EXEMPLAIRE SUR PACPLER. ALFA
= Ne
Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés pour tous pays.
oe PREFACE
n voudra bien ne pas adresser a ce livre le reproche sous lequel tombent parfois — les biographies d’écrivains : a savoir le
. peu de place laissé a l'essentiel, qui est ' ceuvre. Un autre ouvrage consacré a l’cuvre de Mistral suivra bientot celui-ci. La vie de l'homme et la vie de l’ceuvre, l'histoire de Labeille, qui est du régne animal, et Vhis-— toire du miel, qui est du régne végétal, se __développent sur des plans et des rythmes si différents que le mieux est peut-étre de laisser (une et lautre s’inscrire en toute Ny indépendance sur leur registre propre.
vOK voudra bien également garder plus — ou moins da cette République du Soleil, qui a Mistral pour chef, cette maniére de— -sous-titre attribué, dans la méme collection, ad la Part du Réve, dont Amiel était le ae titulaire : des réflevions biographiques @
propos. de Mistral, plutot qu'une biographie de Mistral.
Des réflexions biographiques, dabord parce que mon gottt m’y porte, et ensuite, et surtout, parce que le moment d'une vraie biographie de Mistral n’est pas encore venu.
Nous possédons déja, bien entendu, des biographies provisoires, par exemple celle du félibre Marius André, un peu frappée dilluminisme, ou. encore les livres, anecdotiques, instructifs et amusants, que ce centenaire fait éclore. Mais, comme le dit fort justement Marius André, une vraie biographie de Mistral ne sera écrite que le jour ou les cinquante mille lettres de ses corres- pondants, conservées et classées par lui, léguées a la bibliothéque d’ Avignon, pourront étre consultées, soit en 1964, cinquante ans apres sa mort. Jl faudra y joindre environ douze mille lettres, de Mistral et de ses amis félibres, Roumanille, Aubanel, Gaut, Berluc-Perussis (je ne parle que des morts), conservées dans les bibliothéques publiques et privées du Midi. J’en ai eu bien des
liasses dans les mains: Toute histoire du Félibrige est la, et non ailleurs.
Non ailleurs, cest-d-dire non dans le document imprimé, fit-il signé de Mistral.
Les Mémoires du poéte méritent le genre de confiance qu’on accorde aux Confidences de Lamartine. Ils sont vrais, mais dune vérité
de poete. Je n'ai pas craint d user quelquefois
tei de éelte vérité, Souvenons-nous seulement .
que cest a quelques kilometres de Maillane wl qu’ Alphonse Daudet a placé la ville des poeétes qui n’écrivent pas: Tarascon.
Mais les Mémoires ne forment qu’une partie infinitésimale de Vimprimé en cause.
Mistral a légué au Museon Arlaten vingt énormes in-folio de coupures de presse a son sujel, depuis 1852 jusqi’da sa mort.
: J'ai feuilleté page par page tout le lot, tres ~ éonné d’en tirer si peu de chose, de me trouver souvent devant du banal, du CONVOH TO ce os du truqué. Je f’avais jamais eu a un tel - point le sentiment que, malgré les foréts qui
NS
ies
Ce ee ee miners 2 RC Same
Sabattent tots les jours pour faire la pate a aad quotidienne, lauthentique histoire
DSSS 8 PREFACE
demeure encore, pour le X-X® siécle presque autant que pour le X VIT®¢, dans le manuscrit, dans ce qui sort aprés une, deux et plusieurs générations.
Malgré les destructions volontaires, ce genre de sources va croissant en rendement.
Il nen est pas de méme des témoignages oraux et vivanis, qui vont en diminuant.
Personnellement, j'ai a peine entrevu Mistral : un feutre gris, une main serrée, des -propos sur la Bourgogne et le roi Boson, — le Poéte.
Mais (homme complet, réel, il est resté pour des amis, dont les témoignages different, se recoupent. J’en ai usé, j'ai interprété. On comprendra que je ne puisse citer aucun nom. Mais enfin, donnez a tout cela un mouvement de conversation sur la route de Saint-Rémy a Arles, ou de Maillane a Tarascon, ajoutez-y votre mot, ne manquez pas de contredire ou de rectifier, et vous serez dans le ton. Si un mistralien voit parfois
en (auteur de ce livre une maniére d’avocat -
du diable, il n’oubliera pas que mon client
est un diable familier a Mistral, le diable Porte-Pierre lui-méme.
