‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 162 sur 417 · LUCULLUS SUR LA COTE D'IONIE · texte numérisé non relu

LUCULLUS SUR LA COTE D'IONIE

cire pontique qui croisait clans Jes eaux de Chypre : il dut tirer ses navires à terre et hiverner dans la grande île égyptienne, dont Mithridate respecta la neutralité. Dès les premiers jours du printemps 85, renforcé par quelciues vaisseaux pamphyliens, Lucullus remit en mer, naviguant à plein pendant la nuit, carguant sa toile pendant le jour; il réussit ainsi à se glisser entre les mailles de la croisière qui bloquait Rhodes, et pénétra dans cette île où il opéra sa jonction avec Tescadre rhodienne. A partir de ce moment, Lucullus, secondé par l'habile navarque Damagoras, fut en état d'inquiéter sérieusement les Pontiques par une guerre de course, de ravager les côtes d'Asie Mineure et dy propager la contre-révolution. A son appel , les gens de Cos et de Cnide chassèrent leurs garnisons royales et firent, de concert avec lui, une expédition contre Samos. Chios fut occupée, Colophon débarrassé de son tyran Épigone. L'escadre romaine, franchissant la passe de Clazomène, déboucha victorieusement dans les eaux de Pitané, au moment même où Mithridate, fuyant devant Fimbria, s'enfermait dans cette place, qui servait alors de port à Pergame (1).

Fimbria avait pris à peine quelques semaines de repos dans ses quartiers d'hiver de Bithynie. Au printemps 85, il se remettait en mouvement pour conquérir la province d'Asie. Mithridate, qui avait commis l'année précédente la faute irréparable de laisser la Bithynie dégarnie de troupes, tenta du moins de barrer aux Romains la route de Pergame. Le prince royal, Mithridate, rappelé du Pont , fut placé à la tête d'une armée , chargée de défendre la Phrygie hellespontienne ; on lui adjoignit quelques mentors expérimentés, Taxile, Ménandre et Diophante lui-même, le glorieux vétéran des guerres de Crimée (2). Le 5 premières escarmouches, qui paraissent avoir eu lieu aux environs de Prusa, se terminèrent à l'avantage des Royaux; Fimbria dut se retirer dans une position fortifiée , couvrant ses flancs par deux levées de terre et son front par un fossé. La cavalerie royale, croyant r^nnemi tout à fait démoralisé, se risqua imprudemment dans

(1) Pour l'odyssée de Lucullus, voir surtout Plut., Lucullus, 2-3 (emprunté sans doute aux Commentaires de Sylla). L'épithète de (xeipàxiov appliquée à Ptolémée Lathyre, qui régnait depuis 30 ans, est un lapsus de Plutarque. Voir encore Appien, Mith. 33 ; 56 ; et, pour Tépisode de Cyrène, Strabon, fr. 6. MuU.

(2) Memnon, c. 34. S'il s'agissait du second Diophante, fils de Mitharès, Memnon l'eût indiqué comme au ch. 37.

BATAILLE DE MILÉTOPOLIS.

cette impasse; quand Plmbria la vit engagée à fond, il Tattaqua brusquement de tous les côtés à la fois, Tenveloppa et lui tua G,000 hommes (1).

Après ce désastre, qui le privait de sa force principale, le jeune Mithridate, désormais réduit à une stricte défensive, se posta sur la rive gauche du Rhyndacos, près de Milétopolis, pour disputer à Fimbria le passage du fleuve. Cette fois encore, le Romain usa d'un stratagème. Il leva son camp avant Taube, profitant d'une pluie et d'un brouillard, épais, franchit le fleuve à Timproviste et tomba dans les lignes des Royaux où tout dormait encore. Ce ne fut pas une bataille, mais une tuerie. L'infanterie pontique fut anéantie; le prince royal s'échappa avec ses mentors et quelques escadrons de cavalerie, et vint lui-même apporter- à son père la funeste nouvelle (printemps 85) (2).

Fimbria poursuivit sa victoire avec une activité foudroyante. La plupart des villes qu'il rencontra sur son chemin lui ouvrirent leurs portes, considérant la cause du roi comme désespérée; cette soumission ne les préserva pas toujours d'un mauvais traitement. C'est ainsi qu'à Cyzique Fimbria jeta en prison les bourgeois les plus opulents de la ville, en choisit deux qu'il condamna sous des prétextes futiles, les fit battre de verges, puis décapiter; les autres, intimidés par cet exemple, rachetèrent leur vie en faisant abandon de tous leurs biens (3). Quand ce furibond, coupant droit à travers la Mysie, parut devant les portes de Pergame, à la tête de ses légions triomphantes, il trouva la capitale déjà évacuée par Mithridate; le roi, renonçant à la lutte, s'était réfugié dans le port fortifié de Pitané, d'où il manda à lui toutes ses escadres disséminées dans l'Archipel. Fimbria ouvrit la tranchée devant Pitané en même temps que l'escadre de Lucullus se montrait au large, débouchant du canal de Chios. Si les deux généraux romains avaient pu s'entendre pour bloquer étroitement Pitané par terre et par mer, Mithridate était pris et la guerre terminée d'un seul coup. Fimbria adressa à l'amiral

(1) Frontin, Stratag. III, 17, 5.

(2) Memnon, loc. cit. Le lieu de la bataille, Milétopolis, est indiqué par Orose, VI, 2, 10. La Chronique capitoline (C. I. G. 6855 d) nomme Cyzique, qui n'en est guère éloignée. Le Rhyndacos est mentionné par Frontin, loc. cit. Quant à la date, elle n'est indiquée expressément que par la Chronique, dont les indications, d'ailleurs sans grande autorité, ont été mal comprises par Boeckh.

(3) Diodore, fr. XXXVIII, 8, 3.

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