‹ Mithridate, tragedie de RacineChapitre 2 sur 107 · M. DCC, L XX X VI L · texte numérisé non relu

M. DCC, L XX X VI L

PRÉFACE

Jl L n’y a guet es de nom plus connu que celui d© Mithridare. Sa vie et sa mort font une partie considérable de l’Histoire Romaine i et, sans compter les victoires qu’il a remportées , on peut dire que ses seules défaites ont fait presque toute la gloire de trois des plus grands Capitaines de la République : c’est à savoir, de Sylla , de Lucullus et de Pompée. Ainsi je ne pense pas qu’il soit besoin de citer ici mes Auteurs ; car , excepté quelques événemens que j’ai un peu rapprochés par le droit que donne la Poésie , tout le monde reconnoîtra aisément que fai suivi l’Histoire avec beaucoup de fidelité. En effet , il n’y a gueres d’actions éclatantes dans la vie de Mithridate qui n’aient trouvé place dans ma Tragédie. J’y ai inséré tout ce qui pouvoit mettre en jour les moeurs et les sentimens de ce Prince $ je veux dire , sa haine violente contre les Roinains , sop grand courage , sa finesse , sa dissi*

mutation , et enfin cette jalousie qui lui étoit s? naturelle , et qui a tant de fois coûté ta vie à ses maîtresses. La seule chose qui pourroit n'être pas aussi connue que le reste , c’est le dessein que je lui fais prendre de passer dans l’Italie. Comme ce dessein m’a fourni une des scenes qui ont le plus réussi dans ma Tragédie , je crois que le plaisir du Lecteur pourra redoubler, quand il verra que presque tous les Historiens ont dit ce que je fais dire ici à Mithridate.

Florus , Plutarque et Dion Cassius nomment les pays par où il devoit passer. Appien d’Alexandrie entre plus dans le détail ; et après avoir marqué les facilités et les secours que Mithridate espéroit trouver dans sa marche , il ajoute que ce projet fut le pretexte dont Pharnacc se servit pour faire révolter toute l’armée , et que les soldats effrayés de l’entreprise de son pere , 1a re* gardèrent comme le désespoir d’un Prince qui ne cherchoit qu’à périr avec éclat.

Ainsi elle fut en partie cause de sa mort , qui est l’action ce ma Tragédie. J’ai encore lié ce dessein de plus près à mou sujet. Je m’en suis servi pour faite connoître à Mithridate les secrets

PRÉFACE. ii;

lentimens de ses deux fils. On ne peut prendre trop de précaution pour ne rien mettre sur le Théâtre qui ne soit très-nécessaire j et les plus belles scenes sont en danger d’ennuyer du moment qu’on les peut séparer de l’action , et qu’elles l’interrompent , au lieu de la conduire vers sa fin.

Voici la réflexion que fait Dion Cassius sur ce dessein de Mithridate : «Cet homme étoit véri-* » tablcment né pour entreprendre de grandes s> choses. Comme il avoit souvent éprouvé la ss bonne et la mauvaise fortune , il ne croyoit sj rien au-dessus de ses espérances et de son auss dace , et mesuroit ses desseins bien plus à la sj grandeur de son courage , qu’au mauvais état s> de scs affaires , bien résolu , si son entreprise sj ne réussisoit point , de faire une fin digne' ss d’un grand Roi , et de s’ensevelir lui-même sj sous les ruines de son Empire , plutôt que de sj vivre dans l’obscurité et dans la bassesse, jj

J’ai choisi Monime entre les femmes que Mithridate a aimées. Il paroît que c’est celle de toutes qui a été la plus vertueuse x et qu’il a aimée le plus tendrement. Plutarque semble avoiç

îv PRÉFACE.

pris plaisir à décrire le malheur et les sentiment de cette Princesse. C'est lui qui m’a donné l'idée de Monime 5 et c’est , en partie , sur la peinture qu’il en a faite que j’ai fondé un caractère que je puis dire qui n’a point déplu. Le Lecteur trouvera bon que je rapporte ses paroles , telles qu’Amyot les a traduites j car elles ont une grâce dans le vieux style de ce Traducteur que je ne crois point pouvoir égaler dans notre langue moderne.

