‹ Missions de Mackenzie: suite de la lettre du R. P. E. PetitotChapitre 1 sur 5 · T'YL · texte numérisé non relu

T'YL

bouleaux et de trembles où je trouvai cinq famiiles de Litchanzé campées et atiendant la débäcle de la rivière pour se rendre au fort Rag. Je ne m’arrétai parmi elles que pour bapuser un vicillard septuagénalre et cinq enfants, et entendre la confession de tous ces bons sauvages. Lorsque la fraicheur de la nuit eut affermi les sentiers en durcissant la surface de la neige, nous reprîimes notre marche et traversimes le lac Kia-go-t"-1é (lac aux Dièvres blanes), anquel je donnai le nom de M. Hardisty, officier en charge du district de la rivière Mackenzie. Ce lac, qui paraît mesurer sept à huit lieues dans sa plus grande largeur, est bordé de montagnes feldspathiques, qui bordent aussi des îlots au milieu de ses eaux. La rivière Grandin, qu le traverse, vient du nord-est, probablement du lac Point, Nous Ja quittäines pour faire un long portage à travers les terres, le plns long que j'ais encore vu dans le pays. Je l'appelai portage VannENBERGHE, Il ne se compose que de bourbiers, de lagunes et de collines brûlées; à l’exception de la partie septentrionale où abonde le pin de Banks, appelé à tort cyprès par les gens du pays, tout le reste à été dévasté par le fou et ne présente qu'un spectacle désolant; mais on est bien dédommagé lorsqu'on arrive au bout du portage par la vue des lacs aux Montagnes (Kfwé-tcha-tc-i) et aux Ecureuls (Glié-tc-ié), dont les nappes resplendissantes, parsemées d’ilots rocailleux, entourent le portage au nord et à l'est. Ces lacs communiquent entre eux par un petit chenal et n’en font qu’un seul en apparence. Je les ai inscrits sous le nom de Mé' Tacué. Outre ces lacs et celui des Cabanes {Koun-é-Kra-t-16), auquel j'ai donné le nom si cher de notre ien-aimé père défunt, MS" ve MazENOD, on traverse une chaine de montagnes entièrement feldspathiques de forme mamelonnée, que coupent des gorges et des ravins profonds, où dorment de beaux petits lacs d’une eau extrèmement limpide,

Nous étiuns parvenus dans des sites très-pittoresques ; malheureusement, j'éprouvius une telle fatigue en les traversant, que Je n'avais nul plaisir à leur vue. Les sauvages ne voyagent pas à l’insiar des blancs, tant s'en faut. Leurs moindres journées, de ce temps-ci surtout, ne sont pas moins de qua-

— 45| — torze heures de marçhe, et quelle marche ! quels chemins ! Nous ne sommes plus ici sur la vaste nappe du grand lac des Esclaves, qui offre ordinairement au voyageur une route unie et facile ; il nous fqut grimper par des rampes étroites et glissantes, descendre des pentes abruptes, nous faufiler dans des gorges, à travers des hois épais, des sauleraies dont les branches nous fouettent constamment le visage. Et quelle est la nourriture qui nous soutient dans ces fatigues? Pendant quatre jours, j'ai pu manger de la viande sèche et crue, mais au hout de ce temps, il ne me restait plus rien, mes sauvages avaient tout dévoré. Le matin de la cinquième journée, après avoir traversé les montagnes dont je viens de parler, le chef Satlé me donna une poignée de viande pilée et un morceau de graisse de renne. Lo soir, je reçus la même portion, et ce fut fout ce que je pus prendre ce jour-là. Le lendemain, nous traversämes le luc Sé-mi-t°-ié, qui eut l’ honneur de porter votre nom, mon bien-aimé père : le lac Fapre est le plus grand de tous les }acs que j’ai traversés dans ce voyage ; il mesure une bonne journée de marche et est complétement entouré de montagnes. Sa position est par Le 44°,40' latitude nord et le 115°,45’ longitude ouest. Il est borné au sud par une chaine de montagnes qui court de l’ouest à l’est sous le 64°,29° latitude nord, et qui est connue des sauvages sous les noms de Te-ettat-ra-t‘-ié-Kfive, de Weyé-Indi et de Nouéadlin-Kfive. Je leur ai donné le nom de Mont-l'Osier, en souvenir de mon herecau dans Ja vie religieuse. Elles sont marquées sur la carte d’Arrowsmith. Toutes les eaux des lacs que j'ai nommés jusqu'ici se déversent dans Je lac des Esclaves. Mais au delà de ces montagnes, les lacs, y compris le lac Fabre, se déversent les uns dans les autres jusqu’au grand lac d’Ours. La rivière Séra-Néhn, qui sort du lac Sémi-t°-i6, est le trait d'union qui remplit cet office. Elle portera désormais le nom du vénérable Père Tempier, au bon souvenir duquel je me rappelle. Autant que j'ai pu en juger par se direction générale, cette rivière doit se jeter dans la baie Mac- Davisb, qui forme la pointe sud-est du grand lac d’Ours. C’est sur le lac Fabre et au pied des montagnes Sémi-t‘-ié-

