‹ Mithridate, tragedie de RacineChapitre 47 sur 107 · IPHIGÉNIE » ÉRIPHILE, DORI S · texte numérisé non relu

IPHIGÉNIE » ÉRIPHILE, DORI S

Iphigénie, à Eriphile.

En quel funefte état ccs mots m’ont-ils laissée! l’our mon hymen Achille a change' de pensée;

Il me faut sans honneur retourner sur mes pas.

Et vous cherchez ici quelqu’autre que Calchas?

£ R I P H I JL S.

Madame , à ce discours je ne puis rien comprendre. Iphigénie.

Vous m’entendez assez, si vous voulez m’entendre, le sort injurieux me ravit un époux.

Madame ; à mon malheur m’ abandonnerez-vous ? Vous ne pouviez sans moi demeurer à Mycene :

Me verra-t-on, sans vous, partir avec la Reine?

Je voulois voir Calchas avant que de partir.

Iphigénie.

Que tardez-vous, Madame, à le faire avertir?

D’Argos, dans un moment, vous reprenez la route.

Iphigénie.

Un moment quelquefois éclaircit plus d’un doute! Mais , Madame , je vois que c’est trop vous presser.

Je vois ce que jamais je n’ai voulu penser.

Achille,.,. Vous brûlez que je ne sois partie !

Ériphile,

Moi ! vous me soupçonnez de cette perfidie?

Moi! j’aimerois, Madame, un vainqueur furieux. Qui toujours tout sanglant se présente à mes yeux. Qui, la flamme à la main et de meurtres avide.

Mit en cendre Lesbos....

Iphigénie, l'interrompant.

Oui, vous l’aimez, perfide!

Et ces mêmes fureurs que vous me dépeignez,

Ces bras que dans le sang vous avez vus baignés , Ces morts , cette Lesbos, ces cendres, cette flamme Sont les traits dont l’amour l’a gravé dans votre amc» Et , loin d’en détester le cruel souvenir,

Vous vous plaisez encore à m’en entretenir.

Déjà , plus d’une fois , dans vos plaintes forcées J’ai dû voir, et j’ai vu le fond de vos - pensées; Mais toujours sur mes yeux ma facile bonté A remis le bandeau que j’avois écarté.

( A part. )

Vous l’aimez ... Que faisois-je! et quelle erreur fatale M’a fait entre mes bras recevoir ma rivale?

Crédule! je l’aimois. Mon cœur même aujourd’hui * De son parjura amant lui promettoit l’appui....

( à Eriphile. )

Voilà donc le triomphp où j’étois amenée!

Moi-même à votre char je me suis enchaînée Je vous pardonne, hélas! des voeux intéressés.

Et la perte d’un, coeur que vous me ravissez;

Mais que , sans m’avertir du piège qu’on me dresse. Vous me laissiez chercher jusqu’au fond de la Grcce L’ingrat, qui ne m’attend que pour m’abandonner. Perfide ! cet affront se peut-il pardonner ?

Eriphile.

Vous me donnez des noms qui doivent me surprendre. Madame. On ne m'a pas instruite à les entendre;

Et les Dieux , contre moi dès long-tems indignés,

A mon oi cille encor les avoient épargnés.

Mais il faut des amans excuser l’injustice.

Eh! de quoi vouliez-vous que je vous avertisse?

Avez vous pu penser qu’au sang d’Agatnemnon Achille préférât une fille sans nom ,

Qui de tout son destin ce qu’elle a pu comprendre C’est qu’elle sort d’un sang qu’il brûle de répandre ?

Iphigénie.

Vous triomphez , cruelle ! et bravez ma doulcuç.

Je n’avois pas encor senti tout mon malheur;

Et vous ne comparez votre exil et ma gloire Que pour mieux relever votre injuste victoire!.,. Toutefois, vos transports sont trop précipités!

Ce même Agatncmnon , à qui vous insultez,

Il commande à la Grcce ; il est mon pere , il m’aime:

11 ressent mes douleurs, beaucoup plus que moi-même;

Mes larmes , par avance , avoient su le toucher:

J’ai surpris scs soupirs qu’il me vouloir cacher. Hélas ! de son accueil condamnant la tristesse , J’osois me plaindre à lui de son peu de tendresse !

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