‹ Missions de l'Orégon et voyages dans les Montagnes Rocheuses en 1845 et 1846 [microforme]Chapitre 79 sur 108 · RE = A LE DS · texte numérisé non relu

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de temps après, des citrouilles, des melons d’eau, des fèves et du tabac, en quantité suffisante pour subvenir à leurs besoins pendant toute l’année, et les mettre à même de fumer aux manitous et dans le conseil. C’est de cette union que descendent les nations indiennes d'Amérique. (1)

« Un grand Manitou vint sur la terre, et choisit une femme parmi les enfants des hommes; il eut quatre fils d’une seule couche ; le premier né fut appelé Nanaboojoo, l’ami de la race humaine, le médiateur entre. l’homme et le Grand-Esprit; le second

(1) Les Mandans ou Fesants sont le premier peuple placé sur la terre, Ils habitaient d’abord l'intérieur. du g'obe; ils y cultivaient la vigne, dontun pied s'était élevé jusqu'au sommet de leur demeure, et avait passé par une crevasse de la terre. Un jeune homme monta par cetle vigne et parvint à gagner la surface de la terre, sur le bord de la rivière Missouri, à l'endroit même où se trouve awjourd’hui leur village. Il regarda de tous côtés et admira la beauté du pays et des prairies... Il vit des bandes de buflles, et en tua un avec son arc et ses flèches. Il trouva que la chair était bonne à manger. Il redescendit, et raconta ce qu'il avait vu... Plusieurs le suivirent dans son second voyage, entre autres deux fil'es. Parmi ceux qui essayaient de monter, se trouvait une femme grande et corpulente; mais les chefs lui défendirent de quitter sa demeure, Ellene put vaincre sa curiosité ; elle grimpa en secret sur la vigne, qui se cassa sous son poids. Les Mandans s'afligèrent de cet accident, et la femme fut disgraciée pour avoir été la cause de cette grande calamité, Désormais personne ne pouvait monter, et ceux qui se trouvaient sur la surface ne pouvaient plus redescendre. Ceux-ci bâtirent le village des Mandans; les autres continuent à habiter l'intérieur de la terre. On voit que mère Eve a joué son rôle parmi les Mandans, aussi bien qu'ailleurs, ( Vote de Catin.)

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fut nommé Chipiapoos, l’homme de la mort, quirègne dans la contrée des âmes; le troisième Wabosso, aussitôt qu’il vit la lumière, s'enfuit vers le nord, où il fut changé en lapin blanc; là on le considère sous ce nom, comme un grand Manitou; le quatrième s’appelle Chakekenopok, l’homme de caillou ou Pyrite. En venant au monde, il causa la mort de sa mère.

« Nanaboojoo étant arrivé à l’âge d'homme résolut de venger la mort de sa mère (car parmi nous la vengeance est regardée comme honorable); il poursuivit Chakekenopok sur tout le globe. Partout où il put atteindre son frère, il lui brisa quelque membre, et enfin, ‘après plusieurs rencontres, il le détruisit en lui arrachant les entrailles. Les fragments brisés du corps de cet homme de pierre devinrent d'énormes rochers; ses entrailles furent changées en vignes de toute espèce, et prirent de profondes racines dans toutes les forêts ; les pyrites dispersées sur le sol indiquent les lieux où les différents combats eurent lieu. Avant que le feu ne fût introduit chez nous, Nanaboojoo enseigna à nos ancêtres la manière de faire des haches, des lances et les pointes des flèches, afin de tuer nos ennemis à la guerre et les animaux qui doivent servir à notre nourriture. Nanaboojoo et son frère, Chipiapoos, vivaient ensemble séparés du reste du genre humain, et se distinguaient de tous les autres êtres par leurs qualités supérieures du corps et de l'esprit. Les Manitous qui demeurent dans l'air, aussi bien que ceux qui habitent la terre et les eaux, envièrent le pouvoir de ces frères et conspirèrent leur

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ruine, Nanaboojoo découvrit et évita leurs piéges, et dit à Chipiapoos de ne pas le quitter un seul instant. Malgré cet avertissement, Chipiapoos s’aventura seul, un jour, sur le lac Michigan; les Manitous rompirent la glace, et ils’enfonça au fond, où il trouva son tombeau. Nanaboojoo ne trouvant plus son frère dans la loge devint inconsolable. Il chercha partout en vain; il déclara la guerre à tous les Manitous, et en précipita un nombre infini dans les profondeurs des abîmes. Alors il pleura, défigura sa personne et se couvrit la tête en signe de deuil pendant six années, prononçant de temps en temps, d’un ton triste et morne, le nom du malheureux Chipiapoos.

« Pendant la durée de cette trève, les Manitous se consultaient sur les meilleurs moyens à employer pour apaiser la colère de Nanaboojoo, sans cependant arriver à aucune conclusion, lorsque quatre des plus âgés et des plus sages, qui n'avaient pas coopéré à la mort de Chipiapoos, offrirent d'accomplir cette tâche difficile. Is bâtirent une loge près de celle de Nanaboojoo, préparèrent un excellent repas, et remplirent un calumet du tabac le plus exquis. Ils marchèrent en silence contre leur ennemi redouté, en portant chacun sous leur bras un sac fait d'une peau entière de quelque animal, tel que loutre, lynx ou castor, bien pourvu des plus précieuses médecines (auxquelles, dans leurs pratiques superstitieuses, ile attachent un pouvoir surnaturel,) lui demandèrent dans les termes les plus bienveillants et les plus polis de vouloir bien les accompagner. Il se leva aussitôt,

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découvrit sa tête, se lava et les suivit. Lorsqu'il arriva à leur loge, ils lui offrirent une coupe, contenant une dose de leur médecine qui devait le préparer à son initiation. Nanaboojoo avala le contenu d’un seul trait, et se trouva complétement restauré. Alors ils commencèrent leurs danses et leurs chants, et lui appliquèrent leurs sacs à médecine en soufilant dessus, puis ils les jetèrent par terre. Chaque fois qu’un sac tombait, Nanaboojoc s’apercevait que sa mélancolie, que sa tristesse, sa haine et sa colère disparaissaient, et que des sentiments d’une nature toute différente prenaient possession de son âme. Tous se mirent à danser, à chanter, à manger et à fumer. Nanaboojoo les remercia de l'avoir invité aux mystères de leur grande médecine.

