IPHIGÉNIE, É R I P H I L E , D O R I S
Iphigénie, à part.
O £ cct accueil que dois-je soupçonner?
D’une sccrete horreur je me sens frissonner!
Je crains , malgré moi-même, un malheur que j’ignore* Justes Dieux ! vous savez pour qui je vous implore !
Ériphilb.
Quoi î parmi tous les soins qui doivent l’accabler. Quelque froideur suffit pour vous faire trembler?
Hélas ! à quels soupirs suis-je donc condamnée,
Moi qui , de mes parens toujours abandonnée , Etrangère par-tout, n’ai pas, même en naissant. Peut-être reçu d’eux un regard caressant!
Du moins , si vos respects sont rejetrés d’un pere.
Vous en pouvez gémir dans le sein d’une mere;
Et de quelle disgrâce , enfin , que vous pleuriez ,
Quels pleurs par un amant ne sont point essuyés!
Je ne m’en défends point; mes pleurs, belle Eriphile, Ne tiendront pas long-tems contra les soins d’Achille.
Sa gloire, son amour, mon pere, mon devoir.
Lui donnent sur mon ame un trop juste pouvoir.,.. "Mais , de lui-même ici que faut-il que je pense ?
Cet amant pour me voir , brûlant d’impatience ,
Que les Crées de ces bords ne pouvoient arracher , Qu’un pere , de si loin , m’ordonne de chercher , S’empresse-t-il assez pour jouir d’une vue Qu’avec tant de transports je croyoïs attendue?
Pour moi , depuis deux jours qu’approchant de ce* lieux ,
Leur aspect souhaité sc découvre à nos yeux.
Je l’atcendois par-tout; et d’un regard timide.
Sans cesse parcourant les chemins de l’Aulide,
Mon coeur , pour le chercher, voloit loin devant moi. Et je demande Achille à tout ce que je voi.
Je viens, j’ariive, enfin, sans qu’il m’ait prévenue, . .
C iij
Je n’ai percé qu’à peine une foule inconnue;
Lui seul ne paroît point. Le triste Agamemnon Semble craindre à mes yeux de prononcer son nom. Que fait-il?,.. Qui pourra m’expliquer ce mystère? Trouverai-je l’amant glace comme le pere?
Et les soins de la guerre auroicnt-ils , en un, jour. Eteint dans vous les cœurs la tendresse et l’amour? Mais non ; c’est l'offenser par d’iniustes alarmes. C’est à moi que l’on doit le secours de ses armes.
Il n’étoit point à Sparte entre tous ces amans iDont le pere d’Hélene a reçu les sermens.
Lui seul , de tous les Grecs , maître de sa parole. S’il part contre Ilion , c’est pour moi qu’il y vole > Et, satisfait d’un prix qui lui semble si doux ,
11 veut même y porter le nom de mon epoux.