Le p. Frémin
supplions Votre Révérence d'en bien recommander à Notre-Seigneur la conservation et le progrès dans les saints sacrifices pour moi, et la conjurer d'y donner quelque part à celui qui est avec tout le respect possible ,
Mon Révérend Père,
Son très-humblu et très obéissant serviteur en Notre-Seigneur,
Pierre Cholenec,
(le la Compagnie de Jésub.
MISSIONS DES OUÏAOUAIS.
Le Père Henri Nouvel, qui est supérieur de ces Missions, m'écrit qu'il a toute la consolation qu'il peut souhaiter de ces Sauvages, qui sont de deux nations dillerentes. La première et la |)lus nombreuse est celle des Kiskakons', oii Ton compte cinq cents âmes ou environ. « Us ont, dit-il, leur bourgade
1. Kiskacons ou Kiskacoiiiiak, Sauvages de la langue algoiuiuine, voisins des Ponteouatamis.
228 RELATION LES .yVKÉES 1677-1678.
près de notre chapelle de Saint-Ignace à Michillimakinac. Les chefs et les anciens les plus considérahles des Kiskakons sont chrétiens, et font hien leur devoir, aussi bien que la plus grande partie des femmes et des enfants. On peut dire que le Christianisme est chez eux en estime, et leurs anciennes superstitions dans le mépris. Je suis occupé depuis le matin jusqu'au soir à cultiver cette Église, et je n'ai que le temps de satisfaire à mes exercices spirituels, surtout pendant l'hiver. Aussi vois-je le fruit de mes peines dans le baptême de vingt-cinq adultes et de quarante-huit enfants depuis une année. »
Le Père ajoute qu'il est témoin des travaux que le P. Pierson prend pour son Eglise des Hurons de Tionnontaté , parmi lesquels il a baptisé cette année cinq adultes et vingt-six enfants, dans notre chapelle de Saint-Ignace. Ces néophytes continuent à se distinguer par leur assiduité aux prières, et une grande ferveur à s'acquitter de tous les devoirs de la vie chrétienne.
Pour le P. Bailloquet, il ne fait pas moins de bien dans les environs du lac Huron , où il dirige une chrétienté fervente. Voici ce qu'il m'écrit à la date du 24 mai 1677 : « La Providence de Dieu a voulu nous sanctifier pendant tout l'hiver. Les occasions de patience et de charité ne nous ont point manqué ; nos Sauvages ont été malades et moi aussi. Plusieurs d'entre eux sont morts, et Dieu ne m'a pas encore
voulu appeler à lui. J'ai visité eu cauol, pendant l'automne, et sur les glaces, pendant l'hiver, les nations éparses autour du lacHuron, J'ai baptisé trentecinq enfants ; et de tous les adultes, il n'en est mort qu'un seul , à qui je n'ai pu conférer le sacrement de pénitence ou de baptême.
Le P. Dreuillettes gouverne la mission de Sainte- Marie-du-Sault, où les Sauvages abordent de tous côtés pendant l'été. Tout cassé d'âge et tout épuisé qu'il est des fatigues passées et de nombreuses infirmités, ce bon Père ne laisse pas de travailler avec une vigueur qui n'a guère d'exemple. Aussi compte-t-on soixante et quinze baptêmes faits en cette Mission depuis un an.
Le P. Charles Albanel •, qui est supérieur des Missions de Saint-François-Xavier, dans la baie des Puanis , me fait savoir quel est le succès de ses travaux , et de ceux de nos Pères , qui sont occupés à l'instruction des nations circonvoisines. Il m'écrit que la Mission de Saint-François Xavier est comme un centre , et que, de toutes parts , les Sauvages s'y "rendent de temps en temps et viennent prier et se faire instruire dans la belle chapelle que nous y avons bâtie. Il s'occupe, dans cette résidence, à don-
1. Le p. Albanel était revenu à Québec, en 1G7G, après un séjour de deux ans dans les pays qui avoisinent la baie d'Hudson. Le mauvais ■vouloir des Anglais ne lui a\ait pas permis de continuer son apostolat auprès des Sauvages de ces contrées.
lier l'instruction à tous ceux qui se présentent ; et depuis le peu de temps qu'il y est , il a conféré le baptême a plus de quarante Sauvages. D'un autre côté, le P. André a administré le même sacrement à plus de cent Catéchumènes; le P. Silvy, à une trentaine, chez la nation du Feu, et le P. Allouez, à un nombre assez considérable chez les Outagamis et ailleurs. Un si grand fruit ne se peut pas recueillir sans bien des sueurs , des peines , ni sans beaucoup de dangers auxquels les missionnaires sont continuellement exposés parmi ces nations barbares. Le P. André a pensé faire naufrage deux fois ; le P. Silvy s'est trouvé aussi dans un péril semblable. Ils ont été maltrailés par les infidèles ; c'est ce qui fait le sujet de leur joie et de leur triomphe.
