‹ Missions de l'Orégon et voyages dans les Montagnes Rocheuses en 1845 et 1846 [microforme]Chapitre 78 sur 108 · LÉGENDE DES INDIENS POTOWOTOMIES · texte numérisé non relu

LÉGENDE DES INDIENS POTOWOTOMIES

Université de Saint-Louis, 40 janvier 4847,

Très Révérend et cher Père Provincial,

Ainsi que je vous l’ai promis, je vous envoie la relation donnée par les Potowotomies résidant à Council-Bluffs, concernant leur propre origine et les - causes qui donnèrent naissance à leur « grande médecine» et jonglerie, qu’ils disent être de la plus

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haute antiquité. Ces superstitions existent chez toutes les tribus du continent américains elles ne diffèrent que dans la forme et dans les cérémonies qui les accompagnent. Le Nanaboojoo des Potowotomies, le Wieskades des Objibbeways, le Wizakeshak des Crees, les Sauteurs et les Pieds-Noirs, les Etalapasses des Tchinouks, habitant les bords de la mer Pacifique, peuvent être attribués au même personnage.

Je vous envoie cette relation, mot pour mot, comme elle m'a été communiquée par Potogojus, un des chefs les plus intelligents de la nation Potowotomics; quoique fabuleuse, elle n’est pas entièrement dénuée d'intérêt, Elle devrait nous exciter à adresser nos prières les plus ferventes au Grand Père de la lumière, pour qu’il éclaire ces pauvres enfants des forêts, et envoie de bons et d’infatigables travailleurs dans cette grande vigne. Ayant demandé à ce chefce qu’il pensait du Grand-Esprit, du Créateur et de l’origine de sa religion ou grande médecine. J’en reçus la réponse suivante : « Je vais vous faire, me dit-il, un récit fidèle de ce que ma tribu pense de ces choses. Nous n’avonspas, comme vous, des livres pour transmettre nos traditions à nos enfants. C’est aux anciens de la nation à instruire les jeunes gens de ce qui concerne leur croyance et leur bonheur.

« Plusieurs d’entre nous croient que l’univers est gouverné par deux grands esprits qui se font constamment la guerre. L'un est appelé Kchemnito, c’est à dire le Grand-Esprit ; l’autre Mchemnito ou le Mauvais Esprit. Le premier est la bonté même, et sa bien-

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faisante influence se fait sentir partout; mais le second est la méchanceté personnifiée et ne fait que du mal. Les uns croient qu'ils sont également puissants, et offrent à ce dernier leurs hommages ct leur admiration, par la crainte qu’il leur inspire. Les autres ne savent lequel des deux doit être considéré comme le plus puissant; en conséquence, ils tâchent de se les rendre tous deux propices, en offrant à chacun le culte qui lui convient. La plupart cependant croient comme moi, que Kchemnito est le premier principe, la cause première, et qu’il doit être tout puissant, et qu’à lui seul sont dus tout culte et toute adoration, et que Mchemnito doit être méprisé ct rejeté.

« Kchemnito créa d’abord un monde, qu'il remplit d’une race d'êtres, qui n'avaient que l'apparence d'hommes; c'étaient des chiens pervers, ingrats et méchants, qui n’élevaient jamais leurs yeux vers le ciel, pour implorer l'assistance du Grand-Esprit. Une pareille ingratitude excita sa colère, et lui fit plonger le monde dans un grand lac, où tous les habitants furent noyés. Lorsque sa colère fut apaisée, il retira le monde des eaux, (1) et créa de nouveau un beau

(4) Un missionnaire au Canada, qui a longtemps vécu au milieu des sauvages, expose ainsi la tradition populaire des Indiens du nord, au sujet de la création du monde... Autrefois, disent-ils, il y avait de l’eau partout : Wiesku, espèce de génie ou de dieu subalterne, commanda au castor de plonger, pour avoir de la terre, Le castor obéit; mais il était si gras qu'il lui fut impossible de se rendre jusqu’au fond de l'eau. 11 revint donc sans rien apporter* Wieska ne se rebuta pas : il chargea le rat musqué de la commission que le castor n'avait pu remplir, Le nouvel envoyé plougea

