasper, 16 avril 1846.

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Le fort Edmonton ou Auguste est le grand marché de la Compagnie de la baie d'Hudson dans les districts

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du nord de Sascatshawin et d’Athabasca. Les forts Jasper, Assiniboine, Little Slave-Lake (petit lac des Esclaves), sur la rivière Athabasca; les forts des Montagnes, Pitt, Carrollton, Cumberland, sur le Sascatchawin en dépendent. Le respectable et digne M. Rowan, gouverneur de cet immense district, unit à toutes les qualités aimables et polies d’un parfait gentilhomme, celles d’un ami sincère et hospitalier. Sa bonté et sa tendresse paterne.le le rendent semblable à un patriarche au milieu de sa nombreuse et charmante famille. Il est estimé et vénéré par touies les tribus environnantes, et quoique avancé en âge il est d’une activité extraordinaire.

Le nombre des serviteurs et des employés à Edmonton, en y comprenant les enfants, est d’environ quatrevingts. Ils forment une famille bien réglée. Outre un grand jardin, un champ de pommes de terre et un de blé appartiennent à l'établissement. Les lacs, les forêts et les plaines du voisinage fournissent des provisions en abondance. A:mon arrivée au fort, la glacière contenait trente mille poissons blancs pesant chacun quatre livres, et cinq cents buflles, le tout formant les provisions ordinaires d'hiver. Il y a une telle quantité d'oiseaux aquatiques dans la saison que les chasseurs en envoient souvent des charretées au fort. Les œufs sont entassés par milliers dans la paille et dans les roseaux des marais. Le grand nombre de ces employés étant catholiques, je trouvai une occupation suflisante, Chaque matin je catéchisais les enfants et donnais une instruction dans la soirée, Après les travaux

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du jour, je récitais les prières. pour l'honorable commandant et ses serviteurs. Je dois dire à la louange des habitants d’'Edmonton que leur attention et leur assiduité à remplir leurs devoirs religieux, la bonté et le respect qu'ils me témoignèrent, furent pour moi une source de grande consolation pendant les deux mois que je passai parmi eux. Puisse le Seigneur qui leur a donné si libéralement les biens de la terre, les enrichir de même de ceux du ciel; tel est le vœu sincère et la prière d’un ami qui ne les oubliera jamais. Je visitai le lac Sainte-Anne, la résidence ordinaire de Messeigneurs Thibault et Bourassa; ce dernier était absent. La distance du fort au lac. est d'environ cinquante milles. J'ai déjà fait mention de cette intéressante mission dans mes précédentes lettres; je ne dirai denc qu’un mot du pays.

La plus grande partie de cette région est plane;

cependant elle est ondulée en quelques endroits et coupée par des forêts, des prairies et des lacs remplis de poissons. Dans le lac Sainte-Anne seul, on prit l'automne dernier plus de soixante-dix mille poissons blancs, les meilleurs de cette espèce. On les pêche à la ligne dans toutes les saisons de l’année,

Quoique l'hiver soit long et rigoureux dans cette région septentrionale, le sol parait. en général fertile, La végétation est si avancée au printemps et en été que les pommes de terre, le froment, l'orge et d’autres végétaux du Canada y viennent à maturité. Le lac Sainte-Anne forme le commencement d'une chaîne de lacs; j'en comptai onze qui s’écoulent dans le Sas-

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qui ne présente encore aujourd’hui des traces de leurs

travaux. Ce que je dis ici des castors est applicable à

presque tout le territoire d'Hudson. Lorsque les ren-

nes, les buffles et les daims abondaient, les Crees en

étaient les paisibles possesseurs; ces animaux ont

disparu, et avec eux les anciens seigneurs du pays.

A peine rencontrons-nous une hutte solitaire, et çà

et là les vestiges de quelque gros animal. Dix-sept

familles de Métifs, descendants des Canadiens Anglais

et dessauvages, se sont réunies et fixées autour de leurs

missionnaires. Les Crees ont gagné les plaines des

buflles et se les disputent avec les Pieds-Noirs dont ils sont devenus les ennemis mortels. À mesure que

les rigueurs de l'hiver commencçaient à faire place à la réjouissante aurore du printemps, mon cœur battait dudésir d'approcher de la montagne, et d'y attendre un moment favorable pour la traverser, afin d'arriver aussitôt que possible à la mission .‘e Saint-Ignace.

