‹ Mithridate, tragedie de RacineChapitre 27 sur 107 · SCENE Y · texte numérisé non relu

SCENE Y

MITHRIDATE, seul ,

Eus me quitte..,, et moi , dans un lâche silènes,

Je semble de sa fuite approuver l’insolence 1 Peus’cn faut que mon cœur, penchant de son côté,. Ne me condamne encor de trop de cruauté....

Qui suis je? Est-ce Monime, et suis-je Mithridate ? Non , non , plus de pardou , plus d’amour pour l'ingrate!

Nia colere revient, et je me rcccnnois.

Immolons, en partant, trois ingrats ilAfois*

êZ MITHRIDATE, •

Je vais i Rome; et c’est par de tels sacrifice*

Qu’il faut à ma fureur rendre les Dieux propices.

Je le dois , je le puis; ils n’ont plus de support, tes plus séditieux sont déjà loin du bord.

Sans distinguer entr’eux qui je hais, ou qui j’aime. Allons , et commençons par Xipharès , lui-même.... Mais, quelle est ma fureur? et qu’cst-ce que je dis?... Tu vas sacrifier, qui? malheureux!... ton fils?

Un fils que Rome craint, qui peut venger son pere? Pourquoi répandre un sang qui m’est si nécessaire?

Ah ! dans l’état funeste où ma chûte m’a mis ,

Ist-ce que mon malheur m’a laissé trop d’amis? Songeons plutôt , songeons à gagner sa tendresse.

J’ai besoin d’un vengeur, et non d’une maîtresse. Quoi! ne vaut-il pas mieux, puisqu’il faut m’en priver, ta céder à ce fils que je veux conserver?

Cédons-la.... Vains efforts , qui ne font que m’instruire Des foiblessesd’un coeur qui cherche à se séduire!

Je brûle, je l’adore; et, loin de la bannir....

Ah ! c'est un crime encor dont je la veux punir!

Mon amour trop long-tcms tient ma gloire captive; Qu’elle périsse seule , et que mon fils me suive.

Un peu de fermeté , punissant ses refus.

Me va mettre en état de ne la craindre plus....

Quelle pitié retient mes sentimens timides?

N’en ai-je pas déjà puni de moins perfides ?...

O Monime! ô mon fils!.,. Inutile courroux!...

Et vous , heureux Romains , quel triomphe pour vous , Si vous saviex ma honte , et qu’un avis fidele De mes lâches combats vous portât la nouvelle!.,.

Quoi ! des plùs chères mains craignant les trahisons» J'ai pris soin de m’armer contre tous les poisons?

J’ai su » par une longue et pénible industrie,

Des plus mortels venins prévenir la furie....

Ah! qu’il eût mieux valu, plus sage et plus heureux , Et repousant les traits d’un amour dangereux ,

Ke pas laisser remplir d’ardeurs empoisonnées Un coeur déia glacé par le froid des années!...

De ce trouble fatal par où dois-je sortir?

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