‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 1 sur 417 · LIBRAIRIE DE FIRMIN-DIDOT ET C · texte numérisé non relu

LIBRAIRIE DE FIRMIN-DIDOT ET C

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Reproduction, et. traduction réjervees.

PRÉFACE

S'il suffisait, pour justifier mon sujet, d'établir que Mithridate Eupator a laissé dans l'esprit de ses contemporains et de la postérité l'impression d'un homme extraordinaire, je n'aurais que l'embarras de choisir entre de trop nombreux témoignages. Seul de tous les monarques de l'Orient, ce roitelet d'un pays presque inconnu avant lui, sans avoir jamais pris lui-même le surnom de Grande l'a reçu de la haine clairvoyante et de l'admiration involontaire de ses ennemis (1). Sa mort leur parut la délivrance d'un cauchemar de quarante années : l'armée romaine se livra à des transports de joie, le peuple revêtit des habits de fête, « comme si dix mille ennemis étaient morts en sa personne (2) ». Les hommes d'État ne rendirent pas au grand vaincu un moindre hommage que la foule : Pompée lui accorda une sépulture dans la tombe de ses pères « comme au prince le plus vaillant de son temps », et, quelques mois après, Cicéron appelait publiquement Mithridate « le plus grand des rois auxquels Rome eût jamais fait la guerre (3) ». Même langage, un

(1) Suétone, César, 35; Eutrope VI, 22.

(2) Plutarque, Pompée, 41-42; Appien , Mith. 113; Cicéron, De prov. consul. 11.

(3) Appien, Mith. 113; Cicéron, Pro Marena, XV, 32 : Si diligenter quid Mithridates potuerit et quid effecerit et qui vir /m rit consideraris, omnibus regibus quibuscum popuhis Ro-

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siècle plus tard, chez Velleius Paterculus (1), même langage encore chez Pline (2). Que si des anciens nous passons aux modernes, qui n'a présentes à la mémoire les paroles de Racine sur celui « dont les seules défaites ont fait presque toute la gloire de trois des plus grands capitaines de la république (3) » , et de Montesquieu sur « ce roi magnanime qui dans les adversités, tel qu'un lion qui regarde ses blessures, n'en était que plus indigné (4) » ?

Je pourrais ajouter qu'autant l'homme fut grand et singulier, autant sa destinée fut tragique, autant elle offre à l'historien , comme au poète, une ample matière de narrations pathétiques et de tableaux brillants. Mais de pareilles considérations ont peu de poids auprès du lecteur de nos jours, qui demande à l'histoire moins des émotions que des enseignements. Aussi bien ne sont-ce pas les seules raisons que je puisse alléguer. Si la personne et le règne de Mithridate m'ont paru mériter une étude approfondie, c'est encore et surtout parce que, en dépit des apparences, ce roi demi-barbare n'a point traversé l'histoire comme un de ces météores inutiles, qui ne laissent d'autre trace de leur passage qu'un sillon de feu et l'écho lointain du bruit de leur chute.

En Mithridate se rejoignaient, par le sang et par l'éducation, les deux grandes civilisations, également, quoique

manus hélium gesserit , hune regem nimirum antepones. Cf. Acad. II, 1, 3 : Mithridates , rex post Alexandrum maximus.

(1) Velleius II, 18 : Mithridates , vir neque silendus neque dicendus sine cu?-a, hello acerrimus ^ vlrtute eximius , aliquando fortuna, semper animo maximus , consiliis dux, miles manu, odio in Romanos Hannïbal. Texte d'autant plus remarquable qu'il paraît dériver de Salluste (Sénèque, De heneficiîs, IV, 1, 1 : nihil magis , ut ait Sallustius , cum cura dicendum).

(2) Hist. Nat., XXV, 2,5 : Mithridates, maxumus sua aetate regum.

