‹ Missions de l'Orégon et voyages dans les Montagnes Rocheuses en 1845 et 1846 [microforme]Chapitre 50 sur 108 · J, NOBILI, S,. J · texte numérisé non relu

J, NOBILI, S,. J

Fort Walla-Walla, 18 juillet 1846.

Très Révérend et cher Père Provincial .

J'acceptai l'offre aimable de M. Lewes, et pris place sur une des barques de la compagnie de la bai d'Hudson, qui se dirigeait vers le fort Vancouver. Nous nous arrêtâmes au fort Okinagane, où je baptisai quarante-trois personnes, dont la plupart étaient des enfants. Notre traversée fut heureuse et agréable. J'ajouterai peu de chose à ce que j'ai déjà dit dans me précédentes lettres de l'année dernière, concernait! notre résidence de S:int-Francois Xavier et des autres établissements catholiques de la vallée de Willmette et des environs. Les églises Saint-Jacques, ! Vancouver, de Saint-Jean, dans la ville de l'Orégon. de Sainte-Marie, dans le couvent du même nom, t!

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\Min de retourner aux missions du nord, je partis du fort Vancouver au coïmencement de juillet, deux jours après que la brigade de la compagnie de la baie d'Hudson l’eut quitté. Un accident, qui heureusement n'a pas eu de suites fâcheuses, n’arriva en chemin.

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Une boite à poudre, faisant par hasard explosion près de moi, m’écorcha profondément, et n’enlevi complétement la peau du nez, des joues et des lèvres; je ressemblais, après tous mes voyages, à un rude montagnard dont le visage a été labouré par les angles des rochers et les branches d'arbre. Je me procurai un canot indien bien équipé, et bientôt j'arrivai, au milieu d’un violent orage, dans le grand réservoir de la cascade des Montagnes, que traverse le puissant Colombia. Le sublime et le romantique semblent avoir réuni leurs efforts pour déployer ici la plus grande magnificence. Des deux côtés de la rivière, des murailles perpendiculaires de rochers s'élèvent avec une majestueuse hardiesse; de petits ruisseaux et d’innombrables filets d’eau d’une beauté cristalline poursuivent leur chemin, murmurent en descendant les pentes escarpées, s'élancent et sautent de cascade en coscade, et après un millier de gambades ajoutent enfin leur tribut écumant au puissant fleuve du nord. La masse imposante des eaux, qui s’est ouvert ici un passage entre une chaine de montagnes volcaniques fort élevées, s’élance avec une impétuosité irrésistible sur des récifs et des ruines renversées pendant un cspace d'à peu près quatre milles, et forme le dangereux et dernier obstacle qui soit vraiment remarquahie : les grandes cascades du Colombia. Les Indiens racontent d’une manière intéressante et très plausih!c i« formation de ces cascades si renommées dont on à tant parlé, qui ont fait naître tant d’écrits et sur lesquelles il a été fait tant de conjectures concernant les

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blement et sans obstacle. Sous une longue rangée de roches élevées et saillantes qui, ne pouvant porter plus longtemps leur poids, s’émiettèrent, arrêtèrent

» et élevèrent ainsi le lit de la rivière; ici elle inonda | la grande forêt de cèdres et de sapins qu’on voit encore au dessus des cascades. » En effet le voyageur 1 voit avec étonnement un grand nombre de forts troncs : d'arbres qui se tiennent encore debout dans l'eau à : une profondeur d'environ vingt pieds. Personne, dans * mon opinion, ne peut se former une juste idée de la D cause qui produisit ces changements remarquables

sans admettre le récit indien. Mes bagages furent

: bientôt transportés à l'extrémité nord du Portage. La » distance des cascades aux dalles est d'environ qua- > rante-cinq milles et n'offre pas d’obstacle. L'aspect * que présentent les montagnes bordant les deux côtés . de la rivière, et les groupes d'arbrisseaux, de cèdres > et de pins ést vraiment délicieux par la vue des monts

Hood et Sainte-Hélène, dont la cime est couronnée

| (le neige. Une brise favorable nous fit déployer deux L ouvertures à défaut de voiles, et pendant que nous glissions rapidement sur la rivière, nous remarquâmes

plusieurs îles de formation volcanique, où les Indiens

| déposent leurs morts sur des échafaudages ou dans

de petites huttes faites de pièces de cèdres fendues,

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Le troisième jour nous arrivâmes aux grand

dalles. Les Indiens s’y rassemblent de différents ca: tons de l’intérieur pour se livrer dans cette saison (: l'année à la pêche du saumon. C’est leur bon temp de réjouissance, de jeux et de fêtes. Le long carèm est passé, et ils se trouvent enfin au milieu de l’abordance. Tout ce que l'œil peut voir ou le nez sentir « du poisson, rien que du poisson. Il est entassé de touta parts sur les rochers; les huttes des Indiens enr. gorgent, et les chiens se roulent et se battent sur l« abattis qu’on jette de tous côtés. Il n’y avait p:.s moin de huit cents Indiens réunis pour cette pêche. Celui qu les à vus il y à cinq ans, pauvres et nus, et qui les voi maintenant, se réjouit du changement ou, comme (|: rait Ovide, de la complète métamorphose qui se

