‹ Missions de l'Orégon et voyages dans les Montagnes Rocheuses en 1845 et 1846 [microforme]Chapitre 5 sur 108 · DIOCÈSE DE WALLA-WALLA · texte numérisé non relu

DIOCÈSE DE WALLA-WALLA

Ce diocèse est gouverné par le R. Magloire Blanchet, qui a été sacré à Montréal le 27 novembre 1846. Il est en même temps chargé de l'administration du fort de Hall et de Colville.

Voici les noms des missionnaires qui évangélisent l'Orégoa :

Le R. Michel Accolti, — Picrre J. de Smet, — Pierre de Vos, — Adrien Hæcken, — Joseph Joset, — Grégoire Mengarini, — Jean Nobili, — Nicolas Point, — Antoine Ravalli, — Louis Vercruysse, — Antoine Langlois, — Jean-Baptiste Bolduc.

Tous, à l'exception des deux derniers, sont membres de la Compagnie de Jésus

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L’archevêque Blanchet revint dernièrement d’Europe dans l’Orégon avec dix prêtres séculiers et deux réguliers, trois frères lais de la Société de Jésus, et sept religieuses, destinés à la mission. Le nombre total des prêtres est de vingt-six.

Nos renseignements ne sont pas assez complets pour que nous puissions donner la statistique religieuse des différents diocèses de l’Orégon. Nous pouvons seulement dire en général que depuis 1845 plusieurs nouvelles stations ont été fondées, de nouvelles églises bàties, et qu'un grand nombre d’indigènes de différentes tribus ont été convertis à la foi catholique.

Quant aux édifices religieux, en voici le dénombrement : dix-huit chapelles, dont cinq dans la vallée de Willamette; la cathédrale de Saint-Paul, dans le couvent des sœurs; Saint-François-Xavier; la nouvelle 1ission dans la Prairie; l’église de Saint-Jean dans la ville d'Orégon; celles de Vancouver, de Cowlitz et de Whitby ; quatre dans la Nouvelle-Calédonie; ce sont celles du lac Stuart, du fort Alexandrie, des Rapides ct du lac Supérieur ; l’église de Sainte-Marie chez les Têtes-Plates; l’église du Sacré-Cœur chez les Cœurs- Pointus; l’église de Saint-Ignace chez les Pendantsd'Oreilles de la Baie; etla chapelle de Saint-Paul dans la tribu des Kettle-Fall, près de Colville.

Voici maintenant les stations fondées en 1846, et où des chapelles seront érigées ; ce sont : Saint-Francois-Borgia, parmi les Kalispels du nord; Saint-François-Regis, dans la vallée de Colville ; Saint-Pierre, dans les grands lacs de la Colombie; l’Assomption,

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Marie, parmi les Kætenais.

Les institutions qui ont été fondées dans l’Orégon sont : l’école de Sainte-Marie, chez les Têtes-Plates; le collége de Saint-Paul, à Willamette, et ie pensionpat des jeunes personnes, au même lieu, sous la direction de six sœurs de Notre-Dame. On va commencer d’autres établissements.

Le nombre total des Indiens répandus sur la surface du territoire de l’Orégon est d’environ 110,000, dont 6,000 à peu près ont convertis au christianisme. On compte 1,500 catholiques parmi les Canadiens et les colons.

Lettre de M. Boldue, missionnaire apostolique à M. Cayenne.

Covwlitz, le 45 février 18/4.

« MONSIEUR

« Voilà près d’un an que je n’ai eu la satisfaction de pouvoir vous écrire. Depuis cette époque j’ai fait encore parmi nos sauvages de nouvelles excursions dont je me propose de vous rendre compte, après vous avoir dit quelques mots sur les vastes solitudes que nous évangélisons.

« D’après les rapports des premiers navigateurs anglais qui visitèrent les côtes de l'Amérique, au nord du fleuve Colombia, il paraît que le territoire portant le même nom fut anciennement découvert et habité par les Espagnols; on voit encore aujourd’hui des ruines en briques, restes de ces premiers établissements formés dans la vue d'attirer les nations sauvages à la connaissance de l’“vangile. Parmi les indigènes,

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cn 0 on a trouvé ici des reliques attestant ce faits; un crucifix de cuivre, tout usé, est de temps immémorial au pouvoir d’une tribu. Comment, par qui fut-il apporté? Voilà ce qu'elle ne peut dire. C’est très probablement vers le temps où ils s'emparèrent de la Californie que les Espagnols formèrent un établissement sur l’île Vancouver, séparée de la terre ferme par le détroit de Juan de Fuca. Gray découvrit le fleuve Colombia; Vancouver le remonta jusqu’à la pointe où est bâti le fort qui porte son nom, et prit possession du pays environnant.

