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aux armes. Les Têtes-Plates, au contraire, étaient à cheval, au nombre de cinquante, tous dans la force de l’âge, la plupart armés de fusils, conduits par des chefs dont l'ombre seule eut mis en fuite plus d’ennemis qu'ils n’en avaient devant eux. Victor était à leur tête ; il n'avait jamais été vaincu ct, chose vraiment prodigieuse, jamais blessé, quoique six fois il se fût trouvé seul, environné de Pieds-Noirs; tant le ciel, jusqu'alors. semblait avoir pris plaisir àl £ protéger. Les Pieds-Noirs ne pouvaient donc pas lear échapper... Tous les yeux étaient fixés vers l'endroit indiqué par le grand chef; à chaque instant on s'attendait à voir paraitre l'ennemi. Victor juge qu’il y a péril en la demeure; il regarde le missionnaire, montre un visage gai, lève son arme, pousse un cri, fouette son cheval et vole au combat, suivi de tous les braves. Les Picds- Noirs les ont aperçus; à leur aspect, ils jettent tout ce qui les embarrasse et prennent la fuite ; mais se voyant serrés de près, ils cherchent à se rallier ; les Têtes-Plates précipitent leur course, le coursier de Victor, récemment blessé, ne peut servir son ardeur, ce qui fait que plusieurs le devancent. Fidèle, Ambroise, Isaac Ferdinand, Manuel arrivent les premiers. Fidèle ne dit rien, mais son nom de guerre, qui siguifie {a foudre, parle pour lui. Ambroise l'appelle par ce nom qui fait pâlir les Pieds-Noirs, puis il ajoute d’une voix terrible : «Ne tirez pas, ou vous êtes morts, » Dieu parlait par sa bouche. Au lieu de tirer, l’un des Pieds-Noirs posa son fusil à terre ; les autres tendirent leurs mains suppliantes vers leurs ennemis.
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Le brave Ambroise ne put leur refuser le pardon qu’ils sollicitaient; car il répugne toujours au vrai courage de se baigner dans le sang d’un ennemi vaincu, qui demande grâce et dont on vient de demander à Dieu la conversion. Le généreux guerrier leur tend la main; tous suivirent son exemple, et il ne vint plus à la pensée de personne de vaincre autrement que par la clémence. C’est au moment où un sentiment si chrétien remplissait tous les cœurs, que la Robe-Noire arriva; tous les ennemis vaincus le reçurent avec affection. Aussitôt les chefs Pieds-Noirs étendentune peau sur la neige, l’invitent à s'y asseoir et se placent à ses côtés pour lui faire l'honneur du calumet. Pendant que la fumée pacifique monte vers le ciel qu’elle réjouit ; des présents en harmonie avec les dispositions des cœurs se font de part et d'autre. Le missionnaire recoit pour sa part des mains du chef le plus âgé, qui s’est assis à sa gauche, une paire de chaussures indiennes, qui avaient cela de remarquable qu’une croix bleue y était brodée en relief. Le pauvre idolâtre pe.sait-il en ce moment au quam speciosi pades de l’Ecriture; il est bien probable que non ; mais ce qui est bien certain, c’est qu’il remarqua le plaisir que causa son présent, et qu'il sentit qu’à par.ir de ce moment tous les cœurs me devaient plus en faire qu’un.
Le camp des Têtes-Plates s’étant mis en route, les trente-sept Pieds-Noirs les suivirent. Le dégel ayant rendu les routes impraticables, les bons Têtes-Plaies s'apitoyèrent sur le sort de leurs nouveaux amis,
—- 3AA — qu'ils portèrent en croupe. Avant qu’on se séparät, Victor conduisit les princ'paux Picds-Noirs dans la loge du missionnaire, afin qu’il vit que si l’on se quittait, c'était en bons amis ; et en effet, pendant la demiheure que dura la conversation, il ne fut question que des choses les plus capables d’affermir la nouvelle amitié qui unissait ces tribus. Les Pieds-Noirs nous dirent que depuis longtemps ils attendaient une Fobe- Noire, que lorsqu'elle se présenterait chez eux, elle serait la bien venue, que désormais eux et les Têtes- Plates ne feraient plus qu’un peuple de frères, que la prière des Têtes-Plates serait la leur, etc. Et bien que le soleil fût déjà couché, ils assistèrent à la prière, après quoi ils demandèrent à échanger de nouveaux témoignages d'amitié, puis ils partirent en disant qu'ils allaient engager leur village à faire comme eux.
Le 19 mars, fête de S. Joseph, sept jours après le pardon si généreusement accordé aux Pieds-Noirs, le ciel nous en fit recueillir les fruits dans la visite amicale du grand chef de la Petite-Robe, nommé Tchetles-Melakas ou les Trois-Corbeaux. Tous les chefs fumèrent avec lui sous la tente du missionnaire. Ambroise lui expliqua l'échelle catholique. Victor, qui l'invita à passer la nuit dans sa loge, acheva de gagner son cœur, etle lendemain le Pied-Noir communiqua au missionnaire la résolutior qu’il avait prise de solliciter l'admission de ses vingt-huit loges dans la peuplade des Têtes-Plates, et qu’à cette fin il allait se rendre au village de Sainte-Marie, vers le déclin de la lune actuelle,
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Dans la nuit du 19 au 20, des Pieds-Noirs d'une tribu plus éloignée s’introduisirent dans le camp des Têtes-Plates et volèrent cinq chevaux; mais l'un des voleurs tomba percé de plusieurs balles et de deux coups de couteau. Rien d'horrible comme les cris sauvages qui se mêélèrent dans cette nuit obscure aux éclairs et aux tonnerres @e la fusillade. La lueur de la foudre éclairait le malheureux voleur qui gisait sur le sol et dont des flots de sang coulaient de ses blessures. L'idée que l'âme va s'échapper de ce corps agonisant et trouver dans l'éternité le châtiment de ses crimes, vous serre le ur; mais le prêtre, témoin de ses angoisses, que peut-il faire autre chose pour son salut, que de prier le Père des miséricordes de faire en sa faveur le plus grand des miracles, Grâce à Dieu les Tôêtes-Plates, depuis longtemps, w’ont plus la coutume barbare qui existe encore chez tous les sauvages de ces contrées, d’assouvir leur fureur sur les cadavres sanglants de leurs ennemis. Loin de là, ils portent la générosité à l'égard des plus criminels jusqu’à pourvoir à leur sépulture. A qui le voleur de cette nuit devra-t-il la sienne? Au plus brave des Têtes-Plates, chef d’une rombreuse famille et père adoptif de deux enfants que les Pieds-N.irs ont rendus orphelins.
Les jours suivants, il n’y cut rien de remarquable, si ce n’est le bon esprit qui anime le camp, et qu'on ne peut attribuer qu'à une vertu déjà solide. Pour leur faire plaisir, le missionnaire s’amusa, dans ses moments de loisir, à dessiner à la plume plusieurs 15°