IbirL, p
3. Ihid,, note. — Le P. Hennepin raconte que dès l'année 1079 la Salle se disposait à visiter le Mississipi, mais que, étant arrivé sur la rivière Seignelay (rivière des Illinois) . des raisons graves l'obligeant à retourner au fort de Frontenac ( Katarakoui), il chargea le P. Hennepin de reconnaître le Mississipi. {Description de la Louisiane, etc., parle P. Hennepin, in-i2 Paris, 1683,
Et en cfTet , comment pourrait-on supposer raisonnablement que la Salle ait vu les rives du Mississipi avant Tannée 1682, qui est, comme on le sait, l'époque de son premier voyage sur cette rivièi'e ? Comment, s'il avait le premier découvert ce grand fleuve dont on s'occupait tant alors, n'en aurait-il parlé à personne? Eh bien ! il n'en dit mot; pas même à M. de Frontenac, son protecteur déclaré; et celui-ci a pu écrire au ministre, en 1674, que le sieur JoUiet, qu'il avait envoyé à la découverte de la mer du Sud, avait irouvé une grande rivière qui va dii nord au sud et qui est aussi large que celle du Saint-Lament vis-à-vis de Québec *. La Salle ne dit mot de sa prétendue découverte au ministre du roi, quand il est en instance pour obtenir de grands privilèges, une commission importante; et certes, c'était bien le cas'd'en parler. Or, maintenant, de quel droit, à quels titres vient-on l'evendiquer, en faveur de M. de la Salle, la possession d'un bien très-précieux, c'est-à-dire la gloire et les profits d'une découverte si importante, tandis que lui-même ne l'a jamais revendiquée de son viA ant, quand il était opportun et facile de le faire? Du reste, ce n'est pas ici seulement un argument négatif; il est très-positif, au contraire, que la Salle et ses amis ont gardé le silence siu un fait dont il est moralement certain qu'ils eussent parlé s'ils eussent pu le faire avec justice et vérité. Concluons donc, d'accord a^ec limpartiale histoire, que le mérite des entreprises et des découvertes de l'immortel de la Salle est déjà assez certain, assez relevé, pour qu'il ne soit pas nécessaire de lui en attribuer im qui soit faux et controuvé, et qu'il aurait certainement répudié lui-même.
In autre prétendant s'est mis sur les rangs pour la découverte du Mississipi, c'est le P. Louis Hennepin. Voici ce qu'écrit à ce sujet un auteur impartial, l'historien protestant des États-Unis : « Pendant l'absence d'iberville, dit
p. 172). Ce ne fut qu'en 1682, raconte le même auteur, que ia Salle atteignit ce grand fleuve et le descendit jusqu'à son embouchure {Ihiil., p. 3U . — Garneau, Histoire du Canada, t, l,p. 244'. 1. Lettre de M. de Frontenac au niinixtre de lu marine, 14 novembre lt)74.
Bancroft, on vit se manifester les premiers symptômes de la jalousie que son entreprise causait à l'Angleterre. Déjà Hennepin, devenu le pensionnaire de Guillaume III, avait publié son nouvel ouvrage dans lequel , afin d'enlever aux Français leur droit à la priorité dans la découverte du Mississipi, il réclamait pour lui-même, par le plus impudent mensonge, l'honneur de l'avoir descendu le premier, et introduisait frauduleusement, dans sa relation précédente, le récit de ce prétendu voyage sur le grand fleuve... Si Hennepin n'eût eu d'autre amour que celui de la vérité, il eût laissé dans l'histoire un nom glorieux et respecté, tandis qu'aujourd'hui ce nom ne rappelle que le souvenir, nonseulement d'un explorateur joyeux , ambitieux et inti'épide, mais aussi d'un menteur vantard et fanfaron ^ »
Une autre découverte importante, celle d'un courant d'eau ou d'xine grande rivière par laquelle la Nouvelle- France pût communiquer avec l'océan Pacifique, occupa pendant plus d'un siècle les esprits et fut l'objet de plusieurs entreprises qui n'obtinrent leur entier résultat que vers la fin du dix-huitième siècle. Ce ne fut guère, en effet, que depuis l'année i701 que l'on connut bien l'Orégon ou la Colombia, et que l'on put suivre son cours assez avant dans les terres. Mais alors les Jésuites n'existaient plus. Il faut cependant avouer qu'ils avaient donné à ce projet si avantageux pour la France une coopération aussi zélée et aussi active que leurs fonctions apostoliques avaient pu le permettre.
M. de la Véranderie s'étant chargé d'explorer la partie occidentale de l'Amérique jusqu'à l'océan Pacifique , il trouva des auxiliaires toujours dévoués dans les missionnaires Jésuites. Ce fut le P. de Connor qui, en 1732, se chargea de présenter et de faire agréer à la Cour les mémoires de la Véranderie. Celui-ci , d'après les renseignements qui lui avaient été donnés touchant une rivière qui coulait vers le couchant, croyait qu'en en suivant le cours on parviendrait à l'océan Pacifique. 11 appuyait son opi-
1. Bancroft, Hist. of the United Stntes, tome II, chap. xxi, p. 8i2. Londoii, 1856.
niou sur lautorité du P. de Gonnor qui pensait tomme lui, et sur le sentiment du P. Guignas, hal)ile mathématicien S qui était d'avis que ce n'était point par le pays des Sioux, en allant au midi, mais par le pays des Cristinaux et des Assiniboëls, qui sont au Nord, qu'on réussirait mieux à trouver cette mer occidentale si désirée ^ .
Dans les diverses excursions que fit à ce dessein M. de la Véranderie, il eut assez souvent des missionnaires pour associés à ses recherches et pour compagnons de ses voyages. Les PP. de Bonécamp et Messaiger lui prêtèrent leur concours; et le P. Anneau ayant accompagné en 1736 un des fils de M. de la Véranderie dans une de ces expéditions aventureuses, ils furent rencontrés par les Sioux qui les massacrèrent tous impitoyablement. Quelques jours après, cinq Canadiens trouvèrent leurs restes. Le missionnaire avait un genou en terre, une flèche dans la tète, la main gauche baissée contre terre, la droite élevée vers le ciel ^. »
M. de Beauharnais, pendant son gouvernement, avait cherché à imprimer un élan vers l'étude intérieure du pays, surtout en ce qui regardait la géographie et la topographie; plusieurs Jésuites s'associèrent à cette utile entreprise. On trouve encore des traces de leiu's travaux dans plusieurs Voyages scientifiques , composés par des missionnaires, entre autres par le P. de Bonécamp, qui avait été professeur d'hydrographie au collège de Québec ^.
Dans le même but, le P. Laure traçait, en 1731, la carte du Saguenay et celle du Domaine du roi au Canada, c'est-àdire de toute la contrée qui se trouve au nord du fleuve Saint-Laurent jusqu'au lac des Mistassins ^. Quelques années auparavant, le P. Joseph Aubery avait composé une carte renfermant les pays situés au midi du Saint-Laurent, d'après le traité d'L'trecht, en 1713 ^.