(3) Préface de Mithridate (1G73). Avant Racine, LaCalprenède avait déjà mis ce sujet sur la scène française {La Mort de Mithridate, 1635), avec plus de fidélité historique que de génie poétique.

(4) Considérations sur la grandeur des Romains et leur décadence, ch. 7.

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diversement, admirables, qui s'étaient longtemps disputé l'empire de la Méditerranée orientale : le persisme et l'hellénisme. Alexandre le Grand, étranger par sa naissance à leur querelle séculaire, tenta pour la première fois de réconcilier les deux adversaires et de les fondre dans une unité supérieure. C'était une idée de génie, et nul ne peut dire quel en eût été le succès si le grand Macédonien avait vécu ; sa mort prématurée la fit descendre dans la tombe avec lui. Deux siècles après, Mithridate Eupator recueillit et reprit pour son compte la pensée d'Alexandre, qu'il fit sienne en quelque sorte par droit de naissance. Le rêve de sa jeunesse et de son âge mûr, que l'on saisit à travers les fluctuations d'une politique dominée par les circonstances, fut de reconstituer à son profit, sinon l'empire d'Alexandre, du moins une vaste monarchie, comprenant toutes les contrées d'Europe et d'Asie où le grec était devenu l'idiome exclusif des classes dirigeantes, le véhicule du progrès. Cette monarchie aurait compris les pays les plus florissants de l'ancien monde : l'Asie Mineure, les rivages du Pont-Euxin, la Macédoine, la Grèce, et, dans un avenir peu éloigné, la Syrie, l'Egypte et ses dépendances; perse par la dynastie, par la religion officielle, par les traditions administratives et militaires, si bien appropriées aux mœurs et aux besoins des populations orientales, elle eût été tout hellénique par la langue, les arts, le développement du régime urbain, bref, par la civilisation.

Que tel ait été véritablement-^ du moins pendant une partie de son règne, l'objet suprême de l'ambition de Mithridate, c'est ce que démontrent non seulement ses conquêtes effectives, mais encore les combinaisons à longue portée de sa diplomatie. C'est ainsi qu'on le voit se présenter à l'imagi-

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nation des peuples à la fois comme Théritier de Darius et d'Alexandre, flatter l'amour-propre des Grecs sans désavouer ses origines iraniennes; tantôt il élève à sa cour un prince égyptien , otage ou vassal futur, tantôt il noue des relations secrètes en Syrie, où un parti songe à lui offrir la couronne des Séleucides, tombée en déshérence. 11 met au service de ce grand dessein toutes les ressources d'une intelligence peu commune, d'une ténacité infatigable et dépourvue de scrupules; il y déploie successivement la ruse, la dissimulation, la perfidie, de rares talents d'organisateur, de politique et de soldat. Mais il rencontre sur son chemin un obstacle que n'avait pas connu le conquérant macédonien , son précurseur et son modèle : la puissance formidable et jalouse de Rome, déjà maîtresse de la moitié du monde grec et poussée par sa destinée à s'asservir l'autre. C'est à ce titre, et non sous l'impulsion d'une haine instinctive et héréditaire, comme celle d'Annibal, que Mithridate devint cet adversaire implacable de Rome tel qu'il apparaît surtout dans la tradition; en réalité, il ne combattit Rome à outrance que contraint et forcé , et il rêvait si peu de la détruire qu'il se serait estimé heureux de partager le monde avec elle. Que demandait-il, après tout, sinon ce qui devait s'accomplir pacifiquement, par la force des choses, cinq siècles plus tard, lorsque, après la mort de Théodose, l'empire romain, s'effondrant sous son propre poids , se divisa en deux moitiés destinées à se tourner le dos de plus en plus : l'empire latin, à Rome, et l'empire grec , .à Constantinople ?

