‹ Missions de l'Orégon et voyages dans les Montagnes Rocheuses en 1845 et 1846 [microforme]Chapitre 92 sur 108 · COR · texte numérisé non relu

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Le gouvernement des Indiens est assez paternel. Le pouvoir réside dans le coss:il de la nation, pré- Sidé par un grand-chef, à qui il appartient de notifier es décisions de l'assemblée. Il n'est pes question, du reste, de pouvoir législatif parmi nos sauvages. Avant ‘arrivée des missionnaires, toute leur jurisprudence consiscait dans ce qui leur était resté de la loi naturelles; aujourd'hui, les comandements de Dieu et de l'Eglise forment tout leur code. Quant aux ordon-

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nances émanées d’une volonté humaine, l’usage n’en est guère connu; je doute même que le verbe commander existe dans leur langue. La ts ne chefs se borne à peu près à celle de la DER AIOns nl l'autorité que donne la vertu. Il n’en est pas de même du pouvoir coercitif ou judiciaire ; c’est 1 taste qu’il appartient de punir le désordre ; les peines qu is prononcent, se réduisent au fouet et à l’exil. Ordinairement le coupabie vient lui-même demander . four. S'il ne montre pas cette bonne volonté, on lui bas le choix entre les deux châtiments, et, quand il s’en trouve d'assez hardis pour tout refuser, FRTERIEN on emploie contre eux la force, mais on les traite à peu près en excommuniés. |

Chaque chef a ses terres, qui se transmettent de père en fils; il a aussi ses clients qu’il sonne ses on fants; mais ceux-ci ne lui sont point HAIRNGES au point de rester toujours enchaïînés à sa suite; libre à eux de passer sous un autre patronage, Tout chef ses propres terres, le même pouvoir que le comes à sur la nation; et, quand une affaire est portée au tribunal suprême, c'est uniquement pour donner plus de force à la sentence, en ôlant tout appui au coupable. Si chaque sauvage a le droit de choisir side les différents guides de la nation, ces derniers ont à leur tour le privilége d’élire celui qui est placé à leur {êtes ils le nomment à vie : c’est un honneur très onéreux que la plupart déclinent. :

Vous parlerai-je maintenant de notre manière de vivre ? Sans être à l’abri des privations, elle n’impose

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cependant pas tous les sacrifices que je croyais inséparables de la vie du missionnaire ; car, grâces aux soins de ceux qui m'ont précédé ici, nous sommes beaucoup mieux que je n'aurais osé l'attendre, Chaque prêtre à sa maisonnette en bois; des fenêtres, aux vitres de papier, lui donnent assez de jour à l’intérieur et le mettent à même de braver le froid, qui du reste n’est pas sévère. Lorsque nous aurons remplacé la terre de nos toits par une bonne charpente, qui est déjà prête, je compte que nous pourrons aussi nous défendre de la pluie.

Quant à la nourriture, elle diffère peu de celle de nossauvages. Parfois nous les suivons dans leurs excursions aventureuses, et alors c’est entre eux et nous une parfaite communauté de biens et de fatigues. L'année dernière, j’allai passer l'hiver à l'extrémité du lac, au milieu de nos chasseurs, installé comme eux dans une simple loge. Lorsqu'il fallut retourner au village, je demandai à un Indien s’il pourrait m'y reconduire en un jour, et, sur sa réponse aflirmative, je ne songeai point à prendre de provisions. Je me couchai donc dans une nacelle, tissue de petites branches moins fortes que l’osier, et recouverte d’une écorce de sapin plus frêle encore. J'avais de bonnes raisons pour me tenir dans cette attitude; car le moindre mouvement sur un bord ou sur l’autre aurait sufli pour faire chavirer le mobile esquif; et comme j'avais passé la nuit précédente à écrire, je ne tardai pas à céder au sommeil.

Je ne dormais pas si profondément que je ne m'a-

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percusse bientôt de l'embarras du pilote. Le lac se trouvait couvert de glaçons, qui menaçaient à chaque instant de percer les flancs du canot, et de nous couler à fond. Mais voici bien un autre obstacle. Ce ne sont plus des morceaux de glace isolés qui nous mettent en péril, c’est le lac entier qui se prend, et nous force d'aborder, comme nous pouvons, pour camper sur la grève.

Il pieuvait, il neigeait, et je n’avais rien pour m'abriter sur ce bord rocailleux. Mes sauvages m’eurent bientôt tiré d’embarras. Sans que j'eusse besoin de leur dire un mot, ils élevèrent avec quelques nattes une demi-loge, dont la partie ouverte était défendue par un bon feu; ils furent encore moins embarrassés quand il fut question &@e se faire un gîte à eux-mêmes; le canot, couché sur un de ses flancs, leur servit de {oit, de plancher et de lit, Le lendemain nous fimes à pied le restant de la route, tantôt sur la neige, à travers les bois, les marais et les broussailles; tantôt sur le lac, quand la glace était assez forte pour nous porter. Nous arrivâmes enfin, vers midi, avec un appétit fortement excité par le jeüne et par la marche; il me semblait que j'aurais fait honneur à un bon repas : o" ne put m'offrir qu'un morceau de mousse. C'était la première fois que j'en goûtais; je ne la trouvai pas mangeable ; mais quelques jours après, j'y étais habitué, Au printemps dernier, nos confrères n'ont pas eu d'autre nourriture.

Notre temps au village est partagé entre les fonclions du saint ministère, l'étude de la langue et les

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travaux agricoles. Jusqu'ici la direction des âmes «a été le partage presque exclusif du P. Point. Les soins matériels de la culture sont mon affaire. D’après les ntentions de nos supérieurs, je cherche à tirer de notre champ de quoi subsister sans secours étrangers, afin que d’autres peuples puissent profiter de la charité des chrétiens de l’Europe. Quel bonheur pour nous, si, après avoir servi d'instruments de salut à nos sauvages, nous donnions encore la fertilité à leurs déserts, et l’aspect de colonies florissantes à ces malheureuses tribus ! Tel est du moins notre espoir, et pour le réaliser, nous appelons de nouveau le concours de vos prières.

Agréez, etc.

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