‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 348 sur 417 · HISTORIOGRAPHES DE MITHRIDATE, MÉTRODORE · texte numérisé non relu

HISTORIOGRAPHES DE MITHRIDATE, MÉTRODORE

Sans doute, Théophane respectait trop son métier d'historien pour inventer de toutes pièces des campagnes imaginaires, comme le firent, à distance, les commentateurs des placards triomphaux : il ne parlait, ce semble, ni de la prétendue expédition en Médie , ni de la prétendue guerre de Gommagène ; il avouait que Pompée n'avait atteint ni la mer Gaspienne, ni la mer Rouge. Mais, s'il s'abstenait en général des grossières contre-vérités de ce genre, Théophane ne reculait ni devant les embellissements poétiques, ni, à l'occasion, devant les faux : témoin sa description du séjour des Amazones (fr. 3 Miiller) et la prétendue lettre, déjà citée, qu'il attribuait à Rutilius (Plutarque, Pomp. 37). Strabon savait gré à Théophane de son intérêt pour les choses géographiques (1), mais les indications du biographe officieux n'étaient rien moins que sûres : il se trompait de moitié sur les dimensions de l'Arménie (fr. 5), il plaçait la source du Tanaïs dans le Gaucase (fr. 2) etc.. Sans être tout à fait étranger au métier des armes (à Pharsale, il exerça les fonctions de prœfectus fabrorum, Plut. Cic. 38), Théophane manquait de clarté et de précision topographique dans le récit des opérations militaires : aussi la campagne compliquée de l'an 66, dont son livre offrait le récit classique, est-elle restée à peu près inintelligible. Malgré tant de défauts, Théophane fit, avec raison, autorité pour l'expédition de Pompée; Strabon, Plutarque l'ont pris pour guide, et Tite-Live, qu'a suivi Dion Gassius, ne devait pas l'avoir négligé.

14. Les historiens que nous venons de mentionner avaient tous écrit dans un sens favorable aux Romains, et c'est ce qui les a recommandés à leurs successeurs de l'époque impériale. Dans le camp opposé , nous trouvons d'abord les historiographes officiels de Mithridate , poètes et prosateurs, qui formaient autour de lui toute une petite cour (2). Les noms mêmes de ces littérateurs courtisans ont péri, à l'exception de celui Ésope, lecteur ordinaire du roi, auteur d'un Éloge de Mithridate (3) qui ne devait guère être plus digne de foi que son Éloge d'Hélèiie. Un personnage plus considérable de ce cercle était le philosophe Métrodore de Scepsls, le « père du roi », dont il a souvent été question. Métrodore avait écrit une Histoire de Tigrane en plusieurs livres (Scol. Apoll. Rhod. IV, 133) oii ses connaissances géographiques, son brillant talent d'écrivain et sa misoromie avaient dû se donner libre carrière. L'ouvrage ne descendait en aucun cas plus bas que l'an 70, époque de

(1) Cf. Fabricius, Theophanes von Jifitylem und Q. Ddlius als Quellen der Géographie des- Strabons, diss. Strasbourg, 1888.

(2) Orose YI, 4 : Rex... relictus ab omnibus amicis , philosophîs , scriptorîbus rernm vel carminum,

(3) Suidas s. v. AiawTio;.

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