«e Cette-cy estoit fort renommée entre les .

» Grecs , pour ce que quelques sollicitations » que luy sceust faire le Roy, en estant amoureux,.

jamais ne voulusf entendre à toutes ses pour- » suites , jusqu’à ce qu’il y eust accord de ma-.. » riage passé entre eux , et qu’il luy eust envoyé a> le diadesme , ou bandeau royal , et appelle as Royne. La pauvre Dame depuis que ce Roy l’eust espousée avoit vescu en grande desplai- » sance , ne faisant continuellement autre chose » que de plorer la malheureuse beauté de son » corps , laquelle , au lieu d’un mary , luy avoit »î donné un maistre , et au lieu de compaignie conjugale, et que doibt avoir une Dame d’hoq-.

neur , luy avoit baillé une garde et garnison- 33 d’hommes barbares, qui la tenoient comme priw sonniere, loin du doulx pays de la Grece , en 3> lieu où elle n’ avoit qu’un songe et une ombre » de biens, et, au contraire, avoit réellement- $> perdu les véritables , dont elle jouissoit aux 3> pays de sa naissance j et quand l’eunuque fust. s> arrivé devers elle , et luy eust faict commandew ment » de par le Roy, qu’elle eust à mourir 33 adonc elle s’arracha d'aientour de la teste son» 33 bandeau royal , et , se le nouant à l’entour 33 du col , s’en pendit. Mais le bandeau ne fust 33 pas assez fort , et se rompit incontinent $ et 33 lors elle se prit à dire : O maudit et malheureux 33 tissu ! ne me serviras' tu point , au moins , à ce 33 triste service ? En disant ces paroles , elle le >3 jetta contre terre , crachant dessus , et tendit 33 la gorge à l’eunuque. 3>

Xipharès étoit fils de Mithridate , et d’une dç ses femmes qui se nommoit Stratonice. Elle li-. vra aux Romains une Place de grande impôt-, tance , où étoient les trésors de Mithridate pour mettre son fils Xipharès dans les bonnes-, grâces de Pompée. Il y a des Historiens qui pter*-

»} PRÉFACE

tendent que Mithridate fit mourir cç jeune Prince* pour se venger de la perfidie de sa mere.

Je ne dis rien de Pharnace $ car qui ne sait pas que ce fut lui qui souleva contre Mithridate ce qui lui restoit de troupes , et qui força ce Prince à se vouloir empoisonner , et à se passer son épée »u travers du çorps , pour ne pas tomber entre les. mains de ses ennemis ? C’est ce même Pharnace qui fut vaincu depuis par Jules-César , et qui fut tué ensuite dans une autre bataille.

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NOTE

DES RÉDACTEURS

OU S renvoyons à la Préface de cette Tragédie pour la connoissance du sujet qui en fait le? fonds , et qui , d’ailleurs , est assez généralement connu de tout le monde.

JUGEMENS ET ANECDOTES

SUR

« C>ETTF Picce est une de celles que le Public revoit le plus souvent , parcequ’excitant toujours la crainte et la pitié , elle est encore soutenue par la beauté des caractères , dit Louis Racine , dans ses Remarques sur les Tragédies de son pere.... Cette Tragédie conserve la vérité de l’Histoire , dans les principaux événemens j mais il a fallu nécessairement pour pouvoir rassembler tant de beautés, changer l’ordre de quelques faits , peu importans , et en inventer quelques-uns. C’est le droit de la Poésie j et si elle n’en faisoit usage nous serions privés de ses plus beaux tableaux..., sx « M. de Voltaire , dans la Préface de sa Tragédie d ' Hèrode et Mariamne , a comparé l’intrigue de Mithridate à celle de Y Avare , de Molière , pou dans lç dessein de la rabaisser , mais cm-

