‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 45 sur 417 · GUERRES DE L'EUXIN · texte numérisé non relu

GUERRES DE L'EUXIN

La péninsule de Crimée ou, comme l'appelaient les anciens, la Chersonèse Taurique, « ce fin médaillon oriental suspendu au cou de la géante Russie » , attira de bonne heure les commerçants, puis les colons helléniques, par rexcellence de ses ports, par sa situation incomparable au seuil de la Scythie dont tous les grands fleuves convergent vers elle, enfin par les produits variés d'un sol fertile et d'une mer poissonneuse. Les visiteurs modernes vantent surtout la côte sud-est, long ruban de 180 kilomètres, qui se déroule entre la mer et la muraille des monts Tauriques {Yaïla-dagh) , prolongement du Caucase. Les courtes et riantes vallées qui s'ouvrent dans la chaîne côtière ont un climat tout méditerranéen, une végétation luxuriante : c'est la Corniche de FEuxin. Mais ce coin de terre fortuné était peu visité, mal cultivé il y a vingt siècles : chaque crique d'azur cachait un nid de pirates; l'homme farouche gâtait la nature clémente. La plaine du nord, aux environs de l'isthme de Pérékop, n'était guère plus fréquentée; ses landes nues, continuation du steppe scythique, ses marécages broussailleux, où se perdent les contours vaseux du golfe Putride, ne conviennent qu'à la vie nomade du pasteur et du chasseur. L'hiver, long et rude, y soulève des tempêtes déneige; l'été est court, sec et brûlant. Le printemps seul ressuscite la vie : quelques fraîches ondées suffisent pour faire germer un tapis de longues graminées, pour embaumer le sol aride et salin de fleurs et de plantes aromatiques. Mais la vraie région agricole de la Crimée, c'est le centre et le sud, le versant septentrional de la

(1) Pour ces campagnes, nous sommes réduits aux indications occasionnelles de Strabon (VII, 3 : Scythie; VII, 4 : Crimée; XI,. 2 : Méotide, Colcliide ; XII, 3, 28 : Petite- Arménie), heureusement complétées, en ce qui concerne la guerre de Crimée, par la belle inscription de Chersonèse en l'honneur de Diophante (^Appendice II, n^ 11). Voir aussi Justin XXXVII, 3 ; XXXVIII, 7 ; Memnon, 30 et les dénombrements des armées de Mithridate chez Appien, Mith. 15 et 69. J'ai consulté avec fruit B. NiESE, Die Erwerhung âcr Kusten des Pontos durcît Mithridates VI, dans Eheinisches Muséum, XLII (1887), p. 659 suiv.

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