MITHRIDATE ET LA RELIGION
perles, surmontée d'une horloge ». Ajoutez à ces nomenclatures les pots et vases de myrrhe (1), les objets de toilette de la reine d'Égypte, Cléopâtre, confisqués à Cos (2) , le lit de Darius (3), la chlamyde d'Alexandre (4), mille autres curiosités ou reliques intéressantes. Les objets de musée servaient de modèles aux orfèvres et aux fondeurs du roi : le vase de bronze offert par Mithridate au gymnase des Eupatoristes d'Athènes est venu jusqu'à nous et peut donner une idée du goût noble, de l'admirable exécution de sa vaisselle (5).
Les lettres, les sciences, les arts ne remplissaient pas seuls les loisirs de Mithridate; la religion réclamait sa part dans cette vie si occupée. Croyant ou sceptique (6), — c'est un point que les documents ne permettent pas de décider, — Mithridate remplissait consciencieusement ses fonctions de chef et de protecteur des églises nationales. La religion cappadocienne fut scrupuleusement respectée : comme ses ancêtres, le roi s'abstint de toucher aux trésors et aux privilèges du temple de Comana : seulement il écarta l'ancienne dynastie des prêtres héréditaires, descendue des premiers rois de Cappadoce, et conféra ce sacerdoce lucratif à son favori Dorylaos (7). Les cultes grecs, auxquels Mithridate avait été initié dès son enfance (8), trouvèrent aussi en lui un protecteur libéral. Les temples d'Amisos, de Délos, de Némée, de Delphes, étaient pleins de ses offrandes. A Éphèse, il élargit, après l'avoir violé, le droit d'asile du temple
des trophées de Pompée provenait d'autres sources que des gazophjdacies de Mithridate.
(1) Pline, îoc. cit., 18.
(2) Appien, Mith. 23 : xôo-jxou; YU''atx£iou;.
(3) Appien, Mith. IIG.
(4) Appien, Mith. 117.
(6) Nous avons reproduit ce vase en héliogravure, pl. III.
(G) Orose VI, 5, après avoir prêté à Mithridate mourant un discours qui commence par ces mots : Vos, si estis, di patrii , precor, et ajouté qu'il était hovio omnium super stitiosissimus, commente longuement cette contradiction ; il conclut que Mithridate avait reconnu l'inanité des faux dieux sans s'élever à la connaissance du Dieu véritable. C'est un chrétien à qui la grâce a manqué !
(7) Au temps de César on voit un certain Lycomède réclamer la prêtrise de Comana comme descendant des C( anciens rois de Cappadoce » {Bell. alex. GG.). Il s'agit, peut-être,non . comme je l'ai supposé ailleurs, d'un descendant des Ariarathe, mais d'un personnage issu des vieux rois-prêtres du temps de l'Etat leucosyrien.
(8) Aïo xai TÔÎ)v kpwv -i^aGsTO twv 'EXXrjVixwv. Appien, Mith. 112.
Vase de Mithridate
dit (( Cratère des Eupatonstes " ( Rome, Musée Capitolin. )