P HARNACK
Seigneur , je ne vous puis déguiser ma surprise. J’écoute avec transport cette grande entreprise,
5c l’admire; et jamais un plus hatdi dessein Ne mit à des vaincus les armes à la main.
Sur-tout , j’admire en vous ce cœur infatigable.
Qui semble s’affermir sous le faix qui l’accable ; Mais, si )’ose parler avec sincérité ,
En êtes-vous réduit à cette extrémité?
Pourquoi tenter si loin des courses inutile».
Quand vos Etats encor vous offrent tant d’asyles ,
Et vouloir affronter des travaux infinis.
Dignes plutôt d’un Chef de malheureux bannis Que d’un Roi qui , n’aguere, avec quelque apparence. De l’aurore au couchant portoit son espérance, Fondoir sur trente États son trône florissant,
Dont le débris est même un Empire puissant ?
Vous seul , Seigneur , vous seul , après quarante années. Pouvez encor lutter contre les destinées.
Implacable ennemi de Rome et du repos.
Comptez-vous vos soldats pour autant de Héros ? Pensez-vous que ces cœurs, trcmblans de leur défaite, Fatigués d’une longue et pénible retraite ,
Cherchent avidement , sous un Ciel étranger,
1 a mort et le travail , pire que le danger ?
Vaincus , plus d’une fois , aux yeux de la patrie , Soutiendront-ils ailleurs un vainqueur en furie? Sera-t-il moins terrible , et le vaincrout-ils mieux
Dans le sein de sa ville , à l’aspect de ses Dieux f Le Parthc vous recherche, et vous demande un gendres Mais ce Parthç, Seigneur , ardent à nous défendre , Lorsque tout l’univers sembloit nous protéger.
D’un gendre sans appui voudra-t-il se charger?
M’en irai- je, moi seul, rebut de la fortune ,
Essuyer l’inconstance au Parthc si commune;
Et , peut-être, pour fruit d’un téméraire amour* , Exposer votre nom au mépris de sa Cour?
Du moins , s’il faut céder, si , contre notre usage,
11 faut d’un suppliant emprunter le visage.
Sans m’envoyer du Parthe embrasser les genoux ,
Sans vous meme implorer des Rois moindres que vous , Ne pourrions-nous pas prendre une plus sûre voie ? lettons -nous dans les bras qu’on nous tend avec joie. Home , en votre faveur, facile à s’apaiser..., Xipharès, l'interrompant.
Home, monfrere! o Ciel! qn’osez-vous proposer? Vous voulez que le Roi s’abaisse et s’humilie?
Qu’il démente , en un iour , tout le cours de sa vie ? Qu’il sc fie aux Romains , et subisse des loix Dont il a , quarante ans , défendu tous les Rois ( A Mithridate. )
Continuez, Seigneur. Tout vaincu que vous ctes,
La guerre, les périls sont vos seules retraites.
Rome poursuit en vous un ennemi fatal,
tlus conjuré contr’elle, & plus craint qu’Annibal.
Tout couvert de son sang, quoi que vous puissiez faire, N’en attendez jamais qu’une paix sanguinaire.
Telle qu’en un seul jour un ordre de vos mains
!.a donna dans l’Asie à cent mille Bomains.
Toutefois , épargnez votre tcte sacrée.
Vous-même, n’allez point . de contrée en contrée. Montrer aux nations Mirhridate détruit.
Et de votre grand nom diminuer le bruit.
Votre vengeance est iuste ; il la faut entreprendre. Brûlez le Capitole , et mettez Borne en cendre ;
Mais c’est assez pour vous d’en ouvrir les chemins î Faites porter ce feu par de plus jeunes mains;
Et tandis que l’Asie occupera l’harnace ,
De cette autre entreprise honorez mon audace. Commandez: laissez-nous , de votre nom suivis. Justifier , par-tout , que uous sommes vos fils. Embrasez, par nos tnains, le couchant et l'aurorci Remplissez l’univers , sans sortir du Bosphore.
Que les Romains, pressés de l’un à l’autre bout. Doutent où vous serez , et vous trouvent par-tout. Dis ce même moment, ordonnez que je parte.
Ici tout vous retient , et, moi, tout m’en écarte; Et si ce grand dessein surpasse ma valeur ,
Du moins ce désespoir convient à mon malheur. Trop heureux d’avancer la fin de ma misere, J’irai.... j’effacerai le crime de ma mere,
( Se jetiant aux pieds de Mithridate, ) Seigneur , vous m’en voyez rougir à vos genoux! J’ai honte de me voir si peu digne de vous.
Tout mou sang doit laver une tache si noirci Mais je cherche un trépas utile à votre gloire,
Et Rome , unique objet d’un désespoir si beau.
Du fils de Mithridate est le digne tombeau!
M I T H R i D A T E , te levant .
( Pharuace et Xipharis se lèvent aussi. )
Mon fils , ne parlons plus d’une mere infideile.
Votre pere est content, il connoît Totrc zele ,
It ne vous verra point affronter de danger Qu’avec vous son amour ne veuille partager.
Vous me suivrez ; je veux que rien ne nous sépare....
( A Pharnace. )
Itvous, à m’obéir, Prince, qu’on se prépare.
Les vaisseaux sont tout prêts. J’ai moi-même 01 donné La suite et l'appareil qui vous est destiné.
Arbatc , à cet hymen chargé de vous conduire.
De votre obéissance aura soin de m’instruire.
Allez} et, soutenant l’honneur devosayeux.
Dans cet embrassement recevez mes adieux.
( Il l'emi tasse, }