TRES
Quatorze guerriers Crows mordirent la poussière. et neuf furent gravement blessés, comme nous lapprimes plus tard par trois Pieds-Noirs, qui profitèrent de la défaite de ceux qui les avaient faits prisonniers. pour recouvrer leur liberté. Du côté du cam allié, il n’y eut qu'un seul tué; c'était le jeune fils d’un
chef Nez-Percé, qui tomba sous les coups d’un chef
Crow. La lâcheté de ce dernier, qui s’attaquait à un enfant, indigna le camp allié, Ce premier coup de fusil et le premier sang versé des deux côtés, fit engager le combat sur tous les points. Quoiqw'on sc battit pendant plusieurs heures. il n'y eut outre cette perte que trois blessés, dont deux si légèrement qw’ils se rétablirent en peu de temps par l'application des remèdes que je portais avec moi; le troisième mourut peu de jours après mon arrivée au camp.
Cette défaite fut très humiliante pour les Crows. qui se vantaient constamment de leur supériorité dans la guerre, et raillaient leurs ennemis en leur appliquant les épithètes les plus insultantes, Ts avaient en outre forcément et injustement provoqué Île combat.
Vrainient, je regarde le miraculeux salut de nos guerriers chrétiens dans ce violent combat, comme une preuve évidente de la protection particulière du ciel, surtout quand je considère les noribreux traits de bravou’e individuelle, je pourrais dire d'audace, du camp alité
Le fils d’un chef Tête-Plate, nommé Raphael, À peine sorti de l'enfance, brûlait du désir de se jeter dans
poussière.
ous laprofitèrent ‘isonniers.
1m} allié, fils d’un d’un chef {taquait à nier COU) CÔLÉS, fit iqu’on se tre cette ent qu’ils ation des e mourut
s Crows, périorité en leur s AVaient oqué le
de nos comme lière du IX traits ludace,
À peine r dans
la mêlée, et priait son père de lui laisser son meilleur cheval. Le père y consentit, quoique avec peine, parce que le jeune homme, qui avait été très malade, n'avait pas encore recouvré toutes ses forces. Il monte en selle et s'élance avec la rapidité de la flèche. La fougue de son coursier le transporta en un instant
jusque sur les talons d’un énorme chef Crow, qui,
tournant la tête pour reconnaître son agresseur, poussa son cheval pour punir la témérité du jeune carcon, en se pliant en même temps pour échapper à lèche qriie visait, I fallut que ce jeune cavalier lançat [a flèche avec une force prodigieuse, car elle alla se loger sous la dernière des côtes gauches, pénétra sous l'épaule droite, et ne laissa voir que les plumes à l'endroit où elle était entrée, Le chef tomba mort, En un instant une décharge se fit sur cet intrépite garcon ; son cheval tomba criblé avec son cavalier sous lui, Celui-ci fut étourdi de la chute, et on le erut mort, Suivant l'usage des Indiens, qui consistr à frapper avec force le corps mort de leur ennemi, il recut de rudes coups de chacun des individus composant Les nombreuses troupes de Crows, qui passaient à côté de lui, I fut emporté à moitié mort par sa propre riou, qui poursuivait l'ennemi, L'ardeur et l'impétuosité de ce jeune homme, appartenant au camp des Têtes:-Plates, étonnèrent les vieux guerriers qui étaient présents, et devinrent l'objet de l’admiralion universelle et l'effroi des ennemis,
Les femmes des Têtes-Plates se mêlèrent aussi au combat. L'une d'elles, mère de septenfants, conduisit,
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elle-même ses fils sur le champ de bataille. Voyant que le cheval de son fils ainé s'était abattu dans un <ombat particulier avec un Crow, elle se jeta entre les combattants, et avec un couteau, elle mit le Crow en fuite, Une autre jeune femme, s’apercevant que les carquois de son parti se vidaient, recueillit froidement au milieu d’une nuée de flèches celles qui gisaient autour d'elle, et les apperta aux guerriers don: la provision était presque épuisée.
