‹ Mithridate, tragedie de RacineChapitre 45 sur 107 · IPHIGÉNIE, É R I P H I L E , D O R I S · texte numérisé non relu

IPHIGÉNIE, É R I P H I L E , D O R I S

Iphigénie, à part.

O £ cct accueil que dois-je soupçonner?

D’une sccrete horreur je me sens frissonner!

Je crains , malgré moi-même, un malheur que j’ignore* Justes Dieux ! vous savez pour qui je vous implore !

Ériphilb.

Quoi î parmi tous les soins qui doivent l’accabler. Quelque froideur suffit pour vous faire trembler?

Hélas ! à quels soupirs suis-je donc condamnée,

Moi qui , de mes parens toujours abandonnée , Etrangère par-tout, n’ai pas, même en naissant. Peut-être reçu d’eux un regard caressant!

Du moins , si vos respects sont rejetrés d’un pere.

Vous en pouvez gémir dans le sein d’une mere;

Et de quelle disgrâce , enfin , que vous pleuriez ,

Quels pleurs par un amant ne sont point essuyés!

Je ne m’en défends point; mes pleurs, belle Eriphile, Ne tiendront pas long-tems contra les soins d’Achille.

Sa gloire, son amour, mon pere, mon devoir.

Lui donnent sur mon ame un trop juste pouvoir.,.. "Mais , de lui-même ici que faut-il que je pense ?

Cet amant pour me voir , brûlant d’impatience ,

Que les Crées de ces bords ne pouvoient arracher , Qu’un pere , de si loin , m’ordonne de chercher , S’empresse-t-il assez pour jouir d’une vue Qu’avec tant de transports je croyoïs attendue?

Pour moi , depuis deux jours qu’approchant de ce* lieux ,

Leur aspect souhaité sc découvre à nos yeux.

Je l’atcendois par-tout; et d’un regard timide.

Sans cesse parcourant les chemins de l’Aulide,

Mon coeur , pour le chercher, voloit loin devant moi. Et je demande Achille à tout ce que je voi.

Je viens, j’ariive, enfin, sans qu’il m’ait prévenue, . .

C iij

Je n’ai percé qu’à peine une foule inconnue;

Lui seul ne paroît point. Le triste Agamemnon Semble craindre à mes yeux de prononcer son nom. Que fait-il?,.. Qui pourra m’expliquer ce mystère? Trouverai-je l’amant glace comme le pere?

Et les soins de la guerre auroicnt-ils , en un, jour. Eteint dans vous les cœurs la tendresse et l’amour? Mais non ; c’est l'offenser par d’iniustes alarmes. C’est à moi que l’on doit le secours de ses armes.

Il n’étoit point à Sparte entre tous ces amans iDont le pere d’Hélene a reçu les sermens.

Lui seul , de tous les Grecs , maître de sa parole. S’il part contre Ilion , c’est pour moi qu’il y vole > Et, satisfait d’un prix qui lui semble si doux ,

11 veut même y porter le nom de mon epoux.

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