Kfive que les diverses peuplades des Trakivel-Ottinés auraient dû se trouver réunies, d’après nos arrangements; mais je fus déçu dans mon attente : nous marchâmes jusqu’au soir sans que la moindre trace de fumée vint trahir la présence de l'homme dans ces déserts. Cependant, un peu avant le coucher du soleil, un sauvage de ma bande indiqua du doigt une île basse qui se trouvait vers notre droite en s’écriant : « Fêné ! ( des hommes! ) » Nous changeâmes de route pour nous diriger vers le point désigné. Nous y trouvämes, en effet, quatorze Indiens en costume de chasse, mais sans femmes ni enfants. Ils n'étaient venus là que pour m’annoncer qu'il était impossible de réunir toute la tribu en ce lieu à cause de la difficulté qu’aurait présentée le transport des canots, situés deux jours plus loin, vers le nord; que je devais donc me rendre au camp le plus éloigné, où tout le monde me rejoindrait. Il n’y avait pas de milieu à prendre, et nous continuâmes notre route, mais cette fois complétement à jeun; toute notre confiance, après Dieu, était dans le canon de nos fusils. Cependant, ce soir-là encore, je pus me nourrir d’un bout de chandelle ; ce fut le dernier morceau que je mangeai jusqu’au camp des sauvages, et la faim m'y faisait prendre tant de plaisir, que je suçais cette graisse nauséabonde avec toute la délectation qu’aurait pu y apporter un Cosaque. Quant à mes sauvages, habitués à demeurer cinq à six jours sans manger, ils ne s’apercevaient pas du jeûne, Nous cam pämes sur les bords du lac des Lacets à Lièvre (Ka-mi-tc16), qui est situé aux environs du 64° degré latitude nord ct du 116* degré longitude ouest. Sa surface éclatante se déroulait devant nous sous les feux du soleil couchant, surmontée de brumes bleuâtres qui formèrent bientôt à l’astre un voile diapbane, dont il s'entoura mystérieusement Elles nous cachèrent en s’élevant les chutes qui déversent à l’ouest les eaux du lac Fabre ; mais en face de nous s'élevait la haute silhouette du mont Kce-ettas, revêtn de neige et assis mi-partie dans la neige et mi-partie sur la masse noire des forêts ; à ses pieds se pressaient une myriade d’ilots de verdure qui coupent le lac en tous sens, semblables à ces bouquets d'arbres

qui se montrent au-dessus d’une campagne inondée. Ce lac était trop gracieux, trop poétique pour ne pas mériter le nom du bien-aimé P. A. Rev, qu’il porte aujourd'hui.

« Patience encore jusqu'à midi, et tu pourras manger des langues de caribou à ton aise, me disaient mes conducteurs, lorsque nous quittämes le campement. Au pied de la montagne, nous altons trouver bien du monde.» Hélas ! ils avaient compté sans l'hôte. A midi, nous atteiguimes le mont K‘éettas, qui forme un cap élevé dans le lac; et de sauvages, point! Cependant nous étions harassés de fatigue et épuisés par la faim. Presque tous mes Indiens souffraient du mal de raquettes, et je ressentais moi-même ce mal au cou-de-pied gauche, de telle sorte que je ne pouvais marcher qu'avec peine d'une seule raquette. Nos chiens, qui, depuis le départ du fort, c’est-à-dire depuis sept jours, n'avaient eu pour toute péture que quelques morceaux de parchemin passés à la flamme, ressemblaient à des ombres. Nous nous assimes tristement sur un îlot, et sondèmes du regard les baies profondes qui s’ouvraient tout autour de nous; mais rien ne vint trahir la présence de l’homme ; seulement, sur le rivage opposé, l'œil d’aigle‘de mes compagnons distingua les restes d'un campement déjà vieux, au milieu duquel se montrait une petite palissade surmontée d’une croix et d’un petit drapeau rouge. Nul doute : un sauvage avait été enseveli dans ce lieu, et a présence du tombeau avait déterminé la peuplade à émigrer plus loin. Il fallut donc nous résigner à marcher encore sans savoir où aboutiraient nos pas, mais je dus signifier à mes compagnons qu’étant presque à jeun depuis trois jours, et complétement à jeun depuis la veille, je n'avais plus la force de marcher, qu’il fallait que je me fisse trainer par leurs chiens. Ce disant, je montai dans un traineau, et malgré la faiblesse des chiens, je n'en descendis plus de la journée.

Après avoir traversé le lac, nous franchîmes encore un long portage à travers bois; nous nous trouvâmes en face d’un autre lac nommé Tc-Araka-t-ié ; c'était le onzième lac un peu important que je découvrais depuis le fort Ruë, sans compter une infinité de lagunes et de petits lacs. Comme tous

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ceux qui avaient précédé, l'aspect en était riant et animé par de nombreux {lots de rochers couronnés de sapins ; mais impossible d’y découvrir un panache de fumée ou seulement uue piste fiumaine. Nous allions nous enfoncer dans une baie qui se montrait à notre droite, lorsque l'empreinte qu’un câribou (renne} avait laissée dans la neige attira l’attention des sauvages. 115 la suivirent ettombèrent enfin sur des pistes d'homme. Nous étions sauvés. Quelque temps après, leurs narines se dilatent, ils ont humé l'odeur de la fumée et celle de leurs compatriotes, bien que, pour mon odorat ni pour mes yeux, il n’y eût encore rien de sensible. Puns, sans que l'on vit encore personne, ils se mettent à pousser des cris et à tirer force coups de fusil. L'instant d'après, de, détonations prolongées répondaient à nos saluts ; nous arrivions au milieu des sauvages réumis. Ma joie était si grande que jo riais comme un enfant; J'étais si faible d’avoir si grand’faim! Aussitôt, m'agenouillant sur mon traineau, je remerciai par un Sub Tuum la Très-Sainte Vierge de l’heureuse issue de mon voyage, long at pémble, et je récitai l’Angele Dei pour saluer les Anges Gardiens de la tribu ; puis je chaussai mes raquettes et me mis en marche pour ne pas arriver comme un irapotent.

Sur ün flot du lac Te-Araka-tcié, toute la peuplade était réunie comme une fourmihère immense et gruuillante ; de longues files dé sauvages descendaient du rocher pour venir ü-devañt de moi ; les petits enfants, curieux de voir le Priant doht on leur avait parlé, $e Hdtaient les premiers. Mais la plupart reculaient d'effroi à mon approche et retiraient la maiu que jé voulais leur prendre; cependant plusieurs manifestaient leur joie de me voir et s’en allaient tout fiers du cas que j'avais fait d'eux. Arrivé sur l’ile, ma personne fut littéralement prise d'assaut; c'était à qui me secouerait la main le plus fort. Des marci! sans nombre sortaient de toutes les bouches; chacun s’inclinait devant votre indigne fils, lui prenait la main, la baisait, puis faisait un grand signe de croix. J'étais ému de toutes ces marques de foi et de respect ; ces pauvres sauvages n'avaient jamais vu