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jUGEMENS ET ANECDOTES , &c. i*

porte par une réflexion , à laquelle j’opposerai la mienne , continue Louis Racine. «

« Les Pièces Tragiques , dit M. de Voltaire Sont fondées ou sur les intérêts de toute une nation ou sur les intérêts particuliers de quelques Princes * Dans ces dernieres , tout l'intérêt est renfermé dans' la famille du Hcros de la Pie ce. Tout roule sur des passions que des bowgeois ressentent comme les Princes , et l'intrigue de ces ouvrages est aussi propre à la Tragédie qu'à la Comédie « Ote{ les noms, Mithridate n'est qu'un vieillard amoureux d'une jeune fille. Ses deux fils en sont amoureux aussi* L'intrigue de L’Avare est précisément la même . Harpagon et le Roi de Pont sont deux vieillards amoureux. L'un et l'autre ont leur fils pour rivait Molière a joué l’amour ridicule d'un vieil avare . Racine a représenté les faiblesses d'un grand Roi t et les a rendus respectables..., »

« La Tragédie ne rend pas respectable ce qu* ce l’est pas , répond Louis Racine j et les faiblesses des Princes , qui sont souvent pareilles à celles des bourgeois , ne deviennent jamais respectables i mais elles ont de si grandes suites

k TOGEMÉNS ET ANECDOTES

qu’elles intéressent toujours la nation qui dépend d’eux , ce qui fait qu’aucune Tragédie n’est uniquement fondée sur les intérêts particuliers de quelques Princes. Ainsi l’on ne peut comparer l’intrigue d’une Tragédie à celle d’une Comédie, quoique l’une et l’autre soit fondée sur une même passion. L’amour de Néron pour Junie l’engageant à empoisonner Britannicus , a des suites terribles pour l’Empire Romain. L’action de la Tragédie de Baja^et est une intrigue amoureuse , qui se passe , en secret , dans ie Sérail ; mais de cette intrigue amoureuse dépend le destin de l’Empire Ottoman. Les foiblesses de Mithridate mécontentent un fils qui fait révolter une .partie de l’armée , ce qui cause la mort à Mithridate ; et que de suites aura cette mort dans son Royaume 1 La Tragédie représente donc les foiblcsses des Princes , non comme plus nobles <jue celles des particuliers , mais comme ayant des suites bien plus importantes : ce qui fait qu’elle •attire une attention bien plus sérieuse. Le nom seul des personnages suffit pour attirer cette attention j et Mithadate , malgré ses foiblesses et ses

vices ,

SUR MITHRIDATE. *j

vices , jette dans cette Tragédie un air de grandeur qui n’y seroit plus si la même action se passoit entre d’autres Princes.... v*

« Le Poëte présente dans cette Piece le portrait d’une femme , dans l’état le plus malheureux , toujours si estimable qu’il est bien à craindre que les charmes de Monime ne fassent oublier aux Spectateurs la morale de la Piece. Je n’hésite pas , non plus , à la mettre au nombre des plus dangereuses j rflais je suis bien éloigné de souscrire au jugement de Riccoboni , quand il dit ( dans sa Réforme du Théâtre ) qu’elle donne de mortelles atteintes aux bonnes mœurs et à la bien~ séance , et qu’il n'y a que la corruption du siècle qui ait pu faire tolérer sur la scene un pareil amour ; deux freres amoureux de la fiancée de leur pere. Quel crime ont-ils commis ï Ils ont parlé d’amour à une personne que leur pere devoit épouser , quand ils ont cru leur pere mort. Pharnace n'en, a plus parlé depuis l’arrivée de Mithridate j Monime n’en a parlé à Xipharès que pour lui jurer un silence éternel } Xipharès l’a pressée lui-même d’épouser son pere , et , pour être éloigné d’elle , iia demandé la grâce d’être envoyé àRome, Sont-

xi) JUGEMENS ET ANECDOTES'

ce-là des choses qui soient contraires aux bonnes mœurs , et qui ne puissent être tolérées que dans un siecle corrompu ? Cette Tragédie n’offre aucun exemple criminel , et Monime seroit bien moins dangereuse si elle étoit moins vertueuse...

