‹ Mithridate, tragedie de RacineChapitre 4 sur 107 · MONIME, XIPHARÈS · texte numérisé non relu

MONIME, XIPHARÈS

S eigneur, je viens à vous; car, enfin, aujourd’hui» Si vous m’abandonnex , quel sera mon appui ?

Sansparens, sans amis, désolée et craintive.

Reine , long-tcms de nom , mais en effet captive.

Et veuve maintenant sans avoir eu d’époux,

Seigneur, de mes malheurs ce sont là les plus douîr.

Je tremble à vous pommer l’ennemi qui m'opprime.- J’cspcrc, toutefois, qu’un cœur si magnanime IKc sacrifîra point les pleurs des malheureux Aux intérêts du sang qui vous unit tous deux.

Vous devez à ces mots reconnoître Pharnace.

C’est lui , Seigneur , c’est lui . dont la coupable audace Veut, la force à la main , m’attacher à son sort.

Par un hymen , pour moi , plus cruel que la mort.

Sous quel astre ennemi faut-N que je sois née !

Au joug d'un autre hymen sans amour destinée,

A peine je suis libre et goûte quelque paix Qu’il faut que je me livre à tout ce que je hais ! Peut-être , je devrois, plus humble en ma misere,

Ale souvenir du moins que je parle à son frere;

Mais , soit raison , destin , soit que ma haine en lui Confonde les Romains dont il cherche l’appui.

Jamais hymen formé sous le plus noir auspice.

De l’hymen que je crains n’égala le supplices It si Monime en pleurs ne vous peur émouvoir.

Si je n’ai plus pour moi que mon seul désespoir.

Au pied du même Autel où je suis attendue,

Seigneur , vous me verre* , à moi- même rendue, Percer ce triste cœur qu’on veut tyranniser,

It dont jamais encor je n’ai pu disposer.

Madame , assurez-vous de mon obéissance.

Vous avez dans ces lieux une entière puissance. Pharnace ira , s’il veut, se faite craindre ailleurs..,. Mais vous ne savez pas encor tous vos malheurs! Monime.

Ih ! quel nouveau malheur peut affliger Monime, Baigneur i

Si vous aimer c’est faire un si grand crime, *

lO

Pharnacc n’cn est pas seul coupable aujourd’hui^ ; Et je suis mille fois plus criminel que lui.

Vous ?

Mettez ce malheur au rang des plus funestes.

Attestez , s’il le faut, les Puissances célestes Contre un sang malheureux, né pour vous tourmenter* Pcre, enfans animés à vous persécuter ,

Mais, avec quelque ennui que vous puissiez apprendre Cet amour criminel qui vient de vous surprendre ,

Jamais tous vos ma. heurs ne sauroient approcher Des maux que j’ai soufferts en le voulant cacher.

Ne croyez point pourtant que, semblable a Pharnace,

Je vous serve aujourd'hui pour me mettre en sa place. Vous voulez être à vous , j’en ai donne ma foi}

Et vous ne dépendrez ni de lui , ni de moi.

Mais, quand je vous aurai pleinement satisfaire.

En quels lieux avez vous choisi votre retraite?

Scra-ce loin . Madame , ou près de mes États?

Mc sera t-i! permis d’y conduire vos pas ?

Verrez-vous d’un même œil le crime et l’innocence?

En fuyant mon rival , fuirez-vous ma présence?

Pour prix d’avoir si bien secondé vos souhaits , Faudra-t-il me résoudre à ne vous voir jamais?

Ah ! que m’ apprenez-vous f

Eh 1 quoi , belle Monime»

Si le tems peut donner quelque droit légitime.

if

Taut-il vous dire ici que , le premier de tous ,

Je vous vis , je formai le dessein d’être à vous ,

Quand vos charmes naissans, inconnus à mon pere, N’avoient encor paru qu’aux yeux de votre mere?

Ah ! si , par mon devoir forcé de vous quitter.

Tout mon amour alors ne put pas éclater,

Ke vous souvient-il plus , sans compter tout le reste. Combien Je me plaignis de ce devoir funeste?

Jîe vous souvient-il plus, en quittant vos beaux yeux, Quelle vive douleur attendrit mes adieux ?

Je m’en souviens tout seul. Avouez- le. Madame,

Je vous rappelle un songe effacé de votre amc ?

Tandis que, loin de vous , sans espoir de retour.

Je nourrissois encore un malheureux amour.

Contente et résolue à l’hymen de mon pere.

Tous les malheurs du fils ne vous afHigeoicnt guère !

Monime,

Hélas!

Avez-vous plaint un moment mes ennuis* Monime.

Prince.... n’abusez point de l’état où je suis.

En abuser ! ô Ciel ! quand je cours vous défendre.

Sans vous demander rien , sans oser rien prétendre ! Que vous dirai-je , enfin ? lorsque je vous promets l)e vous mettre en état de ne me voir jamais !

C'est me promettre plus que vous ne sauriez faire.

Quoi î malgré mes scrmens, vous croyez le contraire ? Vous croyez qu’abusant de mon autorité ,

Je prétends attenter à votre liberté....

On vient , Madame , on vient.... Expliquez-vous > de grâce !

Un mot.

MoNIHt.

Défend ez-moi des fureurs de Pharnace.

Pour me faire , Seigneur, consentir à vous voir , Vous n’aurez pas besoin d’un injuste pouvoir 1

Ah! Madame....

XlPHAR&S.

Seigneur , vous voyez votre frere.

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