IPHIGÉNIE EN AULIDE
« Suivant une tradition , conservée parmi les Comédiens de Paris , jamais Piece, dans sa naissance , ne resta plus long-tems sur le Théâtre et ne fit couler tant de pleurs que celle-ci , observe Louis Racine , dans ses Remarques sur les Tragédies de son pere, Iphigénie elle- même n’en a pas tant coûté à l’armée des Grecs
et Que dans l’heureux spectacle à nos yeux <5ra!6
»j N’en a fait , sous son nom , verser la Champmêlé. â
a dit Boileau ( dans son Epître adressée à Racine ). Cette Piece en fait verser toutes les fois qu’on la représente , et elle est peut-être celle de nos anciennes Tragédies qui reparoît le plus souvent sur lç Théâtre. ( Il y a près de quarante ans
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que Louis Racine écrivoit cela , et depuis ce tems Iphigénie n’est pas revue moins fréquemment. Il y a grande apparence qu’on la reverra dans tous les tems avec le même intérêt, et toujours avec un égal plaisir.) Quoique très défigurée dans une misérable Traduction Espagnole, elle paroît souvent sur le Théâtre de Madrid et y fait accourir les Spectateurs. » #
« Cette fortune , qui ne prouve pas qu’elle soit plus parfaite que les autres Tragédies du même Auteur, prouve qu’elle est une des plus touchantes $ et puisque la Tragédie qui nous rappelle le plus souvent est celle qui nous attendrit le plus , il en faut conclure que la passion la plus essentielle à la Tragédie est la pitié. C’est par cette raison que les Pièces d’Euripide, quoique moins parfaites que celles de Sophocle , étoient celles que le peuple aimoit le mieux , et que par-tout on apprenoit par coeur. Euripide s’attachoit à émouvoir les passions , et , sur-tout , dit Quintilien , celle de la commisération. »
« l!n Poète est assuré du succès quand il sait exciter en nous cette passion > dont nous aimons à être remplis , parce que la nature nous a donne
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Xiv JUGEMENS ET ANECDOTES
une très-grande sensibilité , afin que nous fussions compatissans aux malheurs de nos semblables , continue Louis Racine. Cette sensibilité est cause que Bérénice nous fait pleurer j mais le succès à' Iphigénie , bien différent de celui de Bérénice , montre que nous aimons beaucoup mieux compatir aux véritables douleurs de la nature qu’aux puériles douleurs de l’amour....»
« Il ne faut pas demander quelle est la morale d’une Piece si utile pour les mœurs qu’elle a mérité du sévere Riccoboni cet éloge. On pourroit dire que c'est une Tragédie sans amour , puisque celui d' Achille ( qui a tous les caractères de l'amour conjugal ) est plutôt un devoir qu'une foiblesse , et que c'est moins son amour que la passion pour Ih. gloire qui donne lieu aux transports qu'il fait éclater, il est vrai que l'amour insensé d'Eriphile pourroit paroître illégitime ; mais outre que c'est un amour caché et nullement de mauvais exemple , on verra qu'il est si malheureux qu'il peut même servir d'instruction. Cette Tragédie est donc une des heureuses que Riccoboni conserve telles qu’elles sont pour ce Théâtre réformé dont il imagine le projet , » ajoute Racine le fils.