Maintenant, on demandera peut-étre pourquoi un critique, qui nest. pas plus du Midi que nen était le chancelier Mariéton ee (mais qui est, comme lui, sur la route), témoigne d’un gotit pour la personne ef [eeuvre de Mistral. Le centenaire de cetie -. année n’y est presque pour rien. Il y a six ans que j’avais choisi Mistral pour mon lot | dans une collection que devait diriger. a la . méme librairie, M. Louis Barthou, et qui - paboutit pas. Une bonne partie des études et des notes de ce volume et de celui qui suivra Pas datent de cette époque. Elles étaient d fleur de ee terre, et le centenaire les a amenées naturel- -lement a la lumiére. Pas plus.
Si j’atiache une grande importance a = Mistral: a l'ceuvre pel oreenné, ad la rendissance provencale, a la littérature d’oc, ce mest pas seulement, ce n'est pas surtout comme ami de la Provence et des Proven- - gaux, C'est simplement comme critique frangaits. ‘Ou’ est-ce ape la littérature francaise?
eae
Une grande chose, la plus grande chose littéraire, probablement, de tous les temps, apres celle des Grecs, ei qui a rétussi sur une voie, la voie royale, la grande trotiée de la littérature parisienne, qui va de Villon ad Proust, d Valéry, d nos amis et maitres d aujourd hui. Mais comprend-on pleinement la réussite de Vintelligence humaine qui, dans l’élan de la vie, a fini par se faire la voie libre, la comprend-on si on ne la voit en fonction des formes qui ont moins abouti, qui se sont heurtées dans des impasses, que le bonheur, la grace, Vélection, n’ont point couronneées; qui, cependant, ont fait puissamment et héroiqtiement leur tdche, et qui, par leur existence actuelle, maintiennent le principe de la diversité, mettent, dés la racine de l’étre, un pluralisme de droit?
Ainsi, da cété de la littérature francaise doil et de Paris, qui a vaincu, qui a réussi, il y a la littérature étrangére d oil,
de substance protestante, émigrée, faite par
la Révocation de Edit de Nantes, celle qui a réussi et survécu en Suisse romande. Et il y
a la littérature francaise d’oc, jamais completement étfeinie depuis les troubadours limousins, el qui, au XIX® siécle, avec le - Feélibrige, a couru sa chance, fait son ceuvre, produit son chef-d’ cuvre. Et Ul euvre de son chef. Le chej, c'est Mistral.
La Part du Réve, chez le germanophile et calviniste Amiel, la République du Soleil
- gouvernée par Mistral, voila deux climats qui nous serpent de frontiére et qui établissent des liaisons, Au moment ou elle change,
-. devient autre, trouve ses limites, se heurte d@ un autre climat, a une autre politique, la littérature francaise s’éprouve et se connait mieux par ces résistances. Ce qui la borne la définit. Et d’ailleurs, ces bornes ne sont qu'une apparence. La veérilé est faite d'une société, d’une fédération des trois littératures ae frangaises : la littérature frangaise des
- gers, la littérature élrangere des Frangais. La littérature étrangére des Francais. est la littérature d’oc. La grande pensée de
Mistral: une France a deux littératures,
une France qui prendrait cette figure double en laquelle les Grecs décomposaient, mode
majeur et mode mineur, un sang héroique,
Electre et Chrysothemis, Antigone et Ismene, — cetie pensée ne parait pas en train daboutir. Il faut le déplorer. La disparition de la langue doc, de la littérature doc, serait (je n’ose dire sera) un malheur irréparable, une diminution de létre francais, du capital humain. Que ce livre atteste au moins sinon un travail, du moins une bonne volonté pour la ralentir dun jour, dun geste, d'une pensée.
Un détail! Le sous-titre primitif était (Empire du Soleil. On m’a fait observer que lV étiquette était prise. J’en ai été quitte pour faire une révolution du 4 Septembre. Dans le
texte j’emploierai indifféremment Empire ou République. Ainsi les écus de 1805, qui portent d'un coté Napoléon Empereur, ef de l'autre République Francaise.
V WV wy’
TA HEPeRLIOUE DU SOLEIL