«La vaste contrée qui s’étend entre les Montagnes- Rocheuses et l'océan Pacifique se divise en deux 20nes distinctes par leur climat, par leur aspect et par leurs productions; la ligne de séparation court parallèlement aux rivages de la mer du Sud, dont elle se tient éloignée d’environ deux cents milles. Moins boisée que les régions de l’ouest, la partie orientale s’élève par plateaux, dont les plus éloignés servent de base aux monts Hood, Sainte-Hélène, Reignier et Baker. Les cimes de ces montagnes s’élancent dans les airs à une hauteur de quinze à seize mille pieds et sont couronnées de neiges éternelles. L'année dernière, les monts Baker et Sainte-Hélène sont devenus volcaniques, et même depuis quelques mois le premier a éprouvé des changements considérables de forme, du côté où se trouve le cratère, Dans la zone orientale le climat est sec et sain; en hiver comme en été la pluie y est très rare; la neige ne s’élève jamais à plus d'un pied. On n’y voit ni marais ni plaines

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ce AÙ = inondées par les grandes eaux; point de brumes; aussi les fièvres n’y sont pas connues.

« Dans la partie inférieure, depuis octobre jusqu’en mars, les pluies sont presque continuelles; des nuages épais, dont l’atmosphère est constamment chargée, cachent le soleil pendant des semaines entières, et il n'est pas rare de passer jusqu’à quinze jours sans qu’on puisse l’apercevoir. Cependant, dès qu'il peut se faire jour à travers les vapeurs, il répand aussitôt dans l'air une chaleur douce et vivifiante. Cet hiver a été tout à fait remarquable par le peu de pluie que l'on a eu; pendant une grande partie de février et vers le commencement de mars, le temps a été magnifique; c'était comme le mois de mai; l’herbe croissait dans les prairies, les fraisiers étaient en pleine floraison.

« En mars les pluies sont plus rares; un soleil ardent réchauffe la nature, qui se pare d’une verdure naissante. Le blé semé en automne peut déjà, en avril, rivaliser de beauté avec celui qu’on voit dans le Canada au mois de juin. Dès lors, et pour tout l'été, temps clair et fortes chaleurs. Quelquefois cependant d’épais nuages s’amoncellent; on dirait qu’ils vont se résoudre en torrents de pluie; mais bientôt ils se dissipent sans avoir fait entendre de coups de tonnerre, sans même donner la moindre ondée que les moissons paraissent désirer si ardemment.

« Dans le mois de juin les rivières gonflées par la fonte des neiges sur les montagnes inondent les plaines basses et augmentent encore les dépôts d’eau croupissantes formés par les pluies d’hiver. Les va-

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— 1 — peurs qui s’en élèvent sous un soleil brülant occasionnent ou entretiennent les fièvres tremblantes, plus frquentes dans les années où les rivières ont été plus débordées.

« Cette maladie règne dans presque tout le pays depuis la fin d'août jusqu'à la mi-octobre. IL est généralement assez rare que ceux qui en sont une fois attaqués ne le soient pas plusieurs années de suite, et comme je l'ai eue cette année pendant plus d’un mois, j'ai tout lieu de craindre encore quelques nouveaux accès pour l'avenir.

« Vous ne sauriez croire combien ont été épouvantables les ravages que ces fièvres ont portés parmi les nombreuses tribus qui habitaient autrefois les bords du Colombia. Il suffit de dire qu’on a trouvé de gros Camps indiens entièrement détruits par ce fléau. Quand les sauvages se sentaient attaqués, ils allaient sans perdre de temps se précipiter dans les eaux froides des rivières, et ils mouraient sur-le-champ. Les blancs, avec les soins convenables, n’en meurent jamais.

« Il me semble que l’année dernière je vous ai an- Noncé que je devais faire une mission dans Puget- Sound et pénétrer, si je pouvais, jusque dans l’ile Vancouver ; cette mission a eu lieu, et je vais vous en dire quelques mots.

«Pour parvenir à mon but il eût été peut-être dangereux de pénétrer seul dans la grande île Vancouver; aucun prêtre ne s’y était encore montré, et les

liarisés avec les blancs. Or en ce temps-là l’'honorable compagnie de la baie d'Hudson se préparait à aller bâtir un fort à l'extrémité sud de cette île. M. Douglas, qui devait diriger cette expédition, m'invita généreusement à prendre passage à bord de son vaisseau. J’acceptai bien volontiers ses offres, et je quittai Cowlitz le 7 mars pour me rendre à Skwally.

« Le steamboat le Beaver (le castor) nous attendait depuis quelques jours; cependant, comme il y avait plusieurs préparatifs à faire pour le voyage, nous ne montâmes à bord que le 13 au matin. Après avoir marché toute la journée du 13, nous ancrâmes dans un remous formé par une pointe de l'île Whidbey. appelé Pointe-Perdrix. Des lignes furent aussitôt préparées, et pendant la veillée nous eümes le plaisir de prendre pour le diner du lendemain une grande quantité d'excellents poissons, assez semblables pour la forme et pour le goût à la morue du Canada; jen ai remarqué plusieurs de quatre pieds de long.

« Les eaux de la baie de Pujet sont richement peuplées. Le saumon y abonde; c’est la plus grande ressource des indigènes. Dans les mois de juillet, d'août et de septembre surtout, ils en prennent à ne savoir qu'ea faire. On trouve ici une espèce de poisson bien plus petit que ceux dont je viens de parler, et qui parait être particulier à la côte du nord-ouest. On le voit remonter les rivières au printemps en quantité prodigieuse. Ilcontient une telle abondance de graisse que quand il a été pris dans la bonne saison et qu'il est un peu sec, on peut l’allumer par le bout de là

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L'ATe queue et il brûle comme une chandelle jusqu’à la tête. Les sauvages en font une excellente huile qui leur sert à assaisonner leurs aliments.