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te Louis XIV, au retour de la conquête de la Tranche-Comte , donna des divertissemens à toute la Cour. Pour qu’il ne manquât rien à cette fête , on avoit dressé , à grands frais , dans le Parc de Versailles , un Théâtre magnifique. U Iphigénie de Racine fut la Piece qui fut choisie pour y être représentée. Ce chef-d’œuvre réussit à la Cour , comme il avoit réussi à la Ville j c’est-à-dire , qu'il y reçut l’applaudissement le plus flatteur et le moins suspect, celui des larmes.» Anecdotes Dramatiques > de l’Abbé de La Porte» « Une Dame qui croyoit être la femme de son siecle qui se connoissoit le mieux en tableaux , avoit un jour chez elle plusieurs personnes qui s’entretenoient sur les ouvrages des Peintres les plus fameux. Messieurs les beaux-esprits , leur dit-elle , je parie que vous ne m'explique q pas et que représente ce tableau que vous voye\ dans le fond de ma chambre. On ne peut s'y méprendre , répondit unanimement toute l’assemblée ; c'est le sacrifice d'Iphigénie. Bon ! répliqua-t-elle , il y a plus de cinquante ans que ce chef-d'œuvre est dans ma famille , et il n'y a pas dix ans que Racine à fait son
l t lùgénie . » Ibidem •
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« Avant une représentation d’Iphigénie , eu 17 69 , un Acteur vint annoncer une innovation au Public , par ce petit discours. Messieurs , nous allons vous présenter le dénouement d’Iphigénie en action . Nous souhaitons que ce soit varier vos plaisirs. Cet essai ne peut être regardé comme téméraire , puisqu’on a employé et conservé avec le respect Le plus scrupuleux les mêmes vers de Racine , et que l’unique changement consiste à mettre en spectacle et sous les yeux ce qui était en récit. Ce changement ne réussit point. On auroit dû sentir , avant de le tenter , que cette action étoit trop confuse pour l’exposer aux yeux des Spectateurs , observé l’Abbé de La Porte 5 que cinq ou six Acteurs se trouvent dans une situation trop vive pour que leurs mouvemens différens , qui doivent se choquer rapidement , puissent se développer naturellement sur la scene. Dans un moment pareil on ne peut entendre que des cris confus j et Racine connoissoit trop bien son art pour ne pas écarter du Théâtre une action qu’il lui étoit plus facile d’embellir dans un récit. » Ibidem.
« Une autre innovation , qui avoit aussi petf réussi , environ cinquante ans avant , et qui avoit
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été annoncée sur l'affiche des Comédiens , pendant quatre ou cinq jours , comme une chose extraordinaire , qu'on n'avoit pas encore vue > et quart ne verroit peut-être jamais , ce fut une représentation d’ Iphigénie , à laquelle cette annonce attira un très-grand concours de monde , le g Septembre 1718, et où l’on vit la Thorilliere (qui jouoit la gtande livrée ) remplir le rôle d’Agamemnon , et Poisson ( qui jouoit les Crispins ) remplir celui d’Achille. Cette mascarade fit d’abord rire les Spectateurs -, mais les éclats de rire dégénérèrent bientôt en bâillement , et les sifflets alloient succéder aux claquemens de mains , lorque les Comédiens prévinrent l’orage en arrêtant la représentation à la fin du quatrième acte.» Ibidem.
« C’est cette belle Piece qui fut si singulièrement jugée par un célébré Mathématicien qui n’avoit jamais lu Racine. Quelqu’un lui en ayant fait l’éloge , il se laissa persuader de lire Iphigénie; mais à peine en eut-il parcouru trois ou quatre scenes qu’il jetta le livre , en disant : Qu'est- ce que cela prouve ? » Ibidem.
Le sujet de cette Tragédie a été traité chez les
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Grecs , par Eschyle , dans son A gamemnon ; par Sophocle , dans son Electre , et par Euripide , sous le titre à' Iphigénie en A ulide , dont Thomas Sybillet donna une Traduction Françoise , eit 1550, comme nous l’avons dit dans le second volume de nos Essais historiques sur V Art Dramatique. Vers 1 640 , Gilbert Gaumin fît une Traduction Latine de cette Iphigénie en Aulide d’Euripide , mais qui n’a point été imprimée. Le Pere Brumoy et M. Le Prévôt ont donné V Iphigénie en Aulidc d’Euripide dans leurs Traductions de ce Poète. M. Luneau de Bois-Germain , dans son Edition de Racine , dit que le Poète Latin Ennius avoit aussi fait une Iphigénie en s. 4ulide , « dont il n’est parvenu jusqu’à nous que quelques fragmens, rassemblés par Colonne et par Hesselius.» Chez les Italiens , le Vénitien Dolcé traita ce sujet, en 1(70, sous le titre de V Achille. Chez: nous , Rotrou donna une imitation de Y Iphigénie, en Aulide d’Euripide, en 1640, et dont nous avons parlé dans le Catalogue des Pièces de l’Auteur de Vtnceslas , tome second des Tragédies de notre Collection. On cite encore une Tragédie > sous le titre à' Iphigénie en Aulide , que l’on croit
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être imitée aussi d’Euripide, par La Clairière $ mais qui n’a point été imprimée , et dont on ne sait rien de plus.