A deux reprises différentes, à la faveur des dissensions intestines de ses adversaires, le roi de Pont parut toucher au but. S'il échoua, ce fut, comme bientôt Pompée et Marc-

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Antoine, à cause de l'infériorité de l'Orient sur FOccident en troupes, en officiers et en généraux. Il ne faut pas chercher de raisons plus profondes au triomphe chèrement acheté de Rome; ni la liberté, ni le progrès n'étaient enjeu dans ce duel entre deux despotismes, l'un oligarchique, l'autre démocratique. Mais si les vastes projets et les efforts prolongés de Mithridate n'aboutirent qu'à un tragique avortement et au suicide du Titan vaincu, il est vrai de dire que sa défaite eut pour le monde ancien d'aussi grandes conséquences, — que dis-je? presque les mêmes conséquences qu'aurait produites sa victoire.

En premier lieu, son apparition, ses premiers succès, l'accueil enthousiaste qu'il reçut en pays hellène, les longs souvenirs et les espérances persistantes qu'il y laissa après lui, révélèrent d'une façon éclatante l'étroite solidarité morale qui reliait entre elles les diverses contrées de langue et de civilisation grecques. Il devint clair pour tout le monde que Rome, sous peine de voir se renouveler incessamment la lutte dont elle sortait épuisée et meurtrie, devait ou bien renoncer d'elle-même à toute parcelle de son empire oriental, ou étendre sa domination politique jusqu'aux limites extrêmes qu'avait atteintes le domaine moral de l'hellénisme. Ce fut naturellement pour ce dernier parti qu'elle opta. Ainsi l'annexion définitive de toute l'Asie Mineure , la réduction en provinces de la Thrace , de la Crète , de la Syrie , la transformation du Bosphore cimmérien, de la Colchide, de l'Arménie et de laCommagène en royautés étroitement vassales, furent autant de conséquences plus ou moins directes, mais également inévitables, de la formidable levée de boucliers provoquée et présidée par Mithridate. « C'est par la guerre mithridatique , dit

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très justement un historien ancien, que l'empire des Romains s'avança jusqu'au Pont-Euxin, à l'Euphrate et au désert qui sépare l'Asie de l'Égypte; il ne leur manquait plus dès lors que l'Égypte pour compléter le périmètre de la Méditerranée (1) ». L'Égypte elle-même, d'ailleurs, déjà ébranlée par le contre-coup de cette grande lutte, n'était plus qu'un fruit mûr, destiné à tomber de l'arbre à la première secousse. Une fois ce dernier fruit tombé, l'hellénisme entier — si l'on excepte les colonies isolées de la Mésopotamie et de la Babylonie — aura retrouvé son unité politique, précisément sous la forme que lui avait offerte Mithridate : la sujétion commune sous un seul maître étranger, mais philhellène. Et qu'importait, après tout, au progrès humain que ce maître s'appelât Mithridate ou César, que l'encens et les tributs du monde allassent à Ormuzd ou à Jupiter Capitolin ?

En second lieu , par le fait même de cette absorption de tout l'Orient hellénisé dans l'empire romain, celui-ci se trouva en contact sur toute sa frontière asiatique avec des peuples d'une race et d'une culture profondément différentes des siennes, unis entre eux par les traditions et les influences de l'Iran, et où l'hellénisme, péniblement introduit par la conquête d'Alexandre, n'avait jamais su prendre racine. Ces peuples, Ibères, Arméniens, Mèdes, Assyriens, Arabes du désert, groupés désormais autour de la dynastie parthe des Arsacides, firent connaître pour la première fois à Rome l'Orient véritable, avec ses grands fleuves, ses steppes et ses montagnes, avec ses courts étés dévorants et le long sommeil de ses hivers , avec sa conception

(1) Appien, Mith. 12 J.