de blänt ni dé prétte! Vous pouvez imaginot facllement, mon bien-aimé Père, qu'après cette réception chaleureuse, je dus subir un examen minutieux de toute ma personne. On s’extasiait sur ma barbe rousse, sur mes lunettes, et sur tout mon costume, mais principalement sur ma croix. Chacun faisait tout haut ses réflexions sur mon compte, c'était un tohu-bohu à casser la tête. Je fs signe que je voulais parler, et abssitôt un vieillard corpulent. à la longue chevelure blanche, fit asseoir tout le monde dans la neige. Ce viallard était le grand chef des T'-akivel-of-te-iné : il s'appelait Sa-naïndi. Je dis à mes sauvages que, sachant que mes enfants des bois réclamaient leur Père, afin de recevoir de lui l’eàu du bon Dieu et d’embrasser sa prière, je n'avais pris garde ni à la distance ni aux difficultés de la route, que je m'étais empressé de venir à eux, mas qu’en retour de cela, j'étais en droit de trouver en eux la docilité à ma parole, la cessation complète des pratiques de l’inkranzé, où médecine, et la fidélité aux commandements de Dieu. Tous témoisuèrent par des fanan/ répétés à satiété qu'ils étaient conténts de mon discours, qu'ils étaient décidés à obéir à la parole du Puissant. Parmi cette peuplade s1 nombreuse, il n’y avait que trois néophytes, mais c'étaient les ttois chefs, ét ce nombre était suffisant pout assurer les bonnes dispositions de tous les autres

Cependant, si chacun cherchait à rassasier sa curiosité en examinant fné pérsonne, nul ne pensait à rassasiet ma faim, qui devenait intolérable. Je dus exposer a vieux chef l’extréme besoin que j'avais d'un peu de nourriture; j'en reçus pour toute réponse que la tribu entière, mère les petits enfants, jeûnaient forcément depuis deux jours, mais que l’on attendait pour le lendemain l'arrivée de plusieur: jeunes gens qui avaient été envoyés, Les uns à la chasse du caribou, les autres à la péche du poissun blanc. Cette réponse si froide sembla redoubler ma faim : pour eux, Habitué, à passer pluicurs jours saps autre nourriture qu'un peu de lichen qu’ils ramassent sur Îles rochers (iripe de roche ou thétsin), 1ls me trouvent l’estomac suffisamment lesté par le morceau de chandelle que j'avais mangé le matin de la veille. Beaucoup

d'enfants parmi ceux qui se trouvaient là n’en avaient pas mangé autant.

Après avoir conversé avec moi environ deux heures, exposés, sans feu, à une neige abondante, l’apathie des sauvages se réveilla ; ils peansèrent qu’il était temps de préparer le campement, car j'avais rencontré la tribu en marche pour venir à ma rencontre, ct le camp fut dressé sur une côte découverte, en face de l'ilot où avait eu lieu la jonction des deux bandes. Alors tout à coup, et comme une fourmilière où on aurait jeté un tison enflammé, cette horde échevelée se remua en masse; chacun courut à son traineau et rattacha ses chiens; les petits enfants furent réintégrés, les uns dans un chaudron, les autres dans un sac, solidement attachés sur les traineaux : les vieillards, les femmes et mème les enfants susceptibles de marcher, rechaussèrent, comme les hommes, leurs gigantesques raquettes, et toute la tribu se mit en marche C'était la première fois que Je contemplais un pareil spectacle ; aussi eut-il pour moi un charme tout particulier. Aussi loin que le regard pouvait atteindre, on aperçut bientôt sur le lac une longue file de traineaux et de chiens, de femmes courbées sous de lourds fardeaux et d'hommes marchant allègrement avec leur fusil et un tambour ; sur les côtés de cette singulière procession, les enfants et les jeunes gens gambadaient et se poursuivaient, tirant leurs flèches qu'ils ont sans cesse entre les mains ou conduisant leurs équipages. Et puis, c’étaient des cris, des bruits confus de voix, des imprécations contre les chiens, des clameurs jetées au vent, mêlés aux refrains monotones des chants d’Oudri et d'Inkranzé. Qu'était devenue ma petite personne au milieu de cette foule de sauvages? Eh bien, je faisais comme les autres, j'étais redevenu un simple mortel, traïnant de nouveau mes raquettes et chassant devant moi mes coursiers, dont j'avais toutes les peines du monde à maitriser l'humeur vagabonde surexcitée par la vue de leurs semblables.

Au milieu de ce mouvement, je pus m’apercevoir qu’il n’y avait pas que mes compagnons qui fussent décorés de croix, come je l’avais déjà remarqué : tous, grands et petits,

jeunes et vieux, en étaient chamarrés. Les hommes portaient cette croix sur leur poitrine, sur leurs sacs à plomb et à tabac, sur leur bonnet et même sur leurs souliers ; les femmes avaient des croix brodées sur le dos, sur le fourreau de leurs couteaux ; les petits enfants la portaient sur une sorte de sac rempli de mousse qui leur sert de langes et de berceau ; bref, j'enai vu jusque sur les trafneaux et sur les chiens. Ces croix étaient de la fabrique des sauvages, qui avaient, pour Îles faire, employé le plomb des balles et la garniture en cuivre de leurs fusils. Ces nouveaux croisés voulaient témoigner par là de leur foi en Notre-Seigneur Jésus-Christ, et de la pratique qu’ils comptaient faire de sa religion, qu'ils ne connaissaient encore que de nom.

Le lieu où le camp devait s'élever ayant été choisi, chacun se mit en mesure de construire sa hutte ou loge; en moins d’un demi-quart d’heure, des perches étaient disposées en faisceaux que l’on recouvrait de peaux do caribou cousues ensemble. Quant à moi, nul n’y faisait attention ; j'étais là, assis dans la neige, greloltant de froid et faisant les dents longues. J'étais trop fatigué pour construire moi- mème ma demeure et creuser dans la neige la fosse circulaire de quinze pieds de diamètre qui devait servir de plancher. A la fin, on s’aperçut de mon embarras, et l’un des chefs désigna quelques jeunes gens pour m'aider dans ce travail. Une heure après, j'étais assis dans une grande hutte telle que celles dont je viens de parler, mais beaucoup plus vaste parce qu’elle devait servir de chapelle. Cette rotonde est ouverte par le haut, afin de laisser une issue libre à la fumée qui s'échappe d’un foyer dont deux grosses pierres font tous les frais. Cette cheminée toute primitive a l’incomparable agrément de donner en même temps une libre entrée à la neige, à la pluie et au froid, de telle sorte aussi que j'ai le double avantage de dormir à la belle étoile sans sortir de ma maison, ce qu'il serait difficile de réahser ailleurs qu'ici. Les tapis de pieds qui couvrent ce petit salon m'ont été fournis par les sapins-nains des environs ; ils me serviront en même temps de siége, de ht, de pupitre, de table et même d’assiette ; enfin,

Üh âdbs de tibipe rofiaussé ra itiaisoti, tant on dehors qu’en dedans, el guise de latibfis, de tdÎle sorte qu’elle ne ressemnblé pas mal à ün Himphithéätte el miniature.

