LEVÉE DU SIÈGE DE RHODES
corps expéditionnaire rejoignit, la saison parut trop avancée pour entreprendre les travaux d'un siège régulier : la traversée même avait été troublée par un violent ouragan; Fescadre rhodienne coula, brûla, captura plusieurs transports, et fit 400 prisonniers.
On n'espérait plus que dans un coup de main et dans les intelligences qu'on s'était ménagées dans la place. Des transfuges signalèrent au roi un point faible dans les fortifications, un peu au sud de l'Acropole, au pied d'une colline, battue par les flots, que couronnait le temple de Zeus Atabyrien (1). Il fut décidé qu'on dirigerait une attaque nocturne contre ce point, pendant que la flotte ferait une diversion du côté du port. Au début, tout marcha à souhait; un corps d'infanterie, muni d'échelles, fut transporté en bateau au pied des remparts ; là , il attendit le signal concerté avec les amis qu'on avait dans la garnison. Tout à coup, au cœur de la nuit , la flamme brille au sommet de la colline ; les troupes royales , reconnaissant le signal convenu , poussent une immense clameur et s'élancent à l'assaut; mais un cri nourri leur répond du haut des remparts : c'est la garnison du fort, qui, informée du complot, a elle-même, bien avant l'heure convenue, allumé cette flamme et attend l'assaut de pied ferme. Les Royaux, se voyant trahis , n'osèrent pas risquer une bataille dans les ténèbres; ils passèrent la nuit l'arme au pied. A l'aurore, on tenta l'escalade de tous les côtés à la fois. La sajnhyqiie, — énorme pont volant, avec des entretoises en corde, garni de catapultes, et porté par deux navires accouplés (2) , — pénétra dans le port et fut dirigée contre le temple d'Isis. Mais l'encombrante machine ne justifia pas les espérances des ingénieurs politiques : elle s'effondra sous son propre poids et disparut au milieu d'un tourbillon de flammes ; les Rhodiens prétendirent avoir vu Isis ellemême , un brandon à la main , défendre son temple contre l'engin sacrilège. Sur la terre ferme, l'assaut fut également repoussé. Mithridate ne renouvela pas sa tentative; l'hiver approchait, et un séjour plus prolongé dans l'île n'aurait pas été sans danger.
(1) L'emplacement de ce temple a été déterminé par une inscription (Newton, Inscr'ip tions qf the British Muséum, I. 346). Il ne faut pas le confondre avec la oc maison mère bâtie sur le mont Atabyrios, au centre de l'île et à plus d'une journée de marche de la capitale (cf. Ross, lîeisen au/ den griechischen Insein j III, 106, note 23).
(2) La nature de la sambyque, mal définie par Appien, est indiquée par Polj-be VIII, 6 TAnonyme de Rochas (Philon de Byzance, éd. Rochas, p. 232), Athénée Poliorcète {Jlclan ges GrauXj p. 793), etc. Cf. aussi Wescher, Poliorcétique chs Grecs, p. 57.