« Nous avons dans nos Tragédies quelques morceaux qu’une admiration générale a rendus fameux , comme la scene de Cornélie tenant Turtie de Pompée, l’avant- dernicre scene de Rodogunt et la demiere de Mithridate.... Quoique dans celle-ci la catastrophe soit double , et du nombre de celles qu’Aristote approuve le moins , funeste aux coupables et favorable aux innocens , famais Tragédie ne peut mieux finir , parce que le personnage de Mithridate mourant excite la terreur , l’admiration et la pitié. La vue de ce grand homme apporté par ses soldats remplit de terreur , parce que les imprudences dont sa jalousie a été la cause ont causé son malheur en causant la révolte de ses soldats. Elle remplit d’admixation, parce qu’il vient de donner dans ce dernier combat de grandes preuves de valeur , et que c’est par grandeur d’ame qu’il s’est plongé sur son ’^pée , ne voulant pas tomber vivant entre les

SUR MITHRIDATE. xiij

mains des Romains.... Le Spectateur le plaint...* Il oublie , quand il le voit mourant, qu’il a étéviolent, perfide et barbare } qu’il a fait égorger cent mille Romains j qu’il a fait mourir fils > femmes et soeurs j que dans cette Pièce il a voulu faire périr son fils le plus cher j qu’il a envoyé du poison à cette Monime , qu’il ne donne à ce fils qu’en mourant. On peut bien nommer scélérat un homme qui a tant de vices.... Mais lesvices de Mithridate étant comme anoblis par les passions qui les causent , l’ambition et la vengeance , nous l’appelons un Héros. Il est cruel » et toujours prêt à empoisonner j mais il est également prêt à s’empoisonner lui-même j et quand* les poisons ne le servent pas il a recours à son épée. Nous trouvons quelque chose de grand dans cette mort dont le désespoir est la seule cause. Les vices dç son cœur joints à la fermeté de son ame , et à cette haine implacable pour Rome , en font un grand personnage tragique »

cc Les quatre principaux personnages de ccttc Tragédie paroissent sur le Théâtre de Londres dans une Pièce dont l’action est très-différente^.

b ij

xiv JUGEMENS ET ANECDOTES

rhainacc y est pareillement irrité contre son pere qui doit épouser Monime 5 mais , lorsqu’il va au Temple pour l’épouser , un prodige, arrivé par la fourberie des Prêtres , que Pharnacc a gagnés , est cause que Mithridate , persuadé que le Ciel n’approuve point ce mariage , abandonne cette Monime , et devient , tout-à-coup , amoureux d’une Sémandre, maîtresse de Xipharès. Ne la pouvant point engager à le préférer à son fils , il emploie la violence contre elle. Cette Sémandre est tuée par Xipharès, qui se méprend, et, de désespoir, se tue lui-même. Monime , abandonnée de Mithridate , se retire dans le camp de Pompée, et Mithridate , trahi par Pharnace, vient mourir sur le Théâtre , après avoir ordonné le supplice de Pharnace. Dans cette l'iece si bizarre, et qui cependant est mise au nombre des bonnes Pièces Angloises , on entend chanter une chanson assez longue. C’est un domestique de Xipharès qui chante pour endormir son maître et lui faire goûter un moment de repos. Je n’ai trouvé dans cette Piece aucun vers du Poète François qui soit traduit , ajoute Racine le fils. La maîtresse de Xipharès ne dit point dans sa colère à Mithridate ;

SUR MITH RIDAT E, x*

tt. . . » • . » • • • ' i

Et le tombeau , Seigneur , est moins triste pour moi » Que le lit d’un époux qui m’a fait cet outrage....»

