‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 36 sur 417 · PROJETS DE MITHRIDATE ÉVERGÈTE · texte numérisé non relu

PROJETS DE MITHRIDATE ÉVERGÈTE

bassadeurs bithyniens et politiques semèrent l'or à pleines mains dans la curie, dans le forum. En 123 ou 122, Caïus Gracchus, tribun de la plèbe, porta l'affaire devant le peuple et arracha tous les masques. Il s'agissait d'une loi Aufeia, qui attribuait la province litigieuse au roi de Pont : « Ceux qui défendent le projet, dit Gracchus, rappelant un mot fameux de Démade , sont vendus à Mithridate ; ceux qui le combattent, sont vendus à Nicomède; ceux qui se taisent, reçoivent de l'argent des deux mains et trompent tout le monde (1). » La conclusion du fougueux tribun se devine sans peine : l'équilibre politique de l'Asie , l'intérêt financier de Rome ne permettaient pas de se dessaisir d'un aussi riche morceau que la Phrygie ; il fallait qu'elle vînt grossir le butin des fermiers de l'impôt asiatique, cette classe mercantile des chevaliers dont Gracchus faisait le pivot de sa réforme constitutionnelle. Le manque de foi était si impudent que le peuple romain mit quelque temps à s'y convertir; il ne se décida qu'en 116 (2), quand ni Gracchus ni Mithridate Évergète n'existaient plus : la Phrygie fut alors nominalement déclarée libre, mais en réalité rattachée à la province d'Asie , comme la Grèce « libre » l'était à celle de Macédoine (3).

Pendant que ces négociations peu édifiantes se poursuivaient à Rome, Mithridate Évergète avait continué à déployer en Asie une merveilleuse activité. En Cappadoce, il profita de l'anarchie prolongée qui suivit la mort du grand roi Ariarathe Philopator pour envahir le pays et en tenter la conquête (4) ; il ne se retira qu'après avoir assuré son influence par le mariage de sa fille aînée Laodice avec le jeune roi, Ariarathe Épiphane, devenu maître effectif du royaume par le meurtre de sa mère (5). En Paphlagonie, la dynastie de Gangra venait de s'éteindre avec un roi qui, par un souvenir érudit de V Iliade, s'était affublé du nom de Pylémène; dans son testament, Pylémène, gagné par les largesses de son voisin Mithridate, le désigna pour son héritier (6). En Galatie, le roi de

(1) Aulu-Gelle XI, 10.

(2) Sur le rapport du consul C. Licinius Geta. Cf. rinscription, App. II, 4.

(3) Appien, Mith. 11 (avec renvoi aux Hellemca perdus); 12; 57 : Trogue Pompée chez Justin XXXVIII, 4-7. Ces auteurs sont d'accord pour placer la confiscation de la Phrygie . pendant la minorité d'Eupator.

(4) Appien, MitU. 10.

(5) Justin XXXVIII, 1.

(0) Justin XXXVII, 4; XXXVIII, 7.

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