« Les Manitous lui rendirent son frère Chipiapoos; mais l’entrée de la loge de Nanaboojoo lui fut interdite. Il reçut, à travers une crevasse, un charbon ardent et l’ordre d’aller présider la région des âmes et d'y entretenir un feu éternel pour le bonheur de ses oncles et de ses tantes qui s'y rendraient après leur mort, c’est à dire de tous les kommes et de toutes les femmes de sa race.

« Nanaboojoo alors redescendit sur la terre, et par ordre du Grand-Esprit initia toute sa famille aux mystères de la grande médecine; il procura à chacun d'eux, un sac bien fourni de médecines, leur donnant l’ordre formel de perpétuer les cérémonies parmi leurs descendants, ajoutant en même temps, que ces pratiques, religieusement observées, guéri-

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raient leursmaladies, rendraientles chasses abondantes et leur assureraient une victoire complète sur leurs ennemis. (Toute leur religion consiste dans ces pratiques superstitieuses, dans ces danses et dans ces chansons; ils ont la foi la plus entière dans ces

étranges rêveries.)

« Nanaboojoo est notre principal intercesseur auprès du Grand-Esprit. C’est lui qui a obtenu pour nous la création des animaux pour notre nourriture et notre vêtement. Il a fait croître les racines et les herbes qui sont douées de la vertu de guérir nos maladies, et il nous a mis à même de tuer, en temps de famine, les animaux sauvages. Il en a laissé le soin à Mesakkummikokwi, la grande grand’mère du genre humain, et afin que nous ne l’invoquions jamais en vain, il a été strictement enjoint à la vieille femme de pe jamais quitter son habitation. De là l’usage, quand un Indien fait sa collection d'herbes et de racines qui doivent lui servir comme médecine, de déposer en même temps sur la terre une petite offrande à Mesakkummikokwi. Pendant ses diverses excursions sur la terre, Nanaboojoo tua tous les animaux qui nous étaient nuisibles, tels que le mastodonte, le mammoth, etc. Il a placé quatre esprits bienfaisants aux quaire points cardinaux de la terre, afin de contribuer au bonheur de la race humaine. Celui du nord nous procure la glace et la neige, afin de nous aider à découvrir et à suivre les animaux sauvages. Celui du sud nous donne ce qui occasione la croissance de nos citrouilles, de nos melons, de notre maïs et de notre

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tabac. L'esprit placé à l’ouest, nous donne la pluie, et celui de l’est, la lumière, et commande au soleil d'accomplir sa course journalière autour du globe. Le tonnerre que nous entendons est la voix des esprits, qui ressemblent à de grands oiseaux que Nanaboojoo à placés dans les nuages. Quand ils crient très fort, nous brüûülons un peu de tabac dans nos cabanes, pour leur faire une offrande de fumée et les apaiser.

« Nanaboojoo vit encore, mais il se repose de ses travaux sur un immense plateau de glace dans le grand lac (mer du Nord). Nous craignons que les

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chassent. La fin du monde est proche, car aussitôt qu’il posera le pied sur la terre, tout l’univers s’embrasera, et chaque créature vivante périra dans les flammes ! »

Dans leurs réjouissances et leurs assemblées religieuses, toutes leurs chansons roulent sur l’une ou l'autre de ces fables. Lorsque le chef eut fini cette histoire, je lui demandai s’il avait quelque foi en ce qu’il venait de me raconter. « Certainement, répondit-il, car j'ai eu le bonheur de voir et d’entendre trois vieillards qui ont pénétré bien avant dans le nord et qui furent admis en la présence de Nanoboojoo, avec qui ils conversèrent longtemps. Il confirma tout ce que je vous ai raconté. »

Nos sauvages croient que les âmes des morts, qui vont dans la grande prairie de leurs ancêtres, traversent un courant rapide sur lequel un arbre, jeté

en travers, sert de pont; cet arbre est constamment dans une violente agitation, ménagée cependant de manière que ce chemin offre de la sécurité aux âmes des hommes parfaits, tandis que celles des méchants glissent de l’arbre dans l’eau et se perdent pour jamais.

Tel est le récit que me fit le chef Potowotomie : il comprenait tous les articles de foi de cette tribu. Nous ne pouvons nous empêcher d’y reconnaitre. quoique obscurcie par l’accumulation des âges, la tradition du déluge universel, de la création de l’univers, d'Adam et d’'Eve. On trouve même quelques faces du dogme de l’incarnation dans la naissance de Nanaboojoo, qui descend de parents dont un d’eux seulement, sa mère, est de race humaine; il est de plu l'intercesseur entre Dieu et l’hunanité.

Je me recommande à vos prières.

Je suis avec les sentiments de profond respect et d'estime, votre très humble et obéissant serviteur et frère en Jésus-Christ,

P. J. DE SMET. S. J.

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