ESSOR ET ÉPREUVES DES COLONIES GERUEQCS
La race active et patiente des colons helléniques , à la fois laboureurs, industriels et marchands, fit vraiment merveille sur ce rivage peu hospitalier. Les mauvaises rades envasées par les torrents, ouvertes aux tempêtes du nord, furent converties en ports spacieux et profonds, abrités par des jetées massives. On acheta ou on loua aux chefs barbares le mince ruban de plaine et de coteau qui s'étendait jusqu'au pied des montagnes (1) ; pas un pouce de terre arable ne fut dédaigné par la charrue. On suppléait à Finsuffisance des récoltes par la pêche du thon ; la graisse des dauphins tenait, au besoin, lieu d'huile; on allait chercher, contre les produits du pays, le froment du Bosphore cimmérien, colonisé, lui aussi, par des Ioniens. L'hostilité des naturels croissait avec les richesses des colons ; il fallut ceindre de murailles les moindres bourgades (2) , escorter militairement les caravanes. Trébizonde était en lutte continuelle avec les Driles du voisinage (3), Sinope guerroyait et négociait tour à ; tour avec les Paphlagoniens (4). Sous l'aiguillon d'un quivive incessant, la race hellénique, dans ces avant-postes éloignés de son domaine , déploya ses plus belles qualités d'énergie et de persévérance, et sut, chose plus rare, réprimer ses tendances innées au particularisme jaloux et à l'émiettement politique. Encore à la fm du v^ siècle, les colonies de Sinope recon- ^ naissaient l'autorité de la métropole et lui payaient tribut ; groupées j en un solide faisceau, elles se défendaient d'autant mieux contre l'ennemi commun, le barbare.
Les Hellènes du Pont se montrèrent capables de résister, du haut de leurs bonnes murailles, aux attaques mal combinées des dynastes indigènes, Paphlagoniens ou autres; parfois même, comme à Héraclée, ils imposaient un tribut ou le servage aux populations voisines ; mais ils ne pouvaient, sans un secours étranger, maintenir à la longue leur indépendance contre la puissance formidable des Perses. Gomme leurs frères de la côte égéenne, ils firent une première fois leur soumission à Cyrus ; ils restèrent à l'écart de la grande insurrection ionienne, où succombèrent leurs principales métropoles, Milet et Phocée, et reçurent, sans doute sous
(1) Xénophon, Anab. V, ô, 9 (Cotyora).
(2) Les fortifications d'Harméné étaient passées en proverbe (Strabon XII 3, 10). (o) Xénophon, Anab. V, 2, 1.
(•4) Xénophon, Anab. V, 5, 12; Énée poliorcète c. 40.