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particulière et immobile de l'homme, de l'État et de Dieu, surtout avec sa répulsion invincible pour la civilisation matérielle et morale de l'Occident. Le vieil antagonisme de l'Asie et de l'Europe, chanté par les aèdes homériques et par Hérodote, à demi assoupi depuis Alexandre et l'éclectisme de ses successeurs, se réveilla brusquement au choc des deux races conquérantes venues, l'une des rivages de l'Italie, ràutre du fond des déserts du Khorassan, pour se rencontrer aux bords de l'Euphrate. Ce fut la guerre Mithridatique qui mit en contact l'Iran et Rome, et, comme la coexistence pacifique de deux grands États voisins répugnait à l'esprit antique, du contact ne tarda pas à naître un conflit acharné, incessant, irréconciliable, à peine interrompu de loin en loin, sous les Arsacides ou sous les Sassanides, par quelques moments de trêve. Mithridate lui-même inaugure cette nouvelle période d'une lutte sécu- Ijaire, ce retour offensif de l'Orient. Lui qui, au début de son règne, s'était présenté comme le dernier champion couronné des revendications helléniques, se métamorphose, vers son déclin, en un vrai monarque oriental, entouré d'eunuques, de femmes et de têtes coupées, menant à la guerre, au lieu de phalanges compactes, des nuées d'archers aux flèches empoisonnées et de hardis cavaliers aux évolutions déconcertantes, faisant appel, enfin, au fanatisme religieux pour tirer de leur léthargie et soulever sous les pas de l'envahisseur italien toutes les vieilles nations de l'Asie, échelonnées depuis le pied du Caucase jusqu'aux rives du golfe persique. Ainsi, d'un côté, Mithridate est le dernier successeur légitime d'Alexandre, de Pyrrhus et de Persée; de l'autre, il annonce Orode et Chosroès, et prépare de loin Mahomet.

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Une troisième conséquence de la longue crise mithridatique fut d'accélérer le changement des institutions de Rome. L'expérience de ces quarante années de guerre montra à nu rinsuffisance de ces institutions, politiques aussi bien que militaires. Le remplacement annuel des généraux et des gouverneurs, la limitation de leurs commandements à une province déterminée, l'absence d'armées permanentes, la direction des troupes confiée à des avocats de la veille, celle de la politique étrangère abandonnée à la majorité flottante d'une assemblée vénale, tout ce legs d'un passé mal compris s'écroula sous la pression des nécessités urgentes, en présence d'un péril sans cesse renaissant qui enveloppait et menaçait à la fois tant de provinces. Trois fois Rome dut armer ses généraux, chargés de défendre ou de reconquérir son empire oriental, de pouvoirs exceptionnels, qui contrastaient par leur étendue territoriale, leur plénitude et leur durée, avec tout ce qu'on avait vu jusqu'alors; deux de ces chefs, au retour de leurs campagnes victorieuses, n'eurent qu'à tendre la main pour cueillir l'empire de leur patrie. Ainsi les trois grands adversaires de Mithridate, Sylla, Lucullus, Pompée, représentent autant d'étapes vers la monarchie militaire, devenue la forme nécessaire du gouvernement du monde, et qui triomphera définitivement avec César et Auguste. L'empire fut le résultat aussi bien de l'extension démesurée de la domination romaine que de l'anarchie intérieure et des luttes implacables des partis.

Telles furent les trois conséquences capitales de la défaite de Mithridate : absorption complète de l'hellénisme dans l'empire romain , réveil de l'antagonisme national et du vieux duel de l'Orient et de l'Occident, transformation

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des institutions politiques de Rome. Il ne reste plus à signaler, dans cette brève esquisse, qu'une conséquence lointaine, peu aperçue, mais non moins importante, des victoires qui marquèrent les débuts du roi de Pont.