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opérée chez eux. Leurs vêtements sont du plus gro

tesque caractère, car ils négligent même de les àpproprier au sexe ou à leur condition de vie. Une mar carade, selon nous, prouverait au moins une unit d'intention; mais cette mascarade indienne défie tout les unités. Un Indien basané et brave marche fière

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ment devant nous, ayant conscience apparemment d:

la dignité que lui donne son nouveau costume, doii voici la description : Une veste beaucoup trop petit pour lui, et un pantalon collant, avec des sous-pieds dont les solutions de continuité accusent l'absence {t

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chemise, forment l'habillement de son corps; un bonnet de nuit de femme, passé de mode et orné d’une large garniture, constitue la parure de la tête ; quelquefois, lorsque les moyens permettent ce surcroît de luxe, un chapeau vernis de marin surmonte cette coiflure, dont l’ensemble forme un effet gracieux. Une paire et parfois seulement une demi-paire de souliers complètent le burlesque accoutrement de ce dandy indien. On en voit quelques-uns parader dans le camp vêtus entièrement comme des rouliers; d’autres ont un costume mi-partie de marin, de roulier et d'avocat, le tout arrangé suivant leur fantaisie; mais l'ornement favori paraît être le bonnet de nuit avec ses énormes garnitures. Quelques -uns n'ont qu'un seul article de vêtement. J’ai vu un vieil Indien se pavaner avec une paire de bottes qui formait toute sa garde-robe. Les femmes des Indiens portent de longues robes de calicot qu'embellissent fort peu les copieuses additions d'huile de poisson dues au goût ou à la négligence de leurs possesseurs. Quelquefois elles ajoutent à cette robe une veste, une flanelle ou une capote, lorsqu'elles peuvent se procurer ces objets. Les dalles forment à présent une espèce de lieu de passage qui offre l’aspect d’une mascarade où émigrants et Indiens se rencontrent pour se prêter, ce semble, mutuellement secours. Quand les émigrants de l'Orégon y arrivent, ils ont généralement besoin de provisions, de chevaux, de canots et de guides. Les Indiens leur fournissent ces choses, et recoivent en échange les vieux habits de voyage des docteurs. des

avocats, des fermiers, des Allemands, des Francais, des Espagnols, etc., qui traversent les dalles pour se

diriger vers l’ouest. De là, la collection bigarrée (|

pantalons, d’habits, de bottes de toutes formes et de toutes grandeurs, de chapeaux et de bonnets de tout: mode. Ici, j’atteignis MM. Lewes et Manson, qui m'offrirent une place dans une des barques de la Compagnie ; ce que j’acceptai avec plaisir. Le transport de leurs bateaux et de leurs chargements prit toute un journée. Depuis les grandes dalles jusqu'aux sources nord du Colombia, la navigation demande une grande attention, car elle présente une succession continuelle de rapides, de chutes, de cascades et de dalles. On emploie ici comme pilotes des hommes d’une grande expérience, et cependant, malgré leurs précautions et leur habileté, il n’y a pas probablement de fleuve sur le globe qui soit aussi fréquenté, et où il arrive de plus désastreux accidents.

Aux Dalles, vous entrez dans une région aride où le bois flotté trouvé sur les bords de la rivière est apporté au camp par les Indiens, qui reçoivent avec joie en échange un rouleau de tabac. Pendant l’absence des sauvages, les tombes des morts sont quelquefois honteusement dépouillées par des chrétiens voyageurs et civilisés, qui enlèvent les planches qui recouvrent les cadavres; ceux-ci deviennent alors la proie des vautours et des corbeaux.

Les Indiens restent sur le Colombia aussi longtemps qu’ils peuvent attraper un saumon. Insoucieux de l'approche de l'hiver, ils ne font pas de suffisantes

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À pros isions; aussi les voit-on, lorsqu'elles diminuent | ou sont épuisées, aller à la recherche des poissons

: morts ou mourants qui flottent en grand nombre sur À la surface des eaux. Dans le voisinage immédiat d’un ? camp, l’air est infecté par l’odeur du saumon putréfié ; 1 on le suspend aux arbres, ou on le place sur des écha-

à faudages, et c’est de cette nourriture malsaine et dé-

1 testable que vit l’imprévoyant Indien, lorsque l’époque

. de son long carême est arrivée.

| Vous pouvez à peine vous faire une idée de la dé- ! plorable condition des pauvres petites tribus disà persées le long des bords du Colombia, dont le -1ombre diminue visiblement d'année en année. Elles ont pour demeures quelques misérables huttes faites Le joncs, d’écorces, de broussailles ou de branches de pin, couvertes quelquefois de peaux ou de hail- Lions, Autour de ces pitoyables habitations gisent. Lripandus avec profusion, les os des animaux et les | ahattis de poisson de chaque tribu, au milieu de mon- À ceaux d'ordures de toute espèce. Dans l'intérieur L vous trouvez des racines entassées dans un coin, des Le aux suspendues à des perches placées en travers. : e! du poisson bouillant sur le feu, et un peu de braise | mourante ; vous y verrez rarement une hache pour | couper le bois. Tous les ustensiles de cuisine, les L\crres à boire, les plats, etc., se résument en une espèce de chaudron à poisson, fait d’osier et enduit le gomme. Pour faire bouillir ce chaudron, on y met des pierres rougies au feu. Maintenant, devinez L'auel est Le mets qu'on przare ainsi ? je vous le donne

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