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LA CRIMÉE GRECQUE

chaîne Taurique, avec ses terrasses étagées, ses sources d'argent, célébrées par les poètes, ses clairs ruisseaux, ses forêts aujourd'hui trop clairsemées, et surtout son épaisse couche d'humus nourricière, cette « terre noire » qui fit de la Crimée un des greniers d'Athènes et, plus tard, de Rome (1).

La Crimée agricole projette vers ses extrémités deux appendices, deux Crimées en miniature : à l'ouest, la Petite-Chersonèse, plateau raviné, aux bords frangés d'anses profondes, devenu célèbre dans l'histoire contemporaine par le long drame de Sébastopol ; à l'est, une presqu'île plus importante, la Chersonèse trachée, rugueux champ de blé, que le détroit sinueux de Kertch (Bosphore cimmérien) sépare d'une langue de terre analogue , la presqu'île de Taman, formée par les alluvions du Kouban (Hypanis). Les anciens comptaient la Chersonèse trachée dans l'Europe , la presqu'île de Taman ou Sindique dans l'Asie; mais en réalité ces deux territoires sont plutôt unis que séparés par le Bosphore : les navires transportaient continuellement les colons et les denrées d'une rive à l'autre , et quand l'hiver étendait son pavé de glace sur la' mer d'Azov et le détroit cimmérien, les chariots remplaçaient les navires (2).

La Chersonèse trachée, vrai débouché de la Scythie, jadis occupée par les Cimmériens, fut peuplée dès le \f siècle par des colons ioniens (3), qui achetèrent le sol, moyennant une redevance modique, aux nouveaux maîtres de la Crimée, les Scythes ou Scolotes. Des émigrés de Milet fondèrent Panticapée, sur la rive européenne du Bosphore, des colons de Téos s'établirent à Phanagorie, sur la rive asiatique. A l'ouest, un peu en dehors de l'isthme de la Chersonèse trachée et déjà au seuil des monts ïauriques , s'éleva Théodosie , autre colonie de Milet ; tout au

(1) Inscription en l'honneur du légat propréteur de Mésie, Ti. Plautius Silvanus Aelianus, chez Orelli n"^ 750 ou Wilmanns 1145 : primus ex ea provincia magiio tritici modo annonam p (jopuli) r (omani) adlevavit. La date de ce gouvernement paraît être 50 ap. J.-C.

(2) Strabon VII, 3, 18; Hérodote IV, 28.

(3) Sur les colonies grecques de Crimée en général, voir K. Nkumaxn, I)ie Eellenen im Shythenlande, Berlin, 1855 (un seul vol. paru) ; Thiriox, De civitatihus quœ a Graecis in Cliersoneso taurica conditae f uerunt , Paris, Thorin, 1885; et surtout la remarquable introduction de Bœckh en tête de la Pars XI du Corpus insc, graec. II, 80 suiv. Pour l'archéologie, les Antiquités du Bosphore Cimmérien (par Gill et Stephani, 3 vol. in-f, Pétersbourg. 1854) et les Comptes rendus de la Commission impériale archéologique, Pétersbourg, 1859 suiv. Pour les inscriptions : Latychev, Inscriptiones antiquae orae septentrionalis Poniis Euxini, 1*'" fascicule, Pétersbourg, 1885.

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