‹ Missions de l'Orégon et voyages dans les Montagnes Rocheuses en 1845 et 1846 [microforme]Chapitre 82 sur 108 · PT · texte numérisé non relu

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le rusé animal prévenant son dessein s’élanca de son réduit, et enfonça ses énormes griffes dans le bras élevé du jeune Indien, dont la situation eût été désespérée, si un Tête-Plate ne fût venu à son secours. Quelques jours après, un autre Pied-Noir converti se trouva dans la même situation, etdésirant faire voir qu'il savait mieux tuer les ours que ses camarades, il courut en avant de la même manière, et éprouva le même sort : c’est ainsi que sa témérité fut punie comme elle le méritait.

Pendant que nous étions campés en ce lieu, plusieurs chefs de la tribu des Corbeaux vinrent visiter les Têtes-Plates, accompagnés de l'élite de leurs jeunes guerriers. Ils parlèrent avec enthousiasme de la visite qu’une Robe-Noire fit à leur nation, en 1842, et exprimèrent le désir de voir arriver le temps où ils pourraient jouir, comme les Têtes-Plates, du privilége d’avoir toujours parmi eux des Robes-Noires qui les instruiraient des choses du ciel. Ils observent encore les pratiques superstitieuses du calumet. Pour rendre l'odeur du pacifique encens agréable à leurs dieux, il faut que le tabac et l'herbe qu’ils appellent okwiltz, et qui en sont les ingrédiens ordinaires, soient mélés avec une petite quantité de fiente de buffle, et que la grande pipe, après avoir fait le tour dela loge; recommence à circuler aussitôt qu’elle arrive à la porte. Sans cette cérémonie, ils s'imaginent qu'il serait inutile de fumer avec ses frères ou d’encenser comme ils le font, le ciel, la terre, les quatre points cardivaux et les médailles de Washington et de Jackson.

Les malheurs seuls peuvent les empêcher de pratiquer cet usage.

Pendant qu'ils restèrent avec nous, nous enterrâmes un Indien Pendant-d’Oreilles, qui mourut peu de temps après son baptême, muni de tous les sacrements de l'Eglise. Cette cérémonie, qui fut faite avec plus de pompe qu’à l'ordinaire, en l'honneur des visiteurs, fut terminée par l’érection d’une croix sur la tombe du décédé. Puisse le souvenir de ces derniers devoirs rendus à la dépouille mortelle d’un enfant de l'Eglise, augmenter dans le cœur des Corbeaux le &ésir de connaître Celu sans la connaissance de quil n’y a point de salut. Le jour suivant ils retournèrent à leur camp.

Les Nez-Percez étaient maintenant en route pour retourner dans leur pays; les Têtes-Plates au contraire poursuivaient encore ieur chasse ; car bien que la saison fût fort avancée, ils n’avaient pas encore commencé à serrer leurs provisions d'hiver. Le lenmain de bonne heure, neus pliâmes nos tentes et reprimes notre marche. A peine eûmes-nous fait quelques pas, que notre attention fut attirée par un troupeau de buflles qui paissaient tranquillement dans une vallée qui était à nos pieds; ils étaient si nonbreux que chaque chasseur en tua plusieurs. Le carnage de ces animaux ne fut que le prélude de celui qui eut lieu les jours suivants. Nos chasseurs apportèrent une grande quantité de gibier. Un jour ils revinrent chargés des dépouilles de trois cent quarantequatre vaches grasses. Nous campâmes dans le cœur

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du pays des Pieds-Noirs; les hurlements des loups et @es ours, qui s’appelaient mutuellement à leur repas nocturne, fut le seul bruit qui troubla notre repos. La saison de la chasse est pour le missionnaire un temps de repos, d'union intime avec Dieu et de renouvellement pour son âme; c’° dans cet esprit que j'acceptai, avec une humble gratitude, la courte mais pénibie indisposition que Dieu m’envoya à ce moment. Je l'ai prise comme une punition du trop grand plaisir que j'ai éprouvé à contempler les scènes étranges et variées qui m’environnaient, Pendant que nous fümes campés en ce lieu, j'eus la consolation de baptiser deux aduites.

La neige qui tomba d'une manière inattendue nous avertit qu’il était temps de penser au retour. Le ch&f donna en conséquence des ordres pour que tout fût prêt pour le départ du lendemain. Le temps était clair, mais excessivement froid, et comme je n’étais pas remis de mon indisposition, j’eus beaucoup à souffrir des rigueurs de la température. Nous ne tardâmes pas cependant à voir revenir des jours plus doux et plus chauds. Nos chasseurs retrouvèrent toute leur ardeur. Le plaisir de la chasse fut poussé aussi loin que le permettait le bon ordre nécessaire au retour dans les foyers. Les enfants eux-mêmes se ressentaient de l'esprit général, et couraient à la poursuite de quelque petite bête, qu’ils rapportaient fièrement sur leurs épaules.

Nous entrions maintenant dans le défilé où nous avions eu naguère de si brillants succès. Presque à

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