( sccnc quatrième du quatrième acte de Mitkridate de Racine. )

Elle emploie ces expressions : Plutôt que de me donner à un autre qu'à mon cher JCipharès , on me verra chercher un dragon dans sa tanniere , embrasser un aspic et me rouler avec les basilics. C’cst-là ce que les Poètes Anglois qui empruntent des idées à nos Poëtes , appelent refondre notre monnoie , et y ajouter de la matière , pour qu'elle puisse avoir cours en Angleterre. «

Racine a supprimé après les premières représentations de cette Tragédie ces huit vers presqu’à là fin. de la derniere scene , dans lesquels Mithridate mourant désignoit à Xipharès le lieu où U devoit aller pour combattre avec succès les Romains.

« Le l’arthe , qu’ils gardoient pour triomphe dernier*, y> Seul encor sous le joug refuse de plier.

» Allez le joindre. Allez chez ce peuple indomptable sv Porter de mon débris le reste redoutable.

» J’csperc » et je m’en forme un présage certain, ^

b iij

xviij JUGEMENS ET ANECDOTES

dans le même rôle, en 1752. Avant éprouvé quelque disgrâce du Public , pendant le cours de la Picce, dès qu’elle .fut finie, il s’avança pour le haranguer j mais un plaisant du Parterre , sans lui donner le tems de parler , lui adressa ces deux premiers vers du rôle , qui ouvrent la seconde scene du second acte.

tt Prince , quelques raisons que vous puissiez nous dire, » Votre devoir ici n’a point dû vous conduire. v>

Ibidem.

La Calprénede avoit fait une Tragédie intitulée La Mort de Mithridate y qui fut représentée, avec assez de succès , en idjj, et imprimée, à Paris, chez Antoine de Sommavillc , en 1^37 , avec un Avis au Lecteur et une Épîtrc dédicatoire adressée à la Reine , qui avoit paru satisfaite de la représentation de cette Tragédie..

La Calprénede avoit traité ce sujet un peu différemment que Racine j et , entre un très-grand nombre de gasconnades que contiennent son.

Épitre dédicatoire et son Avis au Lecteur , il dit , dans ce dernier : . Quelqu’un s’étonnera ,

peut-ctrc , que j’aie changé et ajouté qnelquc chose à l’Histoire i mais je le prierai de croire

SUR MITHRIDATE. xix

que je l’ai lue , et que je n’ai pas entrepris de décrire la mort de Mithridate sur ce que j’ai ouidire de lui à ceux qui vendent son baume sur le Pont-Neuf.... A sa mort il n*est point fait mention d’Hypsicratée j mais il y a beaucoup d’apparence que celle qui ne l’abandonna jamais dans les combats , et de qui la fidelité a acquis une si grande réputation , ne l’abandonna point aux derniers momens de sa vie.... J’ai donné une femme à Pharnace , plus généreuse qu'il n’étoit lâche. Mais , outre qu’il est certain qu’il a été marié , cet incident est assez bien pour mériter qu’on lui pardonne j et je ne mentirai pointquand je dirai que les actions de cette femme ont donné à ma Tragédie une grande partie du peu de réputation qu’elle a.... Bien que l’Histoire ne nomme point le lieu de la mort de Mithridate , je fais ma scene à Sinopc , comme une des meilleures villes de ses Royaumes.... &c. » •

Les freres Parfaict remarquent dans leur Histoire du Théâtre François , « que , quoique La Calprénede en dise , l’unité de lieu n'est gueres exactement observée dans sa Tragédie. Tantôt la scene se passe hors des murs de Sinope , et tantôt

XX JUGEMENS ET ANECDOTES

dans le Palais de Mithridate. Pour éviter la confusion , on a eu soin de mettre dans l’imprime : Ici on lire la tapisserie , et Mithridate paroic avec Hypsicratêe et ses deux filles , &c. Cette tapisserie servoità marquer le changement de lieu , comme le fait aujourd’hui la ferme de nos Théâtres. Au reste , La Mort de Mithridate n’est pas sans mérite. Cette Pièce et Le Comte d'Essex sont ce que La Calprénede a donné de plus passable au Théâtre. Il a raison de parler avec avantage du personnage épisodique de la femme de Pharnace. Cette Princesse demeure constamment attachée aux intérêts de Mithridate > et elle le force même à lui donner du poison , lorsque les Romains , à la tête desquels est Pharnace, se rendent maîtres de Sinope. »

