‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 239 sur 417 · CULTE PERSE DE MITIIRIDATE · texte numérisé non relu

CULTE PERSE DE MITIIRIDATE

d'Artémis (1); au Bosphore, il célébra les fêtes de Déméter (2).

Toutefois, si Mithridate affichait des sympathies politiques pour le polythéisme hellénique, son véritable culte, son culte officiel était celui qu'avaient pratiqué ses ancêtres iraniens. Sur ses monnaies, comme sur celles de ses prédécesseurs, figurent le soleil et la lune, emblèmes des divinités populaires de l'Iran. Le dieu suprême du mazdéisme, le dieu de Cyrus et de Darius, Ahura Mazda, est aussi le dieu suprême de Mithridate. En 81 , après avoir chassé les Romains de la Cappadoce , Mithridate offre à ce dieu un sacrifice solennel, à la mode des anciens Achéménides. <f Sur le sommet d'une haute montagne, on dresse une immense pile de bois; le roi lui-même pose la première bûche. Audessous et tout autour de ce bûcher, on en élève un second, plus bas. Sur le premier, on apporte du lait, du miel, du vin, de l'huile, des aromates de tout genre; sur le second, des mets et des boissons pour toute l'assistance. Le banquet terminé, on allume le bûcher; la flamme monte, immense, visible à mille stades (quarante lieues) à la ronde, et pendant plusieurs jours l'embrasement de l'air ne permet pas d'approcher de la montagne » (3). Ce sacrifice grandiose fut renouvelé quelques années après, en 73, quand Mithridate envahit la Bithynie; à la même occasion , il offrit à Poséidon un char attelé de quatre chevaux blancs qu'il précipita dans la mer (4).

A côté de ces imposants appels à la protection divine, Mithridate ne dédaignait pas les petits moyens propres à soulever le voile du destin. Il parait avoir partagé la foi de ses contemporains dans les présages et les rêves : des devins et des interprètes de songes faisaient partie de sa suite, même en campagne, et les Romains trouvèrent parmi ses papiers secrets des « clefs de songes », qui expliquaient les visions du roi et celles de ses femmes. Toutefois, il est permis de douter que les visions prophétiques aient eu sur les plans militaires de Mithridate Finlluence

(1) L'étendue de l'enceinte sacrée avait été limitée par Alexandre à un stade; Mithridate la fixa à une portée de flèche à partir du sommet, ce qui, d'après Strabon, dépassait un peu le raj-on d'un stade (Strabon XIV, 1, 23).

(2) Orose VI, 5, 1.

(3) Appien, J/iïA. 65; il appelle le dieu Zsùç iTpaTi'oç (cp. l'inscription d'Amasie, Acad. de Berlin, 1888, p. 892, n» 72). L'autel-bûcher paraît représenté sur certains bronzes impériaux d'Amasie. Cf. le sacrifice de Xerxès à Ilion , Hérodote VII, -±4.

(4) Appien, Mitli. 70.

RESIDENCES ROYALES; AMASIE.

que lui attribuent des traditions suspectes (1), avidement recueillies par les auteurs grecs et romains.

Pour achever le portrait de Thomme, il faut maintenant le replacer dans son milieu : sa cour, son harem , sa famille.

Mithridate avait de nombreuses résidences, dont il changeait suivant les saisons. Le palais de Sinope était le plus considérable, Fendroit où il faisait les plus longs séjours; venait ensuite celui d'Amisos. Pharnacie, Eupatoria possédaient également des châteaux royaux. Un palais d'été s'élevait au bord du lac Stiphané, un autre à Cabira dans la fraîche vallée du Lycos , au milieu d'un magnifique parc de chasse dessiné sur le modèle des anciens « paradis » des Achéménides. Le Château-Neuf, à 200 stades de Cabira, sur un rocher inaccessible, renfermait les archives du roi, sa correspondance secrète (2).

L'ancien palais de Gaziura, résidence du premier Ariarathe, parait avoir été abandonné à cette époque; mais sa voisine, Amasie, la capitale des premiers Mithridate, comptait toujours parmi les résidences royales. Rien de plus pittoresque que la situation de cette antique métropole, la patrie du géographe Strabon, qui la décrit en ces termes : « Ma ville natale est bâtie dans une grande et profonde gorge où coule le fleuve Iris : la nature et l'art ont marqué cet emplacement pour une ville et une forteresse. Un rocher élevé, abrupt, descend à pic vers le fleuve, entouré d'un mur qui longe la rive de l'Iris, où est bâtie la ville; ce mur grimpe ensuite sur la paroi du rocher jusqu'aux deux cimes jumelles que couronnent des tours d'un travail admirable : dans cette enceinte fortifiée s'élèvent le palais et les tombeaux des rois. Les cimes sont accessibles par une sorte d'isthme extrêmement étroit; pour y arriver, en partant soit du fleuve , soit des faubourgs, il faut d'abord monter pendant cinq ou six stades; d3 là jusqu'au sommet il y a encore une montée d'un stade, fort raide, et qu'une armée ne saurait forcer. Les défenseurs de l'acropole disposent d'une prise d'eau , impossible à intercepter, qu'alimentent deux

(1) Les philosophi d'Orose, VI, 4, 6 et 5,7, sont probablement des devins. Clefs de songes au Château-Neuf : Plutarque, Pomp. 37. Mithridate lève le siège de Patara à la suite d'une vision : Appien, Mith. 27. Son rêve avant la bataille de Nicopolis : Plut., Pomp. 32.

(2) Palais de Sinope : Diodore XIV, 31 ; Strabon XII, 3, 11. Amisos : Cicéron, Pro lege Manilia , VIII, 21. Pharnacie : Plutarque, Luc. 18. Cabira : Strabon XII, 8, 30. Gaziura : ib. 15. Stiphané-Laodicée? : ib. 38. Château-Neuf (Kaivôv x<*>piov) : ib. 31.

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