Le 14 de bon matin, nous levâmes l'ancre et dirigeûmes notre course vers l'entrée du détroit de Juan de Fuca. Nous allâmes à terre, et après avoir visité un petit camp de sauvages de la grande tribu des Klalams, nous nous portâmes sur la pointe sud de l'ile de Vancouver. Il était à peu près quatre heures Gu soir lorsque nous y arrivâmes. Nous n’aperçûmes d'abord que deux canots; mais ayant tiré deux coups de canon, nous vines les indigènes sortir de leurs retraites et entourer le steamboat. Le lendemain les pirogues

- arrivèrent de tous côtés. Je descendis alors à terre : avec le commandant de l'expédition et le capitaine du

vaisseau ; cependant ce ne fut qu’au bout de quelques jours, c’est à dire lorsque j'eus des preuves non équi-

- voques des bonnes dispositions des Indiens que je me

rendis à leur village, situé à six milles du port, au

. fond d’une charmante petite baie.

« Comme presque toutes les tribus d’alentour, celleci possède un petit fort en pieux d'environ cent cinquante pieds carrés. On se fortifie ainsi pour se mettre à l'abri des surprises des Yongletats, tribu puissante et guerrière, dont une partie campe sur l’île Vancouver elle-même; le reste habite sur le continent, au nord de la rivière Fraser. Ces féroces ennemis tombent ordinairement de nuit sur les villages qu’ils veulent détruire , massacrent autant d'hommes qu’ils peuventetprennent les femmesetles enfants pour esclaves.

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A mon arrivée, toute la tribu, hommes, femmes et enfants, se rangea sur deux lignes pour me donner la main, cérémonie que ces sauvages n’omettent jamais, Je les assemblai tous dans la plus grande loge, celle du chef, et là je leur parlai de l'existence d’un Dieu créateur de toutes choses, des récompenses qu’il promet aux bonnes actions et des châtiments éternels dont il punit le crime. Mes instructions furent souvent interrompues par les harangues de mes auditeurs. En voici une que j'ai crue propre à vous intéresser. Au milieu de la foule je vis un homme d'environ trente ans, qui se leva précipitamment, et me dit : « Chef (1) « écoute-moi. Il y a bien dix ans j'ai entendu dire qu'il «y avait un maître en haut qui n’aimait point le mal, «et que parmi les Français il se trouvait des hommes « qui apprenaient à connaître ce maître. J’ai aussi en- « tendu dire qu’il viendrait un jour de ces hommes-là «sur nos terres. Depuis ce temps, mon cœur, qui au- «paravant était très méchant, est devenu bon; je ne « fais plus de mal. Maintenant que tu es arrivé chez « NOUS, tous nos cœurs sont contents. »

« Un jour que je leur parlais du baptême et que je leur disais que déjà plusieurs nations avaient fait régénérer leurs enfants, un vieillard se leva et me dit :

« Tes paroles sont bonnes; mais on nous a rapporté » que ceux qui ont été baptisés chez les Kwaïtlens et »les Kawitshins (à la rivière Fraser) sont morts pres-

(1) Ils donnent généralement le nom de chef, dans leur Jangue slab, à tout personnage de distinction.

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RE « que aussitôt; cependant, comme tu dis que c’est «une bonne chose, nous te croyons. Puisque l’eau « sainte leur fera voir le maître d'en haut après leur « mort, baptise tous ceux de notre camp; fais-leur « cette charité, car ils meurent presque tous. »Je leur promis que je reviendrais, le dimanche, pour conférer ce sacrement, et que tous devaient s’y trouver.

« Cependant le bruit de mon arrivée s'étant répandu, plusieurs nations voisines arrivèrent en masse.

«Le 18, quiétait un samedi, fut employé à la construction d’une espèce de vaste reposoir pour célébrer à terre le jour du Seigneur. M. Douglas me donna plusieurs de ses hommes pour m'aider dans cet ouvrage. De longues branches de sapin formèrent les côtés de cette chapelle agreste, et les tendelets du steamboat la couverture.

«Le dimanche au matin, plus de douze cents sauvages des trois grandes tribus Kawitshins, Klalams et Isainishs étaient rassemblés autour du modeste temple. Notre commandant n’oublia rien de ce qui pou-

vait contribuer à rendre la cérémonie imposante; il

me donna liberté entière de choisir à bord tout ce qui pouvait servir de décoration. Il assista lui-même à la messe, ainsi que quelques Canadiens et deux dames catholiques. Ce fut au milieu de ce concours nombreux que, pour la première fois, nos saints mystères furent célébrés sur cette plage, depuis tant d’années en proie aux abominationsde l'enfer. Fasse le ciel que le sang de l’Agneau sanstache rende cetteterre fertile. et lui donne de produire une abondante moisson.

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