MITHRIDATE ÉVERGÈTE
11 Y avait, dans cette guerre à demi heureuse, à la fois un avertissement pour Rome et une leçon pour le Pont. Celle-ci du moins ne fut pas perdue. Bien que la diplomatie romaine, avec son va-et-vient perpétuel de commissions, ses négociations dilatoires et ses tentatives de médiation infructueuses, n'eût pas joué dans toute la campagne un rôle précisément glorieux, l'issue prouvait que la solution de toutes les affaires asiatiques devait désormais être cherchée à Rome. Bon gré mal gré, Pharnace lui-même avait dû reconnaître le fait de la suzeraineté romaine en chargeant ses ambassadeurs de plaider sa cause devant le sénat. Puisque la clientèle, avec ses humiliations, mais aussi avec ses garanties, était dorénavant le seul moyen offert aux rois d'Asie, petits ou grands, de garder leurs possessions et, le cas échéant, (le les agrandir, mieux valait accepter franchement cette sujétion lucrative que de la subir en maugréant. Le frère et successeur de Pharnace, Mithridate Philopator Philadelphe (169-121 av. J.-C), comprit les temps nouveaux. Ce prince joignait à l'ambition inquiète de son prédécesseur une intelligence plus large et des goûts plus policés. Comme soldat et comme diplomate, il fut le digne précurseur de son fds Eupator. 11 créa la marine militaire du Pont ; il renouvela les cadres de son armée en faisant embaucher par son général Dorylaos le Tacticien (un Grec d'Amisos) de nombreux mercenaires grecs, crétois ou thraces (1). En même temps, il ne négligea aucun moyen de se concilier les sympathies de l'hellénisme : il transféra sa résidence d'Amasie à Sinope, il multiplia ses largesses envers les temples de Délos, les gymnases d'Athènes (2) au point de mériter le surnom à^Évergête, « le Bienfaiteur ». 11 se garda de rompre l'alliance héréditaire avec les Séleucides, — sa femme était une princesse syrienne, — mais dès le début de son règne il se fit inscrire au nombre des amis et alliés de Rome (3), et sa conduite montra qu'il entendait remplir loyalement les charges de la clientèle. En 156, il secourut le roi de Pergame, Attale II, contre une agression brutale de la Bithynie (4); en 149, lors de la dernière guerre punique, il assista
(1) Strabon X, 4. 10, Pour l'origine de Dorylaos, cf. l'insc. délienne, App. II, n" î).
(2) Inscr. délienne, App. II, no 3.
(3) Inscr. capitoline, App. II, 2. Appien, ^^lth. 10.
(4) Polybe fr. XXXIII, 10, 1.