SCENE VII
MONIME,XIPHARiS.
XlPHARÈS.
C^ue dirai-je. Madame; et comment dois-je entendre Cet ordre, ce discours que je ne puis comprendre l Seroit il vrai , grands Dieux ! que trop aimé de vous,, Pharnace eût, en effet, mérité ce courroux l Pharnacc auroit-il part à ce désordre extrême î
Monimi,
Pharnacc ? 6 Ciel ! Pharnacc Ah ! qu’cntends-je f moi même l
Ce n’est donc pas assez que ce funeste jour,
A tout ce que j’aimois m’arrache sans retour ,
Et que de mon devoir esclave infortunée ,
A d’éternels ennuis je me voie enchaînée ?
11 faut qu’on joigne encor Poutrage à mes douleutai
î» mithridate,
A l’amour de Pharnace on impute mes pleurs !
Malgré toute ma haine , on veut qu’il m’ait su plaire.. . Je le pardonne au Roi , qu’aveugle sa colcre ,
Et qui de mes secrets ne peut être éclairci >
Mais, vous. Seigneur, mais, vous, me traitez-vous ainsi ?
Ah! Madame, excusez un amant qui s’égare.
Qui, lui-même, lié par un devoir barbare.
Se voit près de tout perdre , et n’ose se venger Mais des fureurs du Roi que puis-je enfin juger?
11 se plaint qu’à ses vœux un autre amour s’oppose. Quel heureux criminel en peut être la cause ?
Qui l parlez.
Monime,
Vous cherchez , Prince, à vous tourmenter.
Plaignez votre malheur, sans vouloir l’augmenter.
Je sais trop quel tourment je m’apprête mai-même. C’est peu de voir un perc épouser ce que j’aime i Voir ençore un rival honoré de vos pleurs ,
Sans doute , c’est pour moi le comble des malheurs. Mais , dans mon désespoir , je cherche à les accroître. Madame , par pitié , faites-le moi connoître !
Quel est-il cct amant ? qui dois je soupçonner ?
Monime.
Avez-vous tant de peine à vous l’imaginer?
Tantôt, quand je fuyois une injuste contrainte,
A qui , contre Pharnace , ai-je adressé ma plainte 3
Sous quel appui tantôt mon coeur s’est-il jetté? Que! amour ai-je, enfin , sans colere écouté ?
X i phauès,
O Ciel ! quoi ! je scrois ce bienheureux coupable Que vous avez pu voir d'un regard favorable?
Vos pleurs pour Xipharès auroient daigné couler ?
Ouï , Prince; il n’est plus tems de le dissimuler î ïda douleur , pour se taire , a trop de violence.
Un rigoureux devoir me condamne au silence; iMais il faut bien , enfin , malgré scs dures loix , Parier pour la première et la derniere fois.
Vous m’aimez , dès-!ong-tems. Une égale tendresse , Pour vous, depuis long-tems , m’afflige et m’intéresse. Songez depuis quel jour ces funestes appas "Firent naître un amour qu’ils ne méritoienc pas. Rappeliez un espoir qui ne vous dura guère ,
Le trouble où vous jetta l’amour de votre pcrc ,
Le tourment de me perdre et de le voir heureux »
Les rigueurs d’un devoir contraire à tous vos vœux. T * *, |< ■*
Vous n’en sauriez , Seigneur , retracer la mémoire ,
Ni conter vos malheurs , sans conter mon histoire ;
Et lorsque ce matin j’en écoutois le cours ,
Mon cceur vous répondoit tous vos memes discours..,. Inutile , ou plutôt funeste sympathie l .. .
Trop parfaite union par le sort démentie !
Ah ! par quel soin cruel le Ciel avoit-il joint Deux coeurs que l’un pour l’autre il ne destinoit point ? Car, quel que soit vers vous le penchant qui m’attire , Je vous le dis, Seigneur, pour ne plus vous le dire.
ê 6 MITHRIDÀTE,
Ma gloire me rappelle et m’entraîne à l’Autel ,
Où je vais vous jurer un silence éternel....
J’entends , vous gémissez ; nuis telle est ma misere: Je ne suis point à moi , je suis à votre pere Dans ce dessein , vous-même , il faut me soutenir * Et de mon foible cœur m’aider à vous bannir.
J’attends du moins , j'attends de votre complaisance Que désormais par- tout vous fuirez ma. présence. J’en viens de dire assez pour vous persuader Que j’ai trop de raisons de vous le commander.
Mais après ce moment , si ce cœur magnanime D’un véritable amour a brûlé pour Monime ,
Je ne reconnois plus la foi de vos discours Qu’au soin que vous prendrez de m’éviter toujours. Xipharès.
Quelle marque, grands Dieux : d’un amour déplorablcï Conibicn , en un moment , heureux et misérable 1 De quel comble de gloire et de félicités ,
Dans quel abîme affreux vous me précipitez !
Quoi 1 j’aurai pu toucher un cœur comme le vôtre. Vous aurez pu m’aimer , et cependant un autre
Possédera ce cœur dont j’attirois les voeux r...,
( A part <
Pere injuste , cruel , mais d’ailleurs malheureux !...
A Monime )
A’ous voulez que je fuie, et que je vous évite?
Et cependant le Hoi m’attache à votre suite î Q ue dira-t-il i
Monime.
N’importe , il me faut obéir.
' Inventçi
Inventer des raisons qui puissent l’éblouir.
D’un Héros tel que vous c’est là l’effort suprême. Cherchez, Prince, cherchez pour vous trahir vousmême ,
Tout ce que , pour jouir de leurs contentemcns » L’amour fait inventer aux vulgaires amans.
Enfin , je me connois , il y va de ma vie.
De mes foiblcs efforts ma vertu se défie.
Je sais qu’en vous voyant un tendre souvenir Peut m’arracher du cœur quelque indigne soupir, Que je verrai mon ame, en- secret déchirée.
Revoler vers le bien dont elle est séparée ;
Mais je sais bien aussi que, s’il dépend de vous I)e me faire chérir un souvenir si doux ,
Vous n’empêcherez pas que ma gloire offensée K’en punisse aussi-tôt la coupable pensée ;
Ouc ma main dans mon cœur ne vous aille chercher , Pour y laver ma honte , et vous en arracher ...
Que dis-je ? en ce moment , le dernier qui nous reste , Je me sens arrêter par un plaisir funeste.
Plus je vous parle , et plus , trop foible que je suis ,
Je cherche à prolonger le péril que je fuis.
11 faut pourtant , il faut se faire violence »
Et, sans perdre en adieux un reste de constance,
Je fuis. Souvenez-vous , Prince , de m’éviter.
Et méritez les pleurs que vous m’allez coûter 1
Ah! Madame!...
(Monime tort,)