La célèbre Marie Quille, qui s'était déjà signalée dans plusieurs batailles, poursuivait un Crow, la hache à la main; mais ne daignant pas en venir aux mains avec lui, elle revint sur ses pas en disant: «Je croyais que ces grands parleurs étaient des hommes; je me suis trompée : ils ne sont pas dignes d'être poursuivis, même par une femme. »
Le petit parti des Pieds-Noirs voulant se venger de la perte de la moitié de leur tribu, massacrée l'année précédente par les Crows, et convaincus que leur vie serait sauve, tant qu'ils seraient mêlés aux rangs des Têtes-Plates chrétiens, rendirent de signalés services dans le combat. Sur ces entrefaites, Gabriel et Charles, craignant une explosion qui devenait imminente, retournèrent immédiatement sur leurs pas pour venir au-devant de mai, et me prier de hâter mon arrivée, car ma présence était jugée nécessaire pour prévenir l'effusion du sang. J’arrivai au camp des Tètes-Plates, le lendemain de la bataille. Je trouvai {out prêt pour repousser une seconde attaque, au cas qu’elle fût tentée. J'envoyai sur-le-champ un
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exprès aux Crows, pour leur annoncer mon arrivée et pour leur exprimer le désir que j’avais de les voir, t surtout de réconcilier les parties contendantes. Mais il paraît qu'après avoir enseveli leurs morts, ils se retirèrent si précipitamment, qu’il fut impossible de savoir ce qu’ils étaient devenus.
Mon exprès me dit qu’il devait y avoir une excessive douleur dans le camp des Crows, car ses témoinages ordinaires se manifestaient, dans toutes les directions, par des jointures de doigts coupés et par les nombreuses taches de sang, causées par les blessures que les parents des décédés se font en de pareilles circonstances,
Peu de temps après mon arrivée, les Pieds-Noirs \inrent en corps à ma loge pour w’exprimer d'une manière vraiment éloquente leur admiration pour ls Têtes-Piates, et le désir qu'ils avaient de vivre à l'avenir avec eux dans les termes de Ia plus intime amitié, « Gette victoire extraordinaire, disent-ils, doit ire attribuée à leurs prières. Tant que düra la batulle, nous vimes leurs vic'llards, leurs femmes et leurs enfants agenouillés et implorant le secours du
el; les Têtes-Plates n’ont pas perdu un seul homme. Parmi les Nez-Percés, on compte un jeune homme le mort, et un autre grièvement blessé; mais les Nez- Percés ne priaient pas. Nous avons prié matin et soir hecles Tôtes-Plates et nous atons écouté les instrucions des chefs, »
à ls me demandèrent alors d'une manière pathébque d'avoir ,itié d'eux et d'être charitable; qu'ils
étaient déterminés à entendre la parole du gran( J manitou des blancs, et à suivre la voie que le Rédemp RE et teur avait tracée sur la terre. aux
Après que je leur eus indiqué les obligations qu'in-Æ seul posait la vie qu'ils se proposait de suivre, tous si jeun exception présentèrent leurs enfants au baptême; ik vieil étaient au nombre de quatre-vingts. J':
Le jour qui suivit cette cérémonie sacrée, ils mA vingt demandèrent la permission de nrexerimer, à leu afin « manière, l'excès de la joie que leur faisait éprouve Elles
cetie double victoire, En revenant du dernier Chan des g
de bataille, les guerriers, ayant à leur tête un jeu tomer chef, chantaient de: hymnes de triomphe qu'acco ont to pagnait le son des tamPours; à chaque Coup. Î bestie poussaient un cri sauvage et percan!, auquel succi Oue
dait ie chant; cette musique, toute sauvage Qu'el pins sc
fût, n’était pas sans harmonie, Fs continuèrent ah pendant toute la route,
Nous marchions le long de ia rive droite de 1
tenait sont si nombr vière Yellow-Stone, ayant à notre gauche une Co tour du de montagnes, ressemblant à ces vieux portails a La tôl Suivant monise
quels ! histoire a donné le nom d’ancienne chevalet
Nous étions à peine arrivés au lieu du caimpemel que les Pieds-Noirs, profitant de l'ombre d'un he groupe de pins, se disposèrent à danser. Ils tenait beaucoup en même temps à faire voir aux Ro Noires combien ils appréciaient leur présence pal eux, et combien ils seraient reconnaissants de les assister à leurs divertissements. I n’y avait rien püt blesser la modestie, ni faire rougir. |
de grâce
Si gran chevaux Consiste Suivant « bour, Le pe réunis
du gran Je n'ai pas besoin de vous dire que leur danse
le Rédemp- n'était ni la polka, ni la valse, ni rien qui ressemble
aux danses de la civilisation moderne. Les femmes tionsqu'in-Æ seules, vieilles et jeunes, y figurent. depuis la plus +, tous si jeune enfant qui commence à marcher, jusqu'à la plus aptême; if vieille matrone.