Ce mème jout, j'ouvris lés etercices de la Mission et jo baptisai deux sauvagés ef danger de inort, doht l’un mourut le surlendemain, Ce né fut qu’à néuf ou dix tieüres du soir que Jje pus faite uh petit fepas avec une queue de castor et quelques bribes de poisson. Mais, à partir du lendemain, il y eut de la viande en abondance dans le camp, à cause du passage des refines, qüi regagnaient lés bords de la mer.

Le saiht jour de a Pentecôte, je chantai la grand'messe, que je fà prècéder d’un sermon en langue montagnaise. Il était curieux d'observer les mouvements de tête et les gestes de mon aüditoire pendant que je préchais. Chacune de tes phrases était accueillie par un ein / général, espèce de grognement qui est chez les sauvages le signe de l’approbation. Quand je leur exposai les mystères de notre sainte Religion, toute leur àme émerveillée passait dans leurs yeux, ut sourire de satisfaction se peignait sur leurs lèvres, et ils sé rebärdaient les uns les autres en faisant entendre ce petit claquerhent de langue particulier aux Irlandais, et qui, eonune chez cës derniers, exprime l'étonnement et l'admiration. C'était alors à qui ferait le plus haut ses réflexions qu'ils se cômimuniquaient entre eux, et ceux qui avaient déjà eu l’océasion d’eñtendre Mer Granpin ou les RR. PP. Gnozcien, EvnarD et Gascon, au fort Rae, constatant l'identité de ma parole avec celle de ces Missionnaires, appuyaient mon dire auprès de leurs compatriotes de tout le poids de leur autorité. Plus d’une fois, il me fallut interrompre mon discours pour imposer sileuce. Ces mèmes échanges de paroles ayant eu lieu aussi pendant la sainte messe, je dus les avertir que je m'abstiendrais de la célébrer devant eux si pareil fait se renouvelait. Une chose surtout les porlait à parler durant le saint saërifice ; c'était la répétition du répons Amen; ce mot signifiaut dans leur langue : Que est-ce ? quel est-1l ? ils ne pouvant s'empêcher de rire quand je le chantais, s’imaginant que je leur faisais une interrogation.

A l'issue de la grand’messe, je procédai au baptèmo des enfants, et j’eus le bonheür d'en régénérer ce jour-là soixante en trois bandes différentes. À la fin de la cérémonie, j'étais si exténué par le jeûne, la fatigue du voyage et ces longs discours, que j'eus une extinction de voix complète. Les jours suivants, après l’arrivée de nouveaux sauvages, je fis encore dhatré-vingt-dix-sept baptêmes d'enfants. En tout, cent cinquante-sept. Ce point important rempli, je me donnai tout entier aux adultes, leur préchant deux fois par jour et faisant le catéchisme le reste du temps. À cette fin, je les réunissais au son de la elochette par bandes de douze ou quinze, et leur faisais répéter à satiété les réponses du petit catéchisme en leur langue, ainsi que l’Oraison Dominicale et la Salutation Angélique. Lorque j'avais fini avec une bande, je la congédiais et en convoquais une autre dont le tour ne revenait que le lendemain, et ainsi de suite. J'avais adopté ce mode d'enseignement pour obvier au tumulte qui accompagne imimanquablement les grandes réunions, surtout chez les sauvages. D'ailleurs, ceux qui sortaient du catéchisme, en se répandant dans les loges, s’empressaient de répéter aux autres la levon qu’ils avaient apprise, en comptant les syllabes sur les phalanges de leurs doigts, de telle sorte que ceux qui m'arrivaient après eux savaient déjà à moitié ce que j'allais leur enseigner. Il régna, durant tout le temps que je passai chez ces bons sauvages, une telle émulation pour la prière, que, de jour et de nuil, j'entendais toujours quelques-uns d’entre eux répéter leurs lecons ou leurs prières, tantôt en se servant de leurs doigts comme je l'ai déjà dit, tantôt en faisant dos marqués sur un morceau de bois ou des nœuds à ütie lanière, afin de fixer leur mémoire. Au bout de quinze jours, la plupart de ces bons Indiens élaient aussi instruits que beaucoup de chrétiens des Missions les plus anciénhes, et, partant, capables de recevoir le saint Baptème, qu’ils demandaient à grands cris, et dont ils s& montraiont dignes par leur bonne conduite. Je dus alors confesser toute la peuplade et passer de longues journées sous la pluie, bien que je ne surtisse pas de ma loge ; car vous savez due ina rfaison, ouvérte par le haüt, recevait

l'ondée du ciel à pleine ouverture. Combien de fois je demeurai là, assis, les pieds dans l’eau, glacé et tremblant de tous mes membres! Mais ces souffrances ne me coûtaient rien ; J'étais si heureux lorsque chaque matin, à l’issue du sermon, je pouvais réunir douze ou quinze adultes, leur conférer les sacrements de Baptème et de Mariage ! J'en baptisai de cette façon quatre-vingt-cinq, et bémis l’union de trente-trois d’entre eux. Toutefois, je dus cesser de célébrer le saint sacrifice devant eux, parce que n’en connaissant pas la valeur, ils se permettaient d'ycauser et d'yrire toutcomme chez eux. Il faut bien avouer aussi que ma chapelle elle-mème n'était pas un temple qui parlât bien haut de la majesté du grand Dieu qui daignat y descendre, et qu’elle ne différait presque pas de leurs pauvres demeures, alors surtout que, par suite de l'abondance qui régnait au camp, clle fut littéralement transformée en hutte de fumigation. C’eût été pour des blancs une chose trèscurieuse, mais aussi très-peu respectueuse que de voir célébrer les saints mystères au mulieu des aloyaux, des épaules et des langues de renne, suspendus tout autour de ina loge comme dans l’étal d’un boucher.