A la fin du second siècle avant notre ère, les précieux germes de civilisation que les colons helléniques avaient semés su'r la rive septentrionale de la mer Noire paraissaient sur le point d'être étouffés sous Tavalanche des peuples du Nord. Ce sera l'éternel honneur de Mithridate Eupator d'avoir, à l'aurore de son règne, prêté l'oreille à l'appel désespéré des Grecs de Crimée, d'être venu à leur aide et d'avoir opposé une digue au flot montant de la barbarie. Cette expédition n'eut pas seulement pour résultat de procurer aux connaissances géographiques des Grecs une extension dont se félicite Strabon : grâce à elle, Chersonèse et Panticapée, ces sentinelles perdues de la civilisation au seuil de la Scythie, furent enfin relevées; grâce à elle, deux foyers de lumière continuèrent à brûler, dans les ténèbres cimmériennes, d'un éclat modeste, mais utile, pendant toute la durée de l'empire romain et même au delà. Panticapée devait succomber sous l'assaut des Huns, mais Chersonèse, devenue Cherson, survécut jusqu'à la fin du dixième siècle, « vedette avancée de l'empire vers le Nord, pied à terre des Byzantins dans le monde scythique, œil toujours ouvert sur les mouvements de la Sarmatie,... perpétuant dans le monde du moyen âge les traditions du vieux génie hellénique (1) ». Ce fut dans les murs de cette ville, sauvée jadis par Mithridate, que le Clovis russe, Vladimir, conquis par sa conquête, reçut le baptême, et ce jour-là, si l'on peut dire, naquit l'âme de la Sainte

(1) Rambaud, Constantin Porphyrogênète , p. 487-491.

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Russie. C'est ainsi que par delà les siècles et les races Mithridate donne la main à Pierre le Grand , le souverain moderne dont le caractère présente le plus d'analogies avec le sien.

J'en ai dit assez, je pense, pour faire comprendre, sans les surfaire, l'intérêt et l'importance de mon sujet, pour montrer que le règne de Mithridate fut, à bien des égards, une des époques décisives, un des points tournants de l'histoire ancienne. Cet épisode si curieux, placé comme à cheval sur deux grandes périodes historiques, ce royaume composite, dernière incarnation politique de l'hellénisme, où se mêlent, se combattent et se réconcilient tant d'éléments hétérogènes, n'ont jamais fait l'objet d'une monographie sérieuse : Mithridate n'avait pas trouvé de biographe dans l'antiquité, il n'en a pas trouvé davantage de nos jours (1). Sans doute, les historiens de Rome n'ont pu passer sans s'arrêter devant cette imposante figure; mais, en définitive, même les plus sagaces (2) ne l'ont étudiée que dans ses rapports avec l'histoire romaine, point de vue nécessairement étroit, qui risque de fausser les perspectives et de vicier les jugements.

(1) On ne peut donner le nom de biographie aux essais informes ou inachevés de J. E.. WOLTERSDORF, Commeutatio vitam Mitliridatis M.per annos digestavi sistens (diss. Gœttingue, 1813) ; de P. S. Frandseî^, Mithridates VI Eupator, Kœnig von Pontus, 4 Biicher (l^'' livre, seul paru, Altona,prog. 1847) ; enfin de SOURIAS, Histoire abrégée de Mithridate (en grec) dans le Pariiassos f juil. sept. 1878. L'article détaillé de Saint-Martin (^Biographie univei'selle) est défiguré par l'emploi indiscret des prétendues sources arméniennes. L'excellent ouvrage de Ed. Meyer, Geschichte des Kœnigreîchs Pontos (Leipzig, 1879) s'arrête malheureusement au début des guerres mithridatiques. Ce livre a rendu inutile la compilation de J. FoY Vaillant, Achaemenidarum imperium, sive regum Ponti, Bospori et Bithi/niae historia adjidem numismatum accommodata (Paris, 1725, in-4o ; 1728 in-S^) et la thèse de F. J. VoLPERT, De regno pontico ejusque prîncipibus ad regem usque 3Iithridatem VI (Miinster, 1853). Cf. sur l'ouvrage de Meyer, A. von Gtjtschmid, Literarisches CentralUatt, 1880, n» 27.

(2) Drumann, Niebuhr, Ihne, Neumann, Duruy et surtout Mommsen, que je me reprocherais de ne pas citer tout particulièrement en tête d'un ouvrage qui lui doit tant d'aperçus.