J'ai vu plusieurs femmes âgées de plus de quatrevingts ans, qui appuyaient leur faiblesse sur un bâton, fin de pouvoir exécuter les mouvements de la danse. Elles étaient toutes revêtues des plus beaux costumes
crée, is ni
ner, à lei ait ÉDrouvt epnier Chan des guerriers, qu'elles portaient par dessus leur vêôte un JOUR tement, qui consiste en une espèce de tunique qu’elles he qu'accof onttoujours, et qui ne contribue pas peu à Ia moque coup. Id destie de leur extérieur, auquel succt Quelques-unes figuraient avec les armes qui ont le uvage QU plus servi dans la bataille; mais le plus grand nombre tinuèrent ai tenait un rameau vert à la main, Plus les vêtements sont singuliers, les couleurs variées et les sonnettes roite de RE nombreuses, plus l'effet est grand sur l'âpre specta- ‘he une CUS tour du désert, portails WT Latôte est couverte d’un casque orné de plumes, qui, nne cheval suivant les mouvements réguliers de l'individu, s’haru Campemu bre d'un ht er. Hs tenil
ir aux Roi
monise avec la chanson, et semble ajouter beaucoup
de grâce à toute la scène, Pour ne rien perdre d'un
si grand spectacle, les Indiens montent sur leurs
chevaux, ou grimpent sur les arbres voisins. La danse tonsiste en un petit saut, qui est plus ou moins vif, Suivant qu'on bat plus ou moins fortement du tambour, Les hommes manient cet instrument, mais tous se réunissent pour exécuter les chants,
résence pil nts de les avait rien (
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Pour rompre la monotonie de ce divertissement. ou y répandre un nouvel intérêt, les Indiens y ajoutent par intervalle un cri percant, inattendu. Si la danse languit, les harangueurs et ceux qui
long d'un tuels vais
sont habiles à faire des grimaces, viennent à son aide M TiV Comme en sautant, les danseurs tendent vers un centre Le commun, il arrive souvent que les rangs deviennen M 1" €t trop serrés ; alors ils rétrogradent en bon ordre pour à ‘ êlé former un grand cercle, et recommencer sur wi ‘iPale meilleur plan. Not Après la danse, vient la présentation du calume: RW lourcl
IL est porté par la femme du chef, qui est accom-W ruisse pagnée de deux autres femmes; sur la poitrine de tribut, l’une d'elles repose la tête de la pipe. etsur celle de et les l'autre, le tuyau qui est orné de plumes. Le persos: La \ nage le plus distingué de la nation précède Al belle: porteurs du calumet, et les conduit autour du cerc M (e fut des danseuses. mitivei Cette dernière partie de la cérémonie qui termin lieu où les réjouissances, a probablement pour but dir Nou: diquer que le meilleur fruit de la victoire qu'ils cr- fourche lèbrent, est la paix qui en est la conséquence. Étigi ‘din cette paix sur de plus solides bases, est une pensii taire de qui occupe constamment mon esprit. Plaise à Dit Auvage que nos efforts pour planter l'arbre de la paix pan 'ertes € ces sauvages enfants des forêts, ne soient pas infrut brables tueux ! Je recommande instamment ces pauvres ame "US {re aux prières des âdèles. pentent Je viens d'accomplir la promesse que je vois : É n ‘haine (
faite dans ma dernière lettre, en vous racontant. pli
jonguement peut-être que nele comportent les bornes d'une simple lettre, quelques-uns des avantages spirituels et temporels dont jouissent les Têtes-Plates. Je vais maintenant résumer le cours des é‘énements arrivés jusqu’à ce jour.
