EFFET DE LA NOUVELLE
Elle parvint à Pompée au fond de la Judée, devant les murs de Jéricho, suivant les uns (1), sur la route de Pétra, suivant les autres (2). Le général faisait une promenade à cheval aux environs du camp lorsqu'on vit apparaître des courriers tout poudreux, des lauriers au bout de leurs lances. A la vue de ce symbole de victoire, un frisson de curiosité parcourt les rangs de la troupe; on se presse autour de Pompée, on le supplie de descendre de cheval et de prendre connaissance des dépêches, sur-le-champ, sans observer les formalités d'usage. Il se rend au vœu des soldats. Au lieu du tertre de gazon traditionnel, on improvise une estrade avec des harnais, des selles et des bâts amoncelés. Pompée y monte, ouvre les lettres, et en donne lecture à haute voix. Elles annonçaient la mort de Mithridate , l'avènement de Pharnace, sa soumission sans réserve au peuple romain. Aussitôt la joie de l'armée éclate en longues acclamations. Le lendemain les fêtes et les sacrifices célèbrent la catastrophe de Panticapée comme la plus glorieuse des victoires, et Pompée écrit au Sénat que la guerre est terminée (3). A Rome, le sentiment de délivrance ne fut pas moins vif qu'à l'armée : sur la proposition du consul Cicéron on décréta une supplication de dix jours (4).
L'impression populaire était juste : avec la disparition de Mithridate, non seulement s'évanouissait le cauchemar d'une invasion de l'Italie, mais encore la résistance de l'Orient hellénique était définitivement brisée, et la frontière romaine reculée pour des siècles jusqu'à l'Euphrate. Les affaires de Syrie une fois réglées. Pompée s'empressa de retourner dans le Pont, où les dernières gazophylacies de Mithridate l'attendaient pour capituler (5). A Amisos il trouva une ambassade de Pharnace (G); elle lui apportait les présents d'usage, la dépouille mortelle de Mithridate et celles de ses dernières victimes royales. Des otages grecs et barbares en grand nombre, les survivants des Mityléniens qui,
rem comme à Pharnacie, etc.); Orose VI, 5 (vaine déclamation); Servilius Damocratès, llieriaca, v. 100-105 (Poetae bucolici Didot, III, p. 120). Ce dernier récit, le plus ancien que nous possédions (l'auteur était contemporain d'Auguste et de Tibère, Pline, XXIV, 7,49), s'accorde entièrement avec Appien.
(1) Josèphe, Ant.jud. XIV, 3, 4 (sans doute d'après Strabon).
(2) Plutarque, Pomp. 41.
(3) Appien, Mitli. 113.
(4) Cicéron, Deprov. consul. XI, 27. Cf. Pro Marena, XVI, 34.
(5) Dion XXXVII, 14.
(6) D'après Appien la galère débarque à Sinope. J'ai suivi Plutarque.