Voici un échantillon de la versification de cette Tragédie , et de la maniéré dont La Calprénede peint Mithridate , cédant aux sollicitations de son épouse et de ses filles , dans une entrevue qu’il a avec Pharnace , et où il l’engage à renoncer à l’alliance des Romains. Pharnace lui répond :

Te ne suis plus à moi ; je dépens des Romains. a Leur pouvoir me retient et m’attache les mains*** •

‘SUR M I T H R I D A T E. xxj

*' Non , la force du sang n’est pas encore é teinre : a* En péchant contre vous , je pèche par contrainte, aa Je vous aime» mais j’ai de l’amitié pour moi ,

»■> Et ne veux point psf rir en violant ma foi.

» Ma résolution sera toujours entière.

v> Ce que je puis pour vous c’est d’user de priere.

y> Non , tigre ! non , cruel ! je n’en espere rien;

*> Et si je t’ai prié ce n’est pas pour mon bien.

» Cette soumission fait honte à ma mémoire ...

» J’ai prié pour tes sœurs : voilà toute ta gloire, sa C'est un dernier effort qu’elles ont obtenu , r> Et ton perc pour soi se seroit retenu, w Après avoir produit un monstre épouvantable » La lumière du jour lui seroit effroyable !

s> C’est le seul déshonneur dont ses joùrs sont taches.

» Tes crimes seulement lui seront reprochés.

y> J’ai vécu glorieux ; je mourrai dans ma gloire , y* Et tu n’obtiendras pas une entière victoire.

« Ne m’ayant pas privé du secours de ma main »

« Tu ne me verras pas au triomphe Romain !...

» Mais , puisque de mes jours la course se termine ,

« J’appclerai , mourant, la vengeance divine.

« J’invoquerai les Dieux, en ma juste douleur ,

« Qui t’envelopperont dans mon dernier malheur.

« Ils combleront d’horreur ta vie abominable :

» Us te rendront aux tiens , à toi-même exécrable !

« Tu ne verras par-tout que des sujets d’effroi /

«Tu te voudras cacher et du Ciel et de moi ,

xxi; JUGEMENS ET ANECDOTES , Scc^

s> De qui l’ombre , à tes pas d’une suite éternelle *

33 Affligera par-tout ton ame crminellc i 33 Au lieu de ce repos que tu t’étois promis ,

« Tu seras le plus grand de tous tes ennemis !... «Écoute, cependant, un esprit prophétique:

« Tu seras ruine par cette République ;

» Et ces memes Romains, à qui tu fais la cour, a» Te mettront à néant, par la guerre d’un jour.

33 Un plus puissant guerrier que tuculle et Pompée 33 Te vaincra, sans effort, presque d’un coup d’épée ; 33 Et , prenant l’intérêt et de Rome et de moi ,

33 Sa main me vengera de Pompée et de toi.,, &c. »

Représentée > pour la première fois , au Théâtre de V Hôtel de Bourgogne , en 1 ^ 75 .

PERSONNAGES

MITHRIDATE, Roi de Pont , et de quantité d’autres Royaumes.

jIONIME, accordée avec Mithridate , et déjà déclarée Reine.

PHARNACE, | fils de Mithridate , mais de dif-

XIPHARÈS, ■> «rentes meres.

A R B A T E , Confident de Mithridate , et Gouverneur de la Place de Nymphée.

PHCEDIME, Confidente de Monime.

ARCAS, Domestique de Mithridate.

GARDES

La Scene est a Nymphée , Port de mer sur le Bosphore Cimmérien , dans la Taurique Ckcrsonnese %

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