Comme la Mission des Illinois est de la dépendance de celle des Outaouais, ce serait ici le lieu d'en parler, mais on verra ce qui s'^y est passé dans le récit que nous donnerons de l'établissement de celte Mission illinoise.
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à l'est et au nord de Québec.
Ces xMissions comprennent celle des Gaspésiens cl des Etchemins , celle des Papinachois et celle des Montaguais et autres peuples du Nord. Le P. Morain a soin de. la première , le P. Boucher de la deuxième, et le P. Crépieul de la troisième.
Le P. Morain , qui a sa résidence à la Mission du Bon-Pasteur, près la rivière du Loup , a été obligé, pendant une partie de l'été , d'aller chercher ses ouailles dans les bois, où il en a baptisé en un jour quatorze, qu'il avait déjà instruites et disposées à recevoir ce sacrement.
Le P. Bouchera passé l'hiver avec les Papinachois qui sont au-dessous de Tadoussac, ce qu'aucun missionnaire n'avait encore fait '.
L'opposition qu'il a trouvée à l'exécution des projets qu'il avait faits pour l'instruction de ces Sauvages pendant l'hiver, nous font juger que le Démon s'y est opposé, dans la crainte de perdre ce qu'il avait gagné , ayant non-seulement fait quitter la Prière à
1. Vers rerabouchure de la rivière des Betsianiiles, et à la baie des Papinachois.
quelques-uns, mais même les ayant fait retourner à leurs anciennes superstitions jusqu'à faire des festins, qui sont une espèce de sacrifice au Démon. Le Père voyant toutes ses mesures rompues par l'inlidélité de ceux qui le devaient conduire au lieu de l'assemblée des Sauvages , ne laissa pas de se mettre en chemin, quoique fort abattu d'une longue indisposition et d'une grande disette de vivre qu'il avait eue à souffrir pendant plus de trois mois. Ce fut dans le plus rude de l'hiver, sans vivres et sans écorces pour se mettre à l'abri pendant la nuit, après huit jours de fatigues qu'on ne peut concevoir sans l'avoir expérimenté, qu'il arriva sur le lac où il y avait quelques cabanes de Sauvages.
Aussitôt qu'on sut son arrivée , ceux qui n'en étaient qu'à douze ou quinze lieues s'y rendirent incontinent. La ferveur des anciens chrétiens, le regret de ceux qui avaient failli , et la bonne disposition de plusieurs infidèles pour le baptême, lui firent bientôt oublier les fatigues passées. Il demeura le reste de l'hiver avec eux à les instruire et à leur administrer les sacrements , et en est retourné avec la consolation de voir parmi eux les commencements d'une véritable Eglise, et l'espérance de la voir augmenter tous les jours.
Le P. de Crépieul m'apprend comme il a passé toute cette dernière année dans des courses continuelles pour chercher la brebis égarée. Sur la fin de
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l'été dernier, la Providence lui fit faire soixante lieues, depuis Chécoutimi jusqu'à Tadoussac , pour le salut d'une fille Sauvage qui l'attendait pour aller au ciel, et pour donner le baptême à onze enfants.
Après quoi il est remonté à Chécoutimi pour y exercer la même charité à l'égard d'une autre fille sauvage, qui est morte saintement entre ses mains. A l'enterrement de cette bonne néophyte, il a donné la Communion à vingt-huit Sauvages, qui en ont appliqué le mérite à l'âme de la défunte.
Le P. de Crépieul a quitté ensuite ce lieu pour monter au lac Saint-Jean , où il ne fut pas plus tôt rendu , que vingt canots de Sauvages y arrivèrent pour être instruits dans la belle chapelle , qui est bâtie sur le bord de ce lac ^ Les journées n'étaient pas assez longues pour l'instruction de ce peuple , qui remplissait l'église deux fois chaque jour, et auxquels le Père conféra les sacrements du baptême, du mariage et les autres, selon qu'il les trouvait disposés.
Après quelque temps , il fallut laisser ce poste , étant appelé à Chécoutimi, où plusieurs autres Sauvages l'attendaient , et auxquels il fit pratiquer tous les exercices du Christianisme dans une autre chapelle qui est bâtie en ce lieu.
Il y séjourna quelques jours et en partit pour ve-