En 1 6-1$ y Le Clerc et Coras firent représenter , sur le Théâtre de Guénégaud, une Tragédie du 'même titre , qui fut imprimée , à Paris , l’année suivante, chez Oiivier de Varennes , in-n , avec une Préface , dans laquelle Le Clerc dit ne devoir à Coras « qu’une centaine de vers , épars ça et là , choisis parmi quelques autres qu’il avoit faits en quelques scenes, dont il lui avoit commu* niqué le dessein. » J'avouerai , de bonne-foi , ajoute Le Clerc , que quand j’entrepris le sujet d 'Iphigénie en Au! idc , je crus que M. Racine avoit choisi celui à.' Iphigénie dans la Tauridc , qui n’est pas moins beau que le premier, (i) Ainsi le hasard seul a fait que nous nous sommes rencontrés.... On remarquera aisément que nous avons pris des routes toutes différentes , quoique nous ayions traité le même sujet. M. Racine a
(i) LcClcrc, en société avec l’Abbé Bovcr, traita, depuis, le suict d ’lyhig/nie m Tuuride , sous le titre d ’Oresie. Leur Picce fut jouée à la Cour et à Paris, en 1681 , sans succès, et n’a point etc imprimée.
XX JUGEMENS ET ANECDOTES
suivi Euripide où je l’ai quitté , et l’a quitté où je l’ai suivi.... Euripide , non plus que M. Racine, n’a point dit le sujet de la colere de Diane. La fable l’impute à Agamemnon pour avoir tué une biche que cette Déesse chérissoit. Il m’a semblé quelle auroit paru trop cruelle de vouloir pour une faute si légère faire périr une innocente j et quand j’ai feint que Clytemnestre lui avoit consacré sa fille , dès le berceau , et qu’elle avoit violé ce vœu pour satisfaire à son ambition, j’ai cru donner à sa colere un prétexte plus raisonnable.... &c. 3>
cc En accordant ce foible avantage à Le Clerc , observent les freres Parfaict dans leur Histoire du Théâtre François, on peut dire pour excuser Euripide et Racine , que le premier n’a pas cru être obligé d’entrer dans le détail d’un fait connu de tous ses Auditeurs, tenu pour constant, et autorisé parla Religion, et que l’autre s’est fort peu embarrassé de chercher des raisons , ayant pour lui le témoignage reçu de toute l’antiquité.... Racine a fait usage de tout ce qu’il a trouvé de beau dans le Poète Grec , au lieu que Le Clerc ne s’est attaché qu’à ce qu’il y a de médiocre. Il a con-
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serve même scrupuleusement la catastrophe , ( La descente de Diane qui vient enlever Iphigénie , et substituer une biche à sa place sur l’autel.) sans faire attention que ce merveilleux , qui frappoit les Spectateurs du tems d’Euripide, ne convenoit plus à notre Théâtre.... Sans aller chercher si loin un modèle , Le Clerc l’a trouvé dans la Tragédie , du même titre , que Rotrou avoit donnée trente-cinq ans auparavant. Il l’a suivi, pas à pas , employant les mêmes situations et souvent les mêmes pensées $ avec cette différence que la Piece de Rotrou l’emporte presque toujours par l’expression et le pathétique , et n’a d’autre désavantage que d’avoir été composée dans un tems où le langage n’étoit pas encore parvenu au point où il se trouvoit lorsque Le Clerc travailloit. Il ne reste donc à celui-ci que deux choses. La première est l’artifice d’Ulysse qui , par le moyen d’une lettre supposée , au nom d’Agamemnon , fait venir au camp des Grecs Clytemnestre et Iphigénie , sous prétexte qu’Achillc , qui ne sait rien de ce qui se passe , veut être uni par l’hymen avec cette derniere , avant que de partir pour Troie. C’est Dictys (l’Histo-
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rien Cretois ) qui a fourni cette idée à Le Clerc , qui l’a très mal rendue. L’arrivée imprévue de Clytemnestre et de sa fille devoit produire un coup de Théâtre des plus frappans. Cependant , la scene seconde du troisième acte où il a placé cette entrevue est des plus ridicules.... La Piece n’a aucun intérêt, les caractères en sont tous manqués , et la versification en est du dernier détestable. »
Il parut , dans le tems, une Critique de V Iphigénie de Racine, dont l’Auteur anonyme louç beaucoup V Iphigénie de Le Clerc et Coras , à laquelle , comme de raison , il donne une préfér renee distinguée , en l’attribuant à Coras seul , dont , apparemment , il étoit l’ami. Cfcttc judicieuse production est aujourd'hui aussi peu connue que l ‘Iphigénie de Le Clerc et Coras , de laquelle on n'auroit sûrement pas conservé le souvenir depuis sa chiite , sans cette épigramme de Racine , qui la préservera pour toujours de l’oubli.