Si nos Indiens se montraient peu respectueux dans ces occasions, en revanche, 1ls étaient tout oreilles durant mes instructions et montraient de plus en plus de l'admiration pour ma chétive personne à cause de la variété des sujets que je leur préchais et du logique enchainement de nos Saints Mystères ; mäis je m'aperçus bien vite qu'ils se trompaient sur la source d'où je tenais toutes ces belles choses, car ils s’imaginaient tout bellement que mes rêves de la nuit précédente faisaient seuls le sujet de mes instructions et que lc prêtre ne prèchait que les élucubrations nocturnes de son cerveau ; aussi, tout en ajoutant pleinement foi à ma parole, sans se permettre jamais de la révoquer en doute, élaient-ils dans l’étonnement sur la prodigieuse fécondité du cerveau du priant blanc, sur la manière admirable dont ils croyaient que Dieu me révélait toutes choses. De là le surnom d’/ntranzétchôt qu'ils me donnèrent et qui répond à celui de grand médecin ou plutôt de grande ombre, grande silhouette, et qui est chez eux l'équivalent de

grand sorcier. Pour expliquer ce titre, sans contredit trèsglorieux chez nos sauvages, mais auquel je ne tenais nulle. ment, comme on le pense bien, parce qu’il donnait du ministère du prêtre des idées tout à fait fausses, il faut que vous sachiez que , parmi les Indiens , ceux qui prétendent au titre d'Inkranzé ou sorcier, croient voir ou voient réellement en songe tout ce qu'ils veulent, et cela peut s'expliquer facilement par suite de la contention de leur esprit vers certain ordre de choses, et par l’effet de l’habitude. On pourrait donc comparer ces rêves creux aux idées fixes des monomanes ou aux songes des visionnares; d’ailleurs , les rêves de ces sorciers sont le plus souvent de la même nature. Quoi qu'il en soit, la croyance aux songes est enracinée chez ce peuple comme elle l’est chez les Orientaux. C’est toujours l’Inkranzé qui est consulté dans les maladies, les famines, les projets de chasse, touchant l’arrivée des bateaux de la compagnie, et, à cette fin, il est prié de rêver ; et l’inkranzé de rèver et de trouver,un remède aux maladies, un bon emplacement pour les chasses , un moyen d'accélérer les arrivages des barques. Mais tuut n’en reste pas là; on ne peut s'empècher de considérer avec effroi le joug de fer que Satan fait peser sur ces pauvres âmes qu'il gouverne à son gré. En effet, il n’est crime si horrible qui ne soit connu d'eux et auquel les sorciers ne prétendent se livrer dans leurs songes ; les moralistes trouveraient à apprendre auprès de ces infortunés Le dévergondage de l'imagination de ces pauvres sauvages, joint à leur amour naturel pour la religion, ou plutôt pour tout ce qui appartient à l’ordre surnaturel, devait infailliblement en conduire quelques-uns au mysticisme et à la folie, et c’est ce qui est arrivé. Oui, ces Indiens ignorants et encore catéchumènes, ont déjà vus’élever parmi eux des Nicolas et des Marcion, qui, comme ces premiers fauteurs d’hérésies, n'écoutant que leur fol orgueil et ajoutant pleinement foi en des rêves bizarres et ridicules, se figurent être prètres et inspirés de Dieu. Pareille chose s’est présentée chez les Loucheux du fort Mac-Pherson ; mais là était un ministre qui s’est bien gardé de les contredire et de les condamner. Je ne pouvais en faire autant vis-à-vis de cinq illuminés,

quatre hommes et une vicille femme, que j'ai rencontrés parmi les Trakivel-Ottiné. Devant leurs compatriotes, ils avaient déjà émis le vœu que je les reconnusse comme prêtres ou Déné- Yaltrié et les autorisasse à continuer leurs farces sacriléges. L'un d’entre eux, moins mauvais que les autres, vint m'exposer sa doctrine que, disait-il, Îl tenait de Dieu même. Tout en conservant le croyance à lasainte Trinité, à Jésus-Chrit, à la Sainte{Vierge et aux Saints, il niait toutefois la Communion, la Messe, promettait trois cieux, suivant le degré de sainteté de chacun, un ciel noir pour le commun des Saints, un gris pour ceux d’une sainteté plus grande et un blanc pour ceux qui seraient admis à voir Dieu. Ces Déné- Yaltrié avaient remplacé nos cantiques par une sorte de chant monotone composé de deux syllabes qu’ils disaient avoir été révélées à un malade par le bon Dieu. Je n’en finirais pas si je voulais énumérer ici toutes les absurdités que ces gens à idées fixes avaient répandues et qui étaient accueillies sans l’ombre de doute par les sauvages. Je m'élevai fortement contre eux, leur refusant le baptême et les menaçant mème de ne point prier pour eux s'ils n’abandonnaient leurs pratiques supertitieuses , ce qui est pour les sauvages la plus grande pénitence qu'on puisse leur infliger, tant ils ont foi en la prière du prètre. Je défendis ensuite au reste de la nation de communiquer avec eux, s’ils persévéreient dans leur folie; en même temps je redressais leur esprit en leur expliquant tout ce qui a rapport au sacrement de l'Ordre et à la hiérarchie ecclésiastique.

