SÉPULTURE DE MITHRIDATE
vingt-cinq ans auparavant, avaient livré l'ambassadeur Aquilius, furent également, à cette occasion, remis au vainqueur. Pompée récompensa royalement les meurtriers : Pharnace reçut l'investiture du royaume de Bosphore, avec le titre d'ami et allié du peuple romain; le Rhodien Castor, qui avait donné le signal de la défection, obtint le même titre; Phanagorie fut déclarée ville libre (1). Quant aux fils et aux filles de Mithridate , à son général de cavalerie, Ménandre de Laodicée, à la foule des officiers et des courtisans captifs, ils furent dirigés vers l'Italie pour orner, le 28 septembre 61 , le fastueux triomphe de Pompée (2).
Le corps de Mithridate avait été embaumé , mais la tête , dont on avait négligé de dessécher le cerveau, était déjà décomposée et méconnaissable; cependant l'identité ne faisait aucun doute : les cicatrices du corps, le témoignage du vieux Gaios d'Amisos, ancien camarade d'études de Mithridate, suffisaient à convaincre les plus incrédules. Pompée se fit montrer ses armes et ses vêtements (3), mais, par un scrupule superstitieux, il refusa de voir le cadavre. Il ordonna d'ensevelir Mithridate dans la nouvelle nécropole royale de Sinope, à côté de ses parents et de ses fils.
Ainsi se reposa pour la première fois le vieux lutteur qui pendant près d'un demi-siècle avait bataillé pour l'indépendance de l'Asie et si souvent balancé la fortune de Rome. La terre qui porta son berceau lui offrit aussi l'asile suprême de la tombe. Aujourd'hui l'antique et glorieuse cité milésienne, qu'il avait tant aimée, n'est plus qu'un bagne et un lieu d'exil. La ville subsiste encore, dans sa situation incomparable, mais amoindrie, déchue, désertée de plus en plus par les marchands et par les navires. Du palais et de la nécropole, tout a disparu : à peine quelques fragments de marbre et une mosaïque banale marquent-ils l'emplacement présumé de la résidence royale, dont un champ de blé recouvre, dit-on, les fondations (4); au milieu, iin seul arbre, décharné et tordu par la tempête, allonge ses rameaux chauves et
- (l)Appien, Mith. 113,114.
(2) Sur ce triomphe : Appien, Mith. 116; Plutarque, Pomp. 45; Diodore, XL, fr. 4; , Pline, VII, 26, 97 ; XXXIII, 12, 151 ; XXXVII, 2 , 16 ; Liv. ep. 103.
(3) La tiare fut donnée secrètement par Gaios à Faustus Sylla, fils du dictateur; le précieux baudrier, volé par un certain Publius (IIoTiÀtoç), fut vendu au jeune Ariarathe, sans doute le petit-fils d'Ariobarzane 1% qui était aussi le petit-fils d'Eupator {supra ^ p. 298). Plus tard Pharnace châtia les deux coupables.
(4) Lydie Paschkoff, Tour du monde, 1889, p. 404.