‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 161 sur 417 · ODYSSÉE DE LUCULLUS · texte numérisé non relu

ODYSSÉE DE LUCULLUS

Les courriers d'Archélaos trouvèrent Mitliridate dans des dispositions d'esprit favorables à une entente. En fait, la plupart des provinces dont le Romain réclamait la cession étaient déjà perdues : la Grèce et la Macédoine au pouvoir de Sylla, la Bithynie conquise par Fimbria, la Galatie et une partie des villes d'Asie en pleine insurrection. Si sombre que fût la situation, le roi fit pourtant une dernière tentative pour conserver un lambeau de ses conquêtes. Il engagea sous main des négociations avec Fimbria et envoya auprès de Sylla une ambassade chargée de répondre qu'il acceptait toutes les conditions de Délion, sauf deux : la clause relative aux 70 vaisseaux et celle qui concernait la Paphlagonie. Il insinuait que, si on le poussait à bout, il trouverait à traiter avec Fimbria à meilleur compte. La menace portait juste et le moindre succès du roi aurait pu la rendre efficace; malheureusement, pendant que les ambassadeurs de Mithridate étaient en route, les événements se précipitèrent en Asie à son détriment : son dernier gage, le royaume de Pergame, fut envahi de deux côtés à la fois, au nord par Fimbria, au sud par Lucullus.

On se souvient que Lucullus, questeur de Sylla, avait été détaché par celui-ci pendant l'hiver 87-86 à la recherche d'une Hotte. Son odyssée fut longue et laborieuse. Parti par une mer démontée, à la tête de trois brigantins grecs et d'autant de birèmes rhodiennes, il trompa d'abord la surveillance de la croisière pontique, et toucha terre en Crète ; là il réussit à déjouer les efforts de la diplomatie de Mithridate et sut ramener l'île à une neutralité bienveillante pour Rome. De Crète il passa à Cyrène, où régnait depuis dix ans une anarchie effroyable; les partis, bourgeois, paysans, métèques et juifs, le prirent pour arbitre et acceptèrent son règlement. Ce fut provisoirement son dernier succès. Pendant qu'il naviguait le long de la côte africaine , il tomba dans une embuscade de pirates qui lui enlevèrent la plupart de ses bâtiments; il atteignit Alexandrie sain et sauf, mais presque seul. Là Ptolémée Lathyre, récemment rétabli sur le trône, tout en lui faisant un brillant accueil, refusa net de sortir de sa neutralité; il se contenta d'offrir à l'amiral romain une escorte de navires de guerre pour l'amener à Chypre. En longeant la côte phénicienne, Lucullus s'y procura quelques bâtiments dans les rares villes maritimes qui n'étaient pas inféodées aux pirates ; mais il ne se sentait pas la force de risquer la lutte contre l'esca-

Page 1