Fout alla pour le mieux jusqu'au dimanche 22 mai; ce jour-là , après avoir baptisé dix-sept adultes et béni dix mafiages, je fs rabattre les pans de ma loge et célébrai le Saint- Sacrifice devant les néophytes seulement ; il n’en fallut pas davantage pour amener une scène pénible autant que ridicule. Les quatre illuminés rassemblèrent aussitôt la majorité de la tribu sur une colline qui dominait le camp où ils avaient dressé un chounsk ou loge d’Inkranzé; puis ils se permirent de renouveler leurs jongleries précédentes, disant que, puisque je ne voulais pas prier pour leur nation, ils sauraient bien se passer de moi. Averti par un de mes néophytes, je me

transportai sur les lieux après mou action de grâces, e} j'aperçus tous les sauvages infidèles assis sur leurs talops devant la butte dans laquelle se trouvaient les quatre Inkranzé, Jls chantaient en se balançant en avant et en arrière comme def idiots. En me voyant, ils se déconcertèrent et l'hésitation parut dans leurs yeux, mais ils ne cessèrent leur chant ridicule que lorsque je leur eus imposé silence en frappant dans mes mains. Je leur reprochai leur légèreté et l'oubli s promp} qu'ils faisaient de mes instructions, puis je leur ordonnai de se disperser immédiatement. Tous les Indiens s’apprètaient à m'obéir, lorsque tout à coup le plus fanatique des jongleurs se leva rouge de colère et me dardant des regards étincelants : « Qui es-tu, toi, pour venir nous troubler? Tu ne vois pas Dieu comme tu l'avoues, tandis que je lui parle face à face, Nous n'avons que faire de toi; puisses-tu ne baptiser personne! — Eh bien, je vous prends au mot, lui répondis-je; désormais, je ne baptiserai aucun de ceux qui sg trouvent ici présents, et puisque vous n'avez que faire de moi, Je partira: dès demain ; mais en partant, je vous laisse entre les mains de Dieu, donton ne se moque pas en Van.» Sur ce, je m'éloignai, mais la foule, terrifiée par ce peu de paroles, comme si la foudre füt tombée au milieu d’eile, se dispersa dans toutes les directions, et les quatre énergumènes restèrent seuls. Alors commencèrent des visites sans nombre, C'était à qui me ferait le plus de doléances et m’erprimerait le plus baut ses regrets. Les trois chefs vinrent l’un après l’autre pour me déterminer à demeurer, m'assurant que tout le monde désavouait les paroles fâcheuses que m'avait dites Ekui-takfwé. Pendant deux jours, Je fis l’inexorable et ne parus céder que lorsque je fus convaincu qu'ils étaient réellement contrits, et que résister plus longtemps serait les décourager; mais je leur annonçai que, bien que je demeurasse au milieu d'eux, il n’y aurait point de baptéme pour les soi-disant prètres ainsi que pour les soixante Inkranzé ou jongleurs de tout sexe que comptait la tribu, Et voilà, mon bien-aimé père, la cause première de tant de misères que j'ai souffertes ensuite chez ces pauvres sauvages, Peu à peu, ils

ne reconnurent plus leur faute qu’ils taxaient de jeu, et me voyant toujours constant dans ma résolution, ils ne m’épargnèrent ni les avanies, ni les outrages en paroles. Hélas ! non Dieu, j'aime trop les sauvages et je n’ai pas encore un cœur d’apôtre assez grand pour supporter ces mauvais traitements sans y être sensible, Bien des fois , au milieu de mon isolement, si je n'avais pas eu pour consolation la divine Eucharistie et mon Bréviaire , j'aurais éclaté en sanglots. Que Dieu leur pardonne leur conduite ; il m’est témoin que je n'avais en vue que leur bien en leur montrant un peu de fermeté, Mais, pauvres gens | il ne faut pas leur en vouloir, ce n'était ui l'indifférence, ni le mépris de la rehgion qui les poussait à me faire violence, c'était le grand désir qu’ils avaient du Saint Baptème et la crainte de mourir durant mon absence sans être munis de ce passe-port; car une sorte d’épidémie avait décimé une bonnc partie de la tribu depuis l'automne précédent : quarante-quatre étaient morts et je venais d’enterrer le dernier.

Après le départ de la bande du lac Fabre (Sémi--ié}, qui comptait trois des illuminés et la majorité des Inkranzé, je respirai plus librement ; d’ailleurs, aux observations et aux remontrances inconvenantes et déplacées, j'avais pris le parti de ne plus répondre autre chose que ces paroles : « Je ne suis point un enfant; je suis le serviteur du puissant, je sais ce que j'ai à faire.» Ne pouvant me décider à baptiser les jongleurs que j'avais renvoyés à l'année suivante pour m'assurer de leurs dispositions, ils voulurent me renvoyer vers une peuplade que j'avais déjà visitée. Le chef Satlé vint me trouver : « Père, me dit-il, puisque tu en as fini avec nous pour le baptème, tu ferais bien d’aller plus loin. — Je n'ai pas d'ordre à recevoir de mon fils, lui répondis-je : il ya huit jours, je voulais partir, il m’en a empèché, et aujourd’hui il me renvoie: eh bien , je reste | » Tout finit là. Désormais, les Indiens ne me tracassèrent plus, et s'en référèrent complétement à moi pour le baptême. Je pus alors continuer mon catéchisme et préparer encore un bon nombre de vieillards et de jeunes gens bien disposés.

En somme, je crois qu'il n’est pas facile à un Missionnaire d’évangéliser nos {ndiens chez eux; il est plus opportun de le faire à la Mission, parce qu’on y est à l’abri du caractère enfantin et tyrannique des sauvages. Ces pauvres gens, tout bous qu'ils sont, ne compreunent rien aux raisonnements, et quand, en conscience, on ne peut satisfaire leur impatience, ils vous distribuent l'injure sans plus de gène et avec la même naveté qu’ils vous faisaient des compliments. Je crois pouvoir assurer qu'un blanc, à moins que, comme les métis, 1l ne partageät, par son défaut d’éducation, la manière de voir et de juger des sauvages, ne pourrait vivre un an dans de telles fatignes et de telles peines. Cependant, au milieu des musères inévitables et sans nombre que j'ai éprouvées chez les Trakivel-Ottiné, je n’ai pas eu à déplorer en eux l'indifférence religieuse, qui m'aurait causé des peines bien autrement grandes. Il faut avouer que ces sauvages sont fortement touchés par la grâce, et qu’elle les travaille d’une mamère d'autant plus admirable que, jusqu’à ces derniers temps, la défiance que le mimstre résidant au fort Simpson avait réussi à répandre contre le baptémce des catholiques avait éloigné de nous une grande parte de ces Indiens. Aujourd’hui, ces préventions erronées ont totalement disparu sans que nous ayons fait la moindre démarche en notre faveur. Les sauvages n'ont eu qu’à examiner la conduite de nos Pères et le bon ordre qui règne dans leurs réunions, pour se convaincre eux-mêmes que l'iniquité avait menti.