Le 12 mars je fis mes adieux à {a respectablefa mille Rowan et à tous les serviteurs du fort. Je fus accompagné par trois braves Métifs que M. Thibault fut assez bon pour me procurer. Dans cette saison, le pays est enseveli sous la neige, et les voyages se font dans des traineaux attelés de chiens. No. »:9visions et nos bagages étaient transportés sur deux de ces véhicules; le troisième, tiré par quatre chiens, m’élait réservé. Cette manière de voyager était une

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nouveauté pour moi; elle est particulièrement convenable et agréable quand on a à traverser des rivières et des lacs gelés.

Le troisième jour nous campâmes près du lac de l’Aigle-Noir qui abonde en poisson blanc; le sixième nous arrivâmes au fort Assiniboine, bâti dans une prairie, sur la rivière Athabasca, qui a en cet endroit deux cent trente-trois brasses de large; elle semble conserver plus ou moins cette largeur, jusqu’à ce qu’elle ait quitté les Montagnes-Rocheuses ; son courant est extrêmement rapide. Dans la saison du printemps, on peut aller en trois jours du fort Jasper au fort Assiniboine ; la distance est de plus de trois cents milles, Avec nos traîneaux, il nous fallut neuf jours pour faire ce voyage. Le lit de la rivière est parsemé d'îles qui par leurs formes et leurs positions variées en rendent l'aspect très agréable. Ses bords sont couverts d’épaisses forêts de pins, entrecoupées de rochers et de hautes collines, qui embellissent et rendent pittoresques les sites généralement monotones du désert.

Les branches principales sont le Pembina, qui à quatre cent soixante-quatre pieds de large, et la rivière es Avirons, qui en a cent vingt-huit. La rivière des Gens-Libres, la branche Mceloud et la rivière Baptiste-Berland ont à peu près huit brasses de large à leur embouchure. Les rivières du Vieux, du Milieu. des Prairies et des Roches forment de beaux courants. Le lac Jasper, qui a huit milles de long, est situé à la base de la première chaîne des grandes

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montagnes. Le fort du même nom et le second lac se trouvent à vingt milles plus haut et dans le cœur des montagnes. Pour arriver là, il faut traverser les rivières Violin et Médecine, qui se trouvent au midi, et l’Assiniboine qui est au nord; et pour atteindre la hauteur des terres du Committees Punch-Bowl nous franchîmes les rivières Maline, Gens-de-Colets, Miette et Trou; nous remontâmes celle-ci jusqu’à sa source. La rivière Médecine se marie avec le Sascatshawin ; l’Assiniboine et Gents-de-Colets avec le Boucane, tributaire de à la Pair. Les eaux de la Miette prennent leur source à la même hauteur, ainsi que quelques branches de la rivière Frazer, qui traverse la Nouvelle- Calédonie.

Les Assiniboins des forêts ont depuis quelques années exclusivement consacré à la chasse les vallées et les hautes forêts d’Athabasca. La rareté du gibier les força de quitter leur pays. Depuis leur départ, les animaux se sont reproduits d’une manière étonnante. Dans différentes places voisines de la rivière, nous vimes les ravages des castors que j'aurais attribués à un récent campement de sauvages, tant était grande la quantité d’arbres abattus qui se trouvait là. Plusieurs familles nomades de la tribu des Carrières et un grand nombre d’Aschsiganes ou Sock Indiens de la Nouvelle-Calédonie, poussés par la faim quittèrent leur pays, traversèrent l’est des montagnes, et errent maintenant dans les vallées de cette région pour y chercher des vivres. Ils se nourrissent de racines et

de tout ce qu’ils peuvent attrapper. Plusieurs ont 7*

leurs dents usées jusqu'aux gencives, parcequ’ils broient de la terre et du sable avec leurs aliments. En hiver ils ont des provisions, car alors le daim, l'élan et le renne se trouvent en abondance. Le renne se nourrit d’une sorte de mousse blanche, et sa panse est considérée comme un mets délicieux, lorsque la nourriture est à moitié digérée.