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J'ai tenté de replacer Mithridate au centre du tableau, de faire revivre, avec l'homme lui-même, tout le milieu qu'il a rempli pendant un demi-siècle de sa prodigieuse activité. L'entreprise était d'autant plus difficile que les documents dont je disposais étaient insuffisants, sujets à caution, éloignés, en général, de plus d'un siècle de l'époque de Mithridate et par suite rédigés dans un esprit hostile au plus grand ennemi de Rome triomphante. L'œuvre de reconstruction devait être précédée d'un long et pénible travail d'assemblage et de critique. Ai-je réussi dans cette triple tâche? C'est à d'autres d'en décider; tout ce que je puis affirmer, c'est que je n'ai négligé sciemment aucune source d'information, aucun indice qui pût me conduire à la découverte de la vérité. J'ai lu et relu tous les textes littéraires, récits suivis ou fragments épars disséminés dans la vaste collection des auteurs anciens; j'ai dépouillé les recueils d'inscriptions et les publications périodiques qui les complètent; j'ai manié, étudié, classé toutes les médailles royales frappées dans le Pont et dans les pays voisins (1). Ces derniers monuments , si souvent négligés par les historiens, et qui fournissent cependant la base la plus solide à la chronologie, sans laquelle il n'y a pas d'histoire, m'ont paru si importants que j'ai consacré à leur discussion un ouvrage spécial; j'ai pu, dans le présent volume, enregistrer comme acquis à la science les résultats de ce

(1 ) On trouvera rénumération et la discussion des sources de tout genre dans les trois sections de V Appendice , à la fin du volume. Dans le courant de cet ouvrage, les auteurs grecs sont ordinairement cités d'après la collection Didot, les auteurs latins et Dion Cassius d'après les derniers textes de la petite collection Teubner. Pour Appien, j'ai eu constamment sous les yeux l'édition Mendelssohn (Teubner, 1879), pour Licinianus l'édition dite de Bonn (Teubner, 1858), pour Obsequens et les Periochae de Tite-Live l'édition G. Jahn (Leipzig, 1853), pour Orose l'éd. Zangemeister (Vienne, 1882), pour les fragments de Salluste l'éd. Kritz (Leipzig, 1856), enftn pour Cicéron la 2^ édition d'Orelli,

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travail (1). A la connaissance des documents j'aurais voulu joindre celle des lieux pour donner plus de couleur et de vérité à mes tableaux; des circonstances indépendantes de ma volonté ne m'ont pas permis de réaliser ce désir : de là une lacune dans mon information que je sens plus vivement que personne et que j'espère pouvoir combler un jour. En attendant, la lecture de récits de voyages a dû suppléer tant bien que mal à mon inexpérience personnelle.

Enfin, il va sans dire que j'ai tâché de voir tous les travaux modernes, publiés en France ou à l'étranger, qui touchaient directement à mon sujet. Si je n'ai pas encombré le bas de mes pages d'un plus grand nombre de renvois à des dissertations érudites, c'est que, ou bien elles confirmaient le résultat de mes propres investigations , ou bien elles le contredisaient : dans le premier cas, j'ai préféré laisser la parole aux documents ; dans le second , j'ai trouvé superflu de faire l'avantageux et de triompher bruyamment des erreurs, grandes ou petites, commises par mes devanciers.

Paris, mai 1890.

(1) Trois royaumes de V Asie Mineure (Cappadoce^ Bithynie , Pont), Rollin et Feuardent, 1888 (iii-80 de VII-208 p. avec 12 planches). Les principes et les résultats de ce travail ont été entièrement adoptés (en ce qui concerne la Bithynie et le Pont) dans le récent volume du Catalogue des monnaies grecques du Musée Britannique : Pontus, Papîilagonia, Bitliynia and the Kingdom of Bosporus , par Warwick Wroth (Londres, 1889),

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