Le 16 août, nous quittâmes Sainte-Marie, en prenant un étroit défilé, appelé la Porte du diable. Ce nom lui aété probablement donné, parce qu'il forme la principale entrée des maraudeurs Piets-Noirs.
Nous campâmes la première nuit au pied des fourches de la rivière Pied-Noir. D’innombrables ruisseaux et plusieurs beaux lacs lui paient un large tribut, Il y a un facile passage pour les charrettes et etles wagons, vers sa source au nord-est.
La vallée que nous montâmes est arrosée par une belle rivière, appelée Cart-Rivière (rivière du Char). Ce fut à travers cette vallée que nous voyagions primitivement avec tous nos bagages, pour arriver au lieu où se trouve maintenant Sainte-Marie.
Nous franchîimes les montagnes qui avoisinent la fourche Arrow-Stone, autre passage aisé, et nous descendimes. jusqu’à son embouchure, une rivière tribuaire de Jefferson, qui traverse un pays montagneux, sauvage et accidentée, semé çà et là de plaines ouvertes et étendues, où seréfugient d'ordinaire d’innonbrables troupeaux de bufles. Le septième jour, nous nous trouvâmes campés dans l'immense plaine où serpentent, en se divergeant, les fourches du Missouri, et ous montâmes jusqu’au sommet de la principale chaine des Montagnes-Rocheuses, où ce fleuve prend
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sa source. Lorsqu'on voyage à travers ces déserts, il faut être sur ses gardes, pour éviter les soudaines at. taques de quelqu’uns de ces partis guerriers et errants. qui i.festent le; environs, et dont le seul but est ( chercher des scalps, de trouver du butin et de sacquérir de la gloire par quelque exploit hardi.
Nousfimes chaque soir une halte de quelques heure: pour prendre un peu de nourriture, et faire reposer et manger nos animaux, Lorsque la nuit devenai sombre, nous allumions un grand feu, comme si devait durer jusqu’au matin ; puis, à la faveur des ti. nèbres, nous continuions notre route pendant w espace d'environ dix milles, nous dirigeant vers quelque lieu non suspect, et éludant ainsi nos ennemis, qui auraient suivi nos traces, ou qui se seraient cachés jusqu'à minuit, heure à laquelle ils auraient accompli leurs desseins meurtriers. -
Depuis les trois fourches, nous allâmes vers l'est, e! traversäines, par un facile passage, la chaîne des montagnes qui sépare les eaux thermales du Missouri de rivière Yellow-Stone, distance qui est d'environ quirante milles.
Après avoir suivi les traces du camp des Têtes-L Plates pendant plusieurs jours, j’envoyai en aval Gabriel, mon interprète, avec un Indien Pendant-d'0reille, pour savoir quelle direction le camp avai prise, et pour nous rapporter de promptes nouvelles sur ses mouvements, ainsi que sur les dispositions des Crows, que j'avais dessein de visiter, Vot Quatre jours plus tard, je rencontrai sur marout prone
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quelques Têtes-Plates qui venaient me trouver; j'appris alors la trahison des Crows et Ie rude châtiment qu’ils avaient subi à si juste titre. Je voyagcai toute cette nuit-là, et j’arrivai le lendemain au camp allié, comme j'ai déjà eu l’honneur de vous le dire.
N'ayant pas réuss: à obtenir mon entrevue si désirée avec les Crows., mes pensées se tournent maintenant vers les Pieds-Noirs, dont vous connaissez déjà les favorables disposions pour recevoir l'Évangile, Le résultat de cette détermination formera 1 ujet de ma prochaine lettre.
Je me recommande à vos saintes prières.
Je suis, avec les sentiments de profond respect et de considération, très révérend et cher Père, votre très humble serviteur et frère en Jésus-Christ.
P. J. DE SMET, S. J.