‹ Mithridate, tragedie de RacineChapitre 17 sur 107 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

MITHRIDATE , PHARNACE, XtPHARÉS , GARDES ,

dans le fond.

Mithuidatz.

( Ils s'asseient tous trois. )

A pprochïï, mes enfans.... Enfin, l’heure est venu* Qu’il faut que mon secret éclate à votre vue.

A mes nobles projets je vois tout conspirer »

Il ne me reste plus qu’à vous les déclarer.

Je fuis : ainsi le veut la fortune ennemie;

Mais vous savex trop bien l’histoire de ma vie ,

Pour croire que , long-temt, soigneux de me cacher » J’attende en ces déserts qu’on me vienne chercher.

La guerre a scs faveurs , ainsi que ses disgrâces.

Déjà, plus d’une fois retournant sur mes traces. Tandis que l’ennemi , par ma fuite trompé ,

Tenoit après son char un vain peuple occupé , ït , gravant en airain scs frêles avantages ,

De mes États conquis cnchaînoit les images ,

Le Bosphore m’a vu , par de nouveaux apprêts Ramener la terreux du fond de ses marais -,

4o MITHRIDATE, '

Et , chassant les Komains de l’Asie étonnée , Renverser, en un jour, l’ouvrage d’une année. D’autres tems , d’autres soins. L’Orient accablé Ne peut plus soutenir leur effort redoublé.

11 voit , plus que jamais , ses campagnes couvertes De Romains que la guerre enrichit de nos pertes.

Des biens des nations ravisseurs altérés ,

Le bruit de nos trésors les a tous attirés :

Ils y courent en foule ; et , jaloux l’un de l’autre , Désertent leur pays , pour inonder le nôtre.

Moi seul je leur résiste. Ou lassés , ou soumis ,

Ma funeste amitié pèse à tous mes amis.

Chacun à ce fardeau veut dérober sa tête.

Le grand nom de Pompée assure sa conquête.

C’est l’effroi de l’Asie- et, loin de l’y chercher , C’est à Rome, mes fils, que je prétends marcher.... Ce dessein vous surprend , et vous croyez * peut-être. Que le seul désespoir aujourd’hui le fait naître ? J’excuse vorre erreur; et pour être approuvés De semblables projets veulent être achevés.

Ne vous figuiez point que de cette contrée,

Par d’étcrncls.tcmparts , Rome soit séparée.

Je sais tous les chemins par où je dois passer ;

Et , si la mort bientôt ne me vient traverser ,

Sans reculer plus loin l’effet de ma parole ,

Je vous rends dans trois mois au pied du Capitole. Doutez-vous qucl’Ëuxin ne me porte en deux jours Aux lieux où le Danube y vient finir son cours ?

Que du Scythe avec moi l’alliance jurée De l’Europe en ces lieux ne me livre l’entrée î

Recueilli dans leurs ports , accru de leurs soldats , Nous Terrons notre camp grossir à chaque pas.

Daccs , Pannoniens , la fiere Germanie ,

Tous n’attendent qu’un Chef contre la tyrannie.

Vous avez vu l’Espagne, et sur-tout les Gaulois, Contre ces mêmes murs qu’ils ont pris autrefois ,

Exciter ma vengeance , et, jusques dans laGrece*

Par des Ambassadeurs accuser ma paresse.

Ils savent que sur eux prêt à se déborder.

Ce torrent , s’il m’entraîne , ira tout inonder %

Et vous les verrez tous, prévenant son ravage.

Guider dans l’Italie et suivre mon passage.

C’est là qu’en arrivant , plus qu’en tout le chemin , Vous trouverez par-tout l’horreur du nom Romain,

Et la triste Italie encor toute fumante Des feux qu’a rallumés sa liberté mourante.

Non , Princes , ce n’csc point au bout de l’univers Que Rome fait sentir tout le poids de scs fers,...

*t, de près inspirant les haines les plus fortes ,

Tes plus grands ennemis, Rome, sont à tes portes Ah ! s’ils ont pu choisir pour leur libérateur, Spartacus , un esclave, un vil gladiateurs S’ils suivent au combat des brigands qui les vengent , De quelle noble ardeur pensez-vous qu’ils se rangent Sous les drapeaux d’un Roi long-rems victorieux ,

Qui voit jusqu’à Cyrus remonter ses ayeux ï Que dis-je ? en quel état croyez-vous la surprendre ? Vuidc de légions qui la puissent défendre.

Tandis que tout s’occupe à me persécuter ,

Leurs femmes, leurs enfans pourront-ils m’arrête* è

Di*

Marchons, et dans son sein tejettons ccttc guerre Que sa fureur envoie aux deux bouts de la terre. Attaquons dans leurs murs ces conquérans si fiers ;

Qu’ils tremblent , à leur tour, pour leurs propres foyers* Annibal l’a prédit; croyons-cn ce grand homme : Jamais on ne vaincra les Romains que dans Rome. Koyons-la dans son sang , justement répandu I llrûlons ce Capitole, où j’étois attendu !

Détruisons scs honneurs, et faisons disparoître ta honte de cent Rois , et la mienne , peut-être î Et, la flamme à la main , effaçons tous ces noms Que Rome y consacroit à d’éternels affronts i Voilà l’ambition dont mon ame est saisie.

Ne croyez point pourtant qu’éloigné de l'Asie,

J’en laisse les Romains tranquilles possesseurs.

Je sais où je lui dois trouver des défenseurs.

Je veux que d’ennemis, par- tout enveloppée,

Rome rappelle en vain le sccouis de Pompée, te Parthe , des Romains, comme moi, la terreur. Consent de succéder à ma jus»c fureur.

Prêt d’unir avec moi sa haine et sa famille.

Il me demande un fils pour époux à sa fille....

( A P hamac» )

Cet honneur vous regarde , et j’ai fait choix de vous, Pharnacc. Allez ; soyez ce bienheureux époux. • Demain, sans différer, je prétends que l’aurore Découvre nies vaisseaux déjà loin du Bosphore.

Vous, que rien n’y retient, partez, dès ce moment, ït méritez mon choix par votre empressement.

Achevez cet hymen, et, repassant l'Euphrate,

Paires voir h l'Asie un autre Mithridatei

Que nos tyrans communs en pâlissent d’effroi, ht que le bruit à Rome en vienne jusqu’à moi !

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