Les Indiens regardent comme une friandise les yeux de poisson qu'ils arrachent .avec. le bout des | doigts et qu'ils avalent tout crus, ainsi que les tripes, : avec tout ce qu’elles contiennent, sans autre cérémonie Ë que de les placer un instant sur le charbon, et de les

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faire passer de là dans le réservoir général, sans même ; leur faire subir l'opération des mâchoires. É

Les montagnards indiens habitent la partie basse d’Athabasca, ainsi que le grand lac de ce nom. L’élan É l'inte qui est très commun et les daims se trouvent en - à réce] grandes troupes; la chasse de ces derniers est à la fois i l'été facileetsingulière. Ces animaux dirigentrégulièrement É qu'a leur course vers le nord en automne, et reviennent È bord vers le sud au printemps. Les Indiens connaissent les ï appe lacs et les rivières qu’ils traversent habituellement, et è aCCOI quand la troupe (dont le nombre s'élève souvent à U persc plusieurs centaines) est dans l’eau et approche du : il n’a bord opposé, les chasseurs quittent le lieu où ils sont ” Idea cachés, sautent dans leurs légers canots, et crient de … Peace toutes leurs forces pour les faire retourner au centre; : vieill: ils les harassent en les chassant continuellement du vaien bord, jusqu'à ce que ces pauvres bêtes soient épui- L qu'il sées; alors commence le carnage; on les tue sans bien |

qu'ils difficulté avec des dagues et des dards, et il est bien nents. rare qu'il en échappe une seule. Ils couvrent leurs daim, huttes et s’habillent eux-mêmes de peaux de daim. renne ; Les lacs et les marais sont si nombreux dans cette panse î contrée que les cygnes, les oies, les outardes et que la É les canards de toute espèce y viennent par milliers

. au printemps et en automne. Les sauvages traversent se les É ces marais en rachkets pour chercher les œufs de ces at des volatiles dont ils subsistent pendant cette saison, On ripes, Fi trouvent souvent des carrés de plusieurs acres remplis monie L de nids. Les poissons blancs, les carpes, les truites et de les || d'autres poissons inconnus abondent dans tous ces même lacs et rivières.

É: Deux missionnaires, un père de l’ordre d’Oblats de basse Li Marseille et un prêtre canadien, sont en route avec L’élan É l'intention de pénétrer dans l’intérieur du pays. La ent en- à réception que firent les montagnards à M. Thibault la fois | l'été dernier fait bien augurer des heureux résultats ement : qu'aura cette sainte et louable entreprise. Sur les nnent à bords du Jasper, nous rencontrâmes un vieil Iroquois, ent les D appelé Louis Kwarakwante ou le Soleil voyageur, ent, et E accompagné de sa famille composée de trente-six

ent à 4 personnes. Il a été absent quarante ans de son pays; e du 4 il n’a jamais vu de prêtre pendant ce laps de temps. s sont À Il demeurait dans la forêt d’Athabasca et sur la rivière nt de | Peace, et vivait de la chasse et de la pêche. Le bon entre; . vicillard était inondé dejoie, et les enfants éprount du À vaientles mêmes sentiments que leur père. Voici ce épui- > qu'il dit lorsqu'il sut que j'étais un prêtre. « Com-

> sans À bien je suis heureux d’être venu ici, car il y a bien des

années que je n'ai vu de prêtre; aujourd’hui je me trouve en face d’un ministre de Dieu. comme cela m’arrivait autrefois dans mon pays; mon cœur surabonde de joie : partout où vous irez, je vous suivrai avec mes enfants.

Tous, nous entendrons la parole de la prière — tous nous aurons le bonheur de recevoir le baptême; je le répète, mon cœur nage dans la joie et l’allégresse. » Le petit camp d’Iroquois se mit immédiatement en route pour me suivre au fort Jasper. La plupart d’entre eux savent leurs prières en Iroquois. Je restai quinze jours au fort à les instruire des devoirs de la religion. Le dimanche après la messe, tous furent régénérés dans les eaux du baptême, et sept mariages furent réhabilités et bénis. Le nombre des baptisés s’éleva à quarante-quatre ; parmi eux se irouvaient la dame de M. Frazer (surintendant du fort,) quatre de ses enfants et deux domestiques.

J'ai l'honneur d’être avec le plus profond respect et la plus haute considération, Monseigneur, votre très humble et obéissant serviteur en Jésus-Christ.

P. J. DE SMETS. J.

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