ÉRIPHILE, DORI S
A.H î que me dites-vous ? quelle étrange manie Vous peut faire envier le sort d’Tphigénic?
Dans une heure elle expire; et jamais , dites-vous , Vos yeux de son bonheur ne furent plus jaloux ?
Qui le croira. Madame ? et quel cœur si farouche...
ÉRIPHILI, l'irverrompant.
Jamais rien de plus vrai n’est sorti de ma bouche. Jamais de tant de soins mon espiit agite Ne porta plus d’envie à sa félicité....
( A part. )
Favorables périls!... espérance inutile!...
{ A Devis. )
N’as-tu pas vu sa gloire, et le trouble d’Achille? J’en ai vu, j’en ai fui les signes trop certains.
Ce Héros , si terrible au reste des humains ,
Qui ne connoît de pleurs que ceux qu’il fait répandre, Qui s’endurcit contre eux , dès l’âge le plus tendre,
Et qui , $1 l’on nous fait un fidèle dii cours ,
Suça même le sang des lions et des ours.
Pour elle de la crainte a fait l’apprentissage:
Eilc l’a vu pleurer et changer de visage,...
Et tu la plains, Dorisl... l’ar combien de malheurs Ue lui voudrois-jc point disputer de tels pleurs? Quand jedevrois, comme elle, expirer dans unclreurc... Mais, que dis-je, expirer? K e crois pas qu’elle meute. Dans un lâche sommeil crois-tu qu’enséveli ,
Achille aura pour elle impunément pâli?
Achille à son malheur saura bien mettre obstacle. Tu verras que les Pieux n’ont dicté cet oracle Que pour croître à la fois sa gloire et mon tourment, Et la rendre plus belle aux yeux de son amant.
Eh ! quoi , ne vois-tu pas tout ce qu’on fait pour elle ■? On supprimé des Dieux la sentence mortelle!
Et, quoique le bûcher soit déjà préparé,
Le nom de la victime est encore ignoré.
Tout le camp n’en sait rien. Doris , à ce silence, lie rcconnois-tu pas un perc qui balance?
Et que fera-t-il donc ? Quel courage endurci Soutiendroit les assauts qu’on lui prépare ici?
Une merc en fureur , les larmes d’une bile ,
Les cri», le désespoir de toute une famille.
Le sang à ces objets facile à s’ébranler,
Achille menaçant tout prêt à l’accabler....
Kon, te dis-jc, les Dieux l’ont en vain condamnée!
Je suis , et je serai la seule infortunée !...
Ah I si je m’en croyois!
Quoi ! que méditci-vous?^
Je ne sais qui m’arrête et retient mon courroux.
Que , par un prompt avis de tout ce qui se passe,
3c ne coure des Dieux divulguer la menace ,
Et publier par-tout les complots criminels Qu’on fait ici contre eux et contre leurs Autels!
Ah ! quel dessein , Madame!
Ériphile.
Ah ! Doris , quelle joie !
Que d’encens brûleroit dans les Temples de Troie,
Si, troublant tous les Grecs et vengeant ma prison.
Je pouvois contre Achille armer Agamemnon!
Si leur haine, de Troie oubliant la querelle,
Tournoit contre eux le fer qu’ils aiguisent contre elle.
Et si de tout le camp mes avis dangereux Eaisoient à ma patrie un sacrifice heureux !
J’entends