Entre T.e Clerc et son ami Coras ,
Tous deux Auteurs, rimant de compagnie.
N’a pas long-tcms s’ourdirent grands débats
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Sur le propos de leur Iphig/nit,
Coras lui dit : et La I'iece est démon cru. o Le Clerc répond : « Elle est mienne et non vôtre > » Mais aussi-tôt que l’Ouvrage a paru Plus n’ont voulu l’avoir fait l’un , ni l’autre.
On sait qu’on n’exige pas une exactitude bien scrupuleuse dans une épigtanime , dont le mérite consiste seulement à égayer le Lecteur aux dépens de ceux contre lesquels elle est faite , et celle-ci a certainement ce mérite , même lorsque sa pointe porte à faux , et qu’elle manque de justesse et de vérité ; car Le Clerc , loin de désavouer P Iphigénie à laquelle il avoit travaillé en société avec son ami Coras , il se l’attribuoit entièrement , à l’exception d’une centaine de vers , qu’il accusoit devoir à Coras , ainsi qu’on le voit dans la Préface que nous avons citée. Nous ignorons dans quelles scenes cette centaine de vers furent répandus j mais on en trouve dans quelques-unes qui ne sont pas du dernier détestable » comme les itérés Parfaict les ont qualifiés tous en général. Par exemple , ceux-ci de la troisième scene du quatrième acte , où Clytemnestrc dit à Aga-
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memnon , qu’elle ne peut fléchir sur le sacrifice de sa fille :
o Barbare ! tu crois donc que sa merc y consente •*
» Qu’elle livre au supplice une fille innocente ?
« Celle de qui les jours me sont si précieux « Se vetroit par son pere immolée à mes yeux 1 « Je serons de sa more la prefnierc complice !
» Moi-m2me, je l’aurois conduite au sacrifice !
» Non , non , de ses beaux jours mes jours sont le soutien :
» 11 faut percer mon cœur pour aller jusqu’au sien i » Je défendrai sans toi les droits de la nature « Contre la tyrannie et contre l’imposture ;
» Car la Divinité que fait parler Calchas « N’a jamais approuvé de tels assassinats:
« On ne lui vit jamais autoriser des crimes.
» Qu’Ulisse et Ménéias cherchent d’autres victimes ï w C’est l’inrérSt d’Hélcne; elle irrita les Dieux ;
» Sa fille pat son sang les apaisera mieux... &c. »
Feu M. Le Bailli du Rollet , dont la mort , toute récente , excite encore les regrets de notre scene lyrique , ou son goût et ses talens se sont avantageusement fait connoître dans un genre de Poésie trop long-tcms néglige chez nous, depuis
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Quinault , s’étant occupé , en 1771 , à mettre en Opéra Y Iphigénie de Racine , fit parvenir son Poëme au ce'lebre M. le Chevalier Gluck, alors à Vienne , en Autriche. Cet illustre Compositeur , dont le nom retentissoit , depuis long-tems et avec les plus grands éloges , dans toute l’Italie , avoit l’opinion que la Langue Françoise étoit aussi propre à s’unir à la musique que la Langue Italienne, quoiqu’on ait dit et soutenu jusques-là le contraire. Il saisit l’occasion de le prouver , en mettant en musique le Poëme à' Iphigénie en Au • lide. Cet Ouvrage fut proposé à l’administration de notre Opéra , comme nous le voyons par la lettre d’un anonyme , insérée dans le Mercure , second volume d’Octobre 1771 » et par une de M. le Chevalier Gluck, dans celui de Février suivait. Ces deux lettres font connoître le système de musique dramatique que cet homme de génie s’est créé , duquel les résultats lui avoient déjà valu alors dans plus de quarante Opéra Italiens de sa composition , les suffrages de l’Italie et de l’Allemagne entières , dont ils font encore les délices i et elles détaillent particuliérement la
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maniéré qu’il a employée pour Y Iphigénie en Aulidc. On accepta cet Opéra , et M. le Chevalier Gluck vint le faire exécuter lui-même. La première représentation en fut donnée le iy Avril 1774, avec le succès le plus complet, qui ne s’est point ralenti jusqu’à ce jour j car cet Opéra est un de ceux que l’on joue le plus souvent , qui attire le plus grand nombre de Spectateurs et qui excite le plus d’applaudissemens.