Ma seule distraction durant des quinze premiers jours que je passai au camp du iac Tra-raka-t°-ié était d’assister à la chasse au renne ou caribou. Pour cela, je n'avais pas grand’peine, ma loge se trouvant placée sur un monticule d'où l’on domine une grande partie du lac. Lorsque le cri : Ekwen ! ekwpn ! (Rennes ! rennes !) retentissait à mon oreille, ce qui arrivait plus de dix fois par jour, je n’avais qu’a soulever un pan de la peau qui fermait la porte de ma demeure, et j'avais sous les yeux un spectacle bien émouvant pour un Européen, quand même il n’y aurait pas eu en lui de l'attrait pour la chasse. D'aussi loin que l’œil pouvait atteindre, on

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voyait accourir de longues proccssious de caribons à la robe bai-brun et au poitrail de neige ; leurs longs Lois ramés surmontaient toutes ces inasses muuvantes, mais pasibles, puisqu’elles n'avaient pas encore humé l’odeur de l’homme, La blancheur éclatante du lac en était maculée comme d’une multitude de plaques noires qui se montraient au près et au loin. Toutes ces différentes bandes tantôt se réunissaient en un 1mmense troupeau et tantôt se partageaient, trottant légèrement dans la neige fundue où elles enfonçment jusqu'à mi-jambe. Tout à coup nos chasseurs se répandent sur la surface du lac et attaquent Le troupeau coruu sur différents points, Au bruit des armes à feu, les carilons se débandent, mais les chasseurs poussent la note grave Aou / qu'ils prolungent longtemps en criaut daus leurs mains disposées en cornet, et les rennes curieux se retournent et fondent tête baisséée sur les chasseurs. Ceux-a1 tirent en face et les rennes se dispersent de nouveau. Toutes les fois que les sauvages recommencent leur cri, les caribous font le même manége, mais entin, cffrayés ou lassés, ils s’enfuient dans toutes les directions, les chiens se mettent à leur poursuite et le lac présente bientôt la scène la plus animée Quelques-uns des nobles aninaux, éperdus et aburis, viennent se jeter d'eux-mêmes paru les loges du camp, et passent à côté de nous prompts comme la flèche que leur décoche quelque enfant placé à l'affût.

Cependant le temps s'étut considérablement adouci par suite du long séjour que le soleil fusait à l'horizon, La chaleur ayant fait fondre tuute la neige autaur de nous, les lambris de mon palais w’avaient pu résister à ces ardeurs d’un printemps soudun, quoique tardif, et avaient, en se changeant en belle eau de rivière, trausformé ina maisun à ciel vuvert en mare à canards, où je pataugeais, tout Le long du jour, nu-pieds, Je passai trois nuits littéralement dans un bain à la glace, malgré les fascines de sapin que j'avais disposées sous mes couvertures ; mais le pure, c'est qu'il ne m'était plus possible de faire du feu, vu que fourneau et bois de chauffage se trouvaient suhmergés. La position n'était plus tenable. Aussi je changeai de campement et transportai ina demeure sur les hauteurs ; mais,

pour être bâtie spr Je poc, elle n’était pas plus solide qu’une maison édifiée sur le sable, et, le vent aidant, durant la première nuit que j'y passai, elle se renversa sur mon dos.

Le caractère nomade et amourepx du changement de l’Indien lg pousse sans cesse à promener ses pénates de côté pt d'autre ; aussi, étant alors à leur merci, je dus partager les chances de leur fortune. Par sujte de la fonte des neiges sur les lacs, la glace ayant beaucoup perda de sa solidité sous les feux d'un soleil brûlant, il nous fallut émigrer à une journée au nord-est, sur le lac Klé-ri-t°-ié (lac vaseux), sur les bords duquel se trouvaient les pirognes que la tribu y avait déposées l'automne précédent. Ce fut le 30 mai que nous offegtuimes ce voyage, un des plus pénibles que j'aje encore faits. En cette saison, la glace, qui a tamisé trois pieds de nejge, ne se compose plus que de fines aiguilles, parfaitement disjointes, mais si bien enchâssées les unes dans les autres, qu’elles forment un tout encore solide ; seulement, ce plancher mouvant opère sous les pas un mouvement inquiélant de hausse et de baisse continue. De plus, les algues d’eau douce et les conferves, obéissant à cette force renaissante du printemps répandue dans toute la nature, parviennent à percer, malgré la faiblesse de lour tige menue, une croûte de glace de plus de six pieds d'épaisseur, et y forment des trous par où elles viennent chercher la lumière, la chaleur et la vie. Ces trous s'agrandissent bien vite et se changent en gouffres où l’on trouverait :mmanquablement la mort, si l’on y tombgut. C’est sur cette route plane, mais hérissée d'aspérités tranchantes, qu’il me fallait marcher avec mes petits brodequins sauvages ; vous pouvez imaginer, mon bien-aimé Père, Ja fatigue que je dus éprouver dans cette journée. Ajoutez à cela que j'avais à porter sur mes épaules tout mon bagage, montant environ à quarante livres anglaises. Dans cet équipage, nous traversämes des montagnes pelées et arides, couvertes de cailloux qui roulaieut sous nos pas, des marais fangeux, ou maskey, pleins d’une eau glaciale ou de cendres délayées où j'enfonçais jusqu'à mu-jambe, et où je perdis plusieurs fois l'équilibre sous ce poids inaccoutumé. Enfin, une montagne plus haute que

les autres me donna le coup de grâce, Je n’aurais pu aller plus loin ; heureusement, au pied du versant opposé s'étendait le lac vers lequel nous tendions et où les chiens purent traîner ma charge. D'ailleurs, je n’étais pas le plus à plaindre; car j'apercevais autour de moi des vieillards des deux sexes courbés sous des poids énormes, des femmes qui, outre leur loge, leur maskiman de viande sèche, portaient encore leur marmot à califourchon sur leur cou, et surtout un pauvre enfant moribond suspendu dans une sorte de sac sur le dos de son vieux père.