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jeune homme, qui devint triste, ennuyé de sa condition solitaire et las de la vie. Kchemnito eut pitié de

longtemps ct revint presque noyé, sans avoir eu plus de succès que celui qui l'avait précédé. Il espérait en être quitte pour ce premier voyage, qui avait mis ses jours en un si grand danger ; mals Wieska, qui ne se laissa pas décourager par les obstacles, Jui ordonna de plonger de nouveau, lui promettant de le faire revivre s’il lui arrivait de se noyer. Le rat plongea pour la seconde fois, et fit tousles efforts imaginables pour répondre aux désirs de son maitre. Enfin, après un temps considérable passé sous l'eau, il revint à la surface, mais tellement épuisé de fatigue qu'il avait perdu connaissance. Wieska l’examine soigneusement et, après bien des recherches, il trouve entre les griffes du pauvre animal un peu de terre, sur laquelleil souffle avec tant d'eflicacité qu'elle sommence à grossir rapidement. Quand il eut longtemps souflé, voulant s'assurer si la terre était assez grosse, il donna ordre au corbeau, qui à cette époque était de la blancheur du cygne, d'en faire le tour pour en reconnaitre les dimensions. Le corbeau obéit, et revint dire à celui qui l'avait envoyé que son œuvre était trop petite. Wieska se remit à souffler sur la terre avec une nouvelle ardeur, et énjoignit ensuite au corbeau d'en faire le tour pour Ja seconde fois, en l’avertissant bien de ne pas manger d’un cadavre qu'il rencontrerait dans sa route. Le corbeau repartit sans murmure, et trouva en effet, à l'endroit qui lui avait été indiqué, le cadavre auquel il lui était défendu de toucher, Mais, pressé par Ja faim, peut-être aussi par un peu de goumandise, il osa se rassasier de cette nourriture infecte, et revint annoncer à Wieska que la terre était assez grande pour qu'il ne lui fût plus nécessaire de se remettre à l'ouvrage. Mais à son arrivée, le messager infidèle se trouva aussinoir qu'il était blanc à son départ, et fut ainsi puni de sa désobéissance ; punition qui s'est étendue à ses descendants. Gette tradition, qui porte des traces frappantes de la tache originelle, et de plusieurs circonstances du déluge, ne fait aucune mention de la création de l'homme ct de la femme; et, quelque

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lui, et lui donna pendant son sommeil une sœur pour charmer sa solitude et être sa compagne. Quand il se réveilla, il vit sa sœur, et se réjouit excessivement ; sa tristesse disparut aussitôt. Ils passèrent leur temps dans des amusements et des conversations agréables, et vécurent plusieurs années ensemble dans un état d’innocence et d'harmonie parfaite, sans que le plus léger nuage vint troubler le bonheur de leur paisible solitude.

« Le jeune homme eut dans les premiers temps de leur union un songe qu’il communiqua à sa sœur. « Cinq jeunes hommes, dit-il, viendront cette nuit et « frapperont vivement à la porte de ta loge; le Grand- « Esprit vous défend de rire, de les regarder et de ré- « pondre aux quatre premiers, mais il vous permet « de regarder et de parler, quand le cinquième se « présentera. » Elle se conforma à cet avis. Lorsqu’elle entendit la voix du cinquième, elle lui ouvrit la porte, et se mit à rire de très bon cœur; il entra immédiatement, et devint son mari. Le premier des cinq étrangers, appelé Sama (tabac), n’ayant reçu aucune répons”, mourut de chagrin; les trois autres, Wapekone (citrouille), Eshketomak (melon d’eau) et Kojees (la fève) partagèrent le sort de leur compaynon. Taaman (maïs), qui fut l'époux, enterra ses quatre compagnons, et de leurs tombes il sortit peu

peu logique qu'elle soit, elle n’est guère plus ridicule que les systèmes de certains beaux esprits du siècle dernier qui, en haine de la révélation, ont voulu, pour expliquer la formation de la terre, substituer leurs extravogantes rêveries au récit de la Genèse

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