« Jamais le Public n'a montré tant d’empressement et d’enthousiasme que pour cet Opéra qui doit faire époque dans la Musique Françoise; dit l’Auteur du Mercure de Mai 1774, en rendant compte de la première représentation d'Iphigénie en A ulide. Le Roi et la- lveine, encore Dauphin et Dauphine , Monsieur et Madame , encore Comte et Comtesse de Provence , assistèrent à cette première représentation , et consacrèrent par leurs applaudissemens , réunis à ceux d’une brillante assemblée, le mérite de cet Ouvrage et les grands talens des principaux Acteurs qui l’exécurerent.... Le Poète a suivi le plan de Racine. 11 en a beaucoup abrégé l’action et
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retranché l’épisode d’Eriphile. Calchas paroît air premier acte , à la place du confident Areas j ce* qui donne du mouvement et de l’intérêt à l’exposition. Le dénouement a été mis en action* Le Poëme a été distribué en trois actes , comme étant la division la plus favorable , et le sujet a fourni, sans contrainte, des divertissemens k chaque acte. Presque toutes les scenes et tous te* personnages sont en opposition , ce qui soutient l’intérêt et l’augmente en le variant j et , sans le secours des machines , sans l’intervention des Dieux , on a fait un Spectacle brillant et majestueux.... M. le Chevalier Gluck , dans la composition de 11 musique à? Iphigénie en Aulide , a exactement observé les principes qu’il s’est fait sur la musique dramatique. Son ouverture est une exposition du genre et du caractère général de l’action. Elle en est l’exposition et l’exorde* Elle se lie meme à la scène et en fait partie; ( Tout le monde connoît cette ouverture et sait que c’est un vrai chef-d’œuvre , une sublima conception , dont rien n’a jamais approché dans ce genre. ) La musique du rôle d’Àgamemnoa.
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est d’un style simple , noble , imposant. Celub d’Achille est passionné , rapide , énergique. Calchas a une expression fiere et élevée. On gémit , on s’irrite, on s’indigne avec Clytemnestre. Iphigénie intéresse , émeut , attendrit. Les Chœurs forment des tableaux sensibles de la joie ou de la passion tumultueuse du peuple. L’Orchestre toujours attaché à la scène et à l’Acteur , soutient > anime , fortifie l’action , sans l’altérer , et concourt à un bel ensemble , par des sons toujours analogues , qui se grouppent avec le sujet principal. La plus grande partie de cet Opéra est en récitatif, dont le savant Compositeur à varié les formes. Il a employé un récitatif, en quelque sorte , parlé pour les choses qui ne demandent qu’un simple récit; récitatif dans lequel des traits d’instrumens, à des distances éloignées, suffisent pour maintenir le top de l’Acteur. Il a employé un récitatif , en quelque sorte , déclamé et fortifié par de grands traits détachés d’harmonie , lorsque les paroles renferment un sentiment. Enfin un récitatif, en quelque sorte , chanté et accompagné , pour exprimer la passion ou un grand
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Int érêt 3 et ce dernier récitatif est ordinairement terminé par un air de passion ou de sentiment qui donne, les derniers traits de la vie au tableau. Ces récitatifs sont , en général , à la maniéré des Italiens j mais les chants tiennent beaucoup de l’ancien style françois de Lully j cependant avec beaucoup plus d’effets d’orchestre. Il y a des airs d’une modulation simple et douce des duo de situation, des quatuor bien diilogués, des airs de danse très-agréables.... Les principaux rôles de cet Opéra furent parfaitement rendus par les premiers talens. Mademoiselle Arnould charma dans celui d’Iphigénie par son jeu noble et intéressant , par la sûreté de son talent et par une expression toujours vraie et sensible. M.Larrivée , Acteur et Chanteur consommé , n’a jamais déployé tous ses moyens avec autant d’avantage , d’énergie et de succès que dans le rôle d’Agamemnon. On applaudit beaucoup au jeu et au chant de M. Le Gros , qui rappela , dans toute sa force , le caractère bouillant , fier et emporté d’Achille. Mademoiselle Duplant rendit avec supériorité le rôle de CJytemnestrc , par sa représentation, par son
*xx JUCEMEN S ET ANECDOTES, tse.
organe et par son action. On ne peut jouer et chanter celui de Calchas avec plus de dignité et 4c vérité qu’il le fut par M, Célin...» »
Représentée , pour la première fois , devant le Roi 3 a Versailles , le 18 Août 1674 .»
et a Paris , au Théâtre de V Hôtel de Bourgogne , le 3 1 Décembre suivant .
PERSONNAGES
AGAMEMKON.