THÉOPHANE
12. Los campagnes de LucuUus avaient inspiré, comme celles de Pompée, plusieurs biographes grecs et latins (Cic, Acad, prior., II, 2, 4), mais nous n'en connaissons, outre Népos, qu'un seul : le poète Archias d'Antioche, le célèbre client de Gicéron. Archias, qui s'était fait la main en chantant les exploits de Marins contre les Gimbres (Gicéron, Pro Archia, IX, 19), accompagna Lucullus dans toutes ses campagnes, et peu après son retour (66) publia, en l'honneur de son patron, un poème épique qu'on connaissait déjà en 62 av. J.-G. L'ouvrage embrassait, d'après Gicéron, totum IMithridaticum hélium, c'est-à-dire, comme le montre l'analyse qui suit {Pro Archia, IX, 21), toute la série des succès de Lucullus depuis le siège de Gyzique jusqu'à la bataille de Tigranocerte. Il est peu probable qu'Archias ait poussé son récit plus loin; son ami Gicéron eût été là pour le retenir si son instinct de panégyriste ne l'avait pas arrêté (1). La matière choisie par Archias était belle et variée. Le poète syrien avait sans doute tâché de l'embellir encore par toutes les ressources ordinaires du merveilleux épique : apparitions, songes, présages, prodiges; cet habillage, si singulier que cela puisse sembler à notre goût moderne , n'empêcha pas les historiens postérieurs, depuis Tite-Live jusqu'à Plutarque, de puiser largement dans cette Luculliade comme dans une source historique. Salluste et Archias, voilà aux yeux des auteurs de l'époque impériale les deux grandes autorités contemporaines pour l'histoire de Lucullus : l'un a fourni le fond, l'autre les hors-d'œuvre ^2).
13. Presque en même temps que le poème d' Archias (3) paraissait l'histoire des campagnes de Pompée en Orient par son biographe ordinaire, Théophane de Mitylène (4). Bon courtisan et diplomate retors, qui à force de services et d'insistance sut obtenir de son patron la restauration de sa patrie, Théophane avait accompagné Pompée dans toute son expédition, et s'il suffisait d'être bien informé et bien doué pour prendre rang parmi les grands historiens, nul, plus que Théophane, n'aurait eu de droits à ce titre. Malheureusement le souci de la vérité était la moindre préoccupation de ces deux collaborateurs, le héros et l'homme de lettres, dont l'un fournissait les documents, l'autre les louanges.
(1) Cp. Pro lege Manilia , IX, 25 (en parlant de la bataille de Gaziura) : Sinite hoc loco , Quirites j sicut jjoctœ soient, qui res Eomanas scribunt , prœterîre me nostram caïamitatem.
(2) Pour plus de détails touchant le poème d'Archias et son influence sur Plutarque, voir ma thèse latine De Archia poeta, livre 2.
(3) Déjà dans le Pro Archia, c. 10, Gicéron appelle Théophane c( le biographe (scriptoreni rerurrî) de Pompée ï).
(4) Fragments chez Muller, II, p. 312 sq. Une inscription lesbienne récemment découverte (Fabricius, Ath. Jlitth., IX, 87) mentionne un Cn. Pompéius Théophane, fils d'Hieroitas (cp. Mionnet III, 47, n^s 112-113) « sauveur et bienfaiteur. » L'éditeur croit avec raison qu'il s'agit du célèbre Théophane; cf. pour sa postérité Kaibel, Ephemeris epig., II, 19.