Le soir, à la tombée de la nuit, nous arrivions sur une côte élevée formant presqu’ile, où nous plantämes notre tente, Ce lieu s’appelle Koun-Y-Manlay ou Esclave. C'était un beau spectacle que celui qui se déroulait sous nos yeuxle lendemain, au lever du soleil. En face de nous s'élevait du sein du lac une montagne feldspathique en forme de bât, et qu’à cause de sa forme les sauvages nomment Kfive-Kané-ha Je lui donna le nom de mont Olivet. A droite, le lac est fermé par une chaîne de montagnes arides et affectant des poses grotesques, qui s'en vont donner la main aux monts Semi-trié-Kfive pour se relier au mont l’Osier. Le feldspath et les roches grauitiques qui forment le noyau planétaire sont les seuls éléments que l’on apercçoive en elles ; la plupart sont entièrement dépourvues d'arbres, mais des lichens de toutes couleurs, des mousses et quelques bruyères revêtent ces masses dénudées ; l'œil qui serait choqué de leur monstrueuse encolure se repose encore agréablement sur une pelouse verdoyante. Autour de nous sont des bois verts de sapins et de bouleaux; mais ces végétaux rabougris atteignent à peine sept ou huit pieds de haut, et ne sont pas plus gros que le poignet. Cependant, dans quelques bas-fonds, j'ai aperçu d’assez belles essences. Les montagnes dont je viens de parler servent comme de limite à la végétation de ces lieux. Par delà ne s'étendent que des steppes arides, nne série de mamelons rocaitleux où se rencontrent seulement des mousses et quelques pieds de thé du Labrador (Ledum palustre). Ce sont les terres dites Otrel- Méné, dans les pays connus des Anglais sous le nom de Barren-

Grounds, vastes solitudes qui s’étendent jusqu’à la mer polaire, et qui nourrissent des troupeaux de rennes et d’aurochs ou bœufs musqués, ces agneaux que pait le bon Dieu. D’après les indications que me tracèrent les sauvages sur des écorces de bouleau, je pense que nous devions être par le 65°15" laütude nord et le 116° degré longitude ouest de Greenwich, c'est-à-dire à deux jours de marche de la pointe sud-est du grand lac d’Ours, dont six lagunes, communiquant entre elles par la rivière Tempier ou Sera-Nélin, nous séparaient, Non loin de notre camp, à l’est des montagnes précitées, coulait la rivière de Cuivre ou Sa-dessé, qui sort du lac Aka-te-ié {Point-Lake) et se jette dans la mer Glaciale. Les sauvages prétendaient que nous n’étions qu'à une journée et demie ou deux de marche de l'océan Glacual, et s’offraient même à m’y conduire ; c’est ce que j'écrivais dans le temps à Me° GRaxnin. Par l'examen des cartes, j’ai pu me convaincre que les sauvages me trompaient ou se trompaient, et que j'étais encore aussi éloigné de la mer que du fort Rae, quoique, par le cours de la rivière de Cuivre, on pourrait peut-être faire le trajet en cinq jours. Si donc il est encore temps de relever cette erreur, il serait peut-être à désirer qu’on le fit à l'égard des Annales de la Propagation de la Foi, dans lesquelles Sa Grandeur voulait faire insérer la lettre que je lui avais écrite. La seule chose que je me plais à constater, c’est que du lac des Esclaves à la mer, il existe, par la rivière Coppermine, une voie plus courte que celle que suivirent Franklin et Back dans leur expédition de 1849-1821, et où l'infortuné Frankhn faillit trouver dans ces affreux déserts la mort glorieuse, mais déplorable, qui l’attendait, trente ans plus tard, sur les côtes d’une île de la mer polaire.

Je clôturai la Mission des Trakivel-Ottiné au camp de Kouu- Y-Manlay par la plantation d'une belle croix de vingt pieds de haut que mes Indiens travaillèrent eux-mêmes. Elle porte pour inscription ces mots : Deo dicata anno Dom. mocccLxiv die xxx1 maii 0. M. 1., et s'élève sur les bords d’une petite rivière extrèmement pittoresque et entre les deux lacs Klerité et Kami-t--ié, d'où on l’aperçoit de six lieues à la ronde.

A la süite de cette térémtionie, je chängéai devant les sduivagès le nom de Kleri-te-ié, qué portait cé lac, en celui de Detchen- Ebranttay-tt-aié, c’est-à-dire lac Sainte-Ctoix.

Enfin, le 2 juin, en dépit de la pluië qui était tombée la nuit précédente, je lis mes adieux à mes bons sauvages. Je devrais dire plulôt que je m'en arrachai, tant leur empressément autoüt de moi élait grand, tânt la manifestation de leur doüleur était sensible, Non contents de me serrer la main une fois, ils y revenaient trois et quatre fois, m’accompaguant de leurs larmes, se recommandant à mes prières et me faisant promettre de revenir le printemps suivarit. Pauvres gens! il n'a pas plu à Dieu que leurs vœux et les miens fussent exaucés : le printemps prochain ils ne recevront pas la visite du Missionnaire….

Notre-Dame de Bonne-Espérance, 11 novembre 1864.

Malgré les proportions considérables que ma lettre à déjà prises, je ne veux pas, mon Très-Révérend Père , vous laisser vous morfondre dans les déserts de la rivière{Cdppermine ; je vais donc vous ramener au grand Jac des Esclaves et de là au fort Good-Hope.

Je partis A Koun-Y-Maniay avec deut sauvages, Tsédéti-a et Kfwalé, auxquéls je m'en atljoignis plus tatd ün troisième nommé Ékyé-Kfwéné. Nous devions effectuer le voyage moitié à pied, sur les dernières glacès ou sur la tétte, et moitié en canot d’écorce. À cette fi, outre ma chapelle et dès vivres et leur sac, mes indiens élaient encore chärgés de trois canots effilés, de dix pieds de lohg. Avec cette charge, ils devaient marcher douze jours, tour à tour poïtant leur esquif où portés par lui. Quant à moi, comme j'étais devenu leur chef, je n'étais chargé que du chaudron, d’un fusil et d'un tambour dont on m'avait fait cadeau. C’est en cet équipage embarrassant que nous réprîmes lé chemin du fort Raë. Tantôt nous travérsions des sites sauvages, ais nou dépourvus de beauté : c'étaient des bois de sapids embaumés, ëntre-coupés de masses

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