‹ Missions de Mackenzie: suite de la lettre du R. P. E. PetitotChapitre 2 sur 5 · AU · texte numérisé non relu

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de syénite grise, d'otthose blanc de lait et de granit rose; tantôt nous glissions dans un dédale de petits lacs encore endormis sous leur revêtement de glaces, frayant un passage à notre esquif le long des terres où la chaleur avait fondu la glace ou diminué son épaisseur. Très-souvent il nous fallait traverser de petits chenaux que la glace avait abandonnés en ‘partie, alors nous amenions vers Le rivage un glaçoh flottant et nous nous embarquions à tour de rôle, à l’instar des ours blancs, sur ces radeaux d'invention sauvage. Dans notre marche, nous donnions la chasse à des troupes de kankanwi ou canards esquimaux, beaux oiseaux au corps d’un noir d’ébène et à tête rouge. La nuit venne, nous campions au bord de l'eau, où nous jetions aux truites vertes du lac quelque bamecon, en os. En arrivant sur les bards du lac Fabre, nons le trouvâmes encore tout congelé, il nous fallut donc construire un traineau pour y charger cauots et bagages; puis, tandis que mes Indiens fusaient l'office de chevaux, je poussus par derrière avec ma pagaie. Mais c'est la traversée du lac Taché qui nous présenta le plus de peines et de dangers, à cause du peu de ronsistance des glaces. Nous ne nous hasardâmes à v monter qu'avec des précautions infimes; marchant sur des pagaies , des arcs et des perches que nous disposions tète-queue devant nous, au fur et À mesure que nous avancions ; et cependant le poids de notre corps faisait tellement enfoncer la glace, que l'eau venait immédiatement nous mouiller les pieds, en filtrant à travers ce plancher ajouté. Nul doute que si le vent se fût levé durant notre traversée, c'en eût été fait de ous, mais Dien nous protégea encore en ectte occurrence,

Hunt jours après notre départ, c’est-à-dire le 10 juin, nous atteignimes la rivière Grandin, où mes sauvages voulurent husser par écrit le récit de notre voyage à ceux de teurs compagnons qui devaient venir après nous, A cette fn, ils fendent un petit bouleau et écrivent sur l’aubier avec du charbon les vénements les plus marquants à leur jugement; le tout est d'un laconisme de Gascon : « Depuis le départ, huit jours; sut 16 lac aux Cabanes la pluie est tombée, ic: aussi... J'ai tué

huit canards, trois huards et fléché trois brochets; le Priant est bon marcheur. » Notre navigation sur la rivière Grandin est la partie la plus intéressante de mon voyage de retour. J'ai compté dans une seule journée viugt-trois cataractes ou chutes, dont quelques-unes, à l’eau haute, ontbien vingt pieds d’élévation. Je n'ai pu résister au plaisir d’en sauter cinq des moins dangereuses. La rapidité avec laquelle notre canot est alors emporté au milieu de ce dédale de pointes de rochers, où le conduit si sûrement la main de nos Peaux-Rouges, est vertigineuse ; il ressaute et bondit comme une carpe, puis file sur une nappe blanche d’écume avec la vélocité de la truite pour aller ensuite faire deux ou trois tours sur luimême dans un remous.

Quelques rares familles que nous avions rencontrées sur notre passage m’avaient annoncé que je lrouverais probablement la grande bande des Lithchanré au-dessous du confluent de la rivière Grandin avec celle du lac Marten. En effet, la présence de l’homme s’annonça à nous par la vue de deux tertres encore frais, surmontés d’une croix à laquelle étaient suspendus un arc et un carquois. Snr le rivage, une pagaie, fichée dans la vase, nous donnait les noms des défunts. «Nous sommes partis hier, y était-1l dit, à cause de la mort qui sévit parmi nous. Deux des nûtres dorment. Que le Priant prie pour eux ! » Je récitai un Le Profundis sur les tombes de ces pauvres sauvages, tous deux chrétiens, et continuai ma route. Avant la nuit, j'arrivai sur le lac du Sabre, où'je trouvai réunie la plus grande partie de la tribu des Flancs-de- Chien. Je baptisai là un moribond et ne m’arrétai que pour prendre quelques provisions, car nous jeünions depuis le matin. Ces sauvages attendaient d’autres bandes plus élaignées pour se rendre ensemble au fort Rae. — Le dimanche 12 juin, nous n'avions pas une bouchée à manger : la veille an soir, nous avions consommé notre dernière pincée de viande pilée. C'était à la Providence de nous nourrir, la Providence ne nous manqua pas. En arrivant au rapide Wokra-dès, nous aperçümes, au pied de la chute et dans un bassin naturel formé par les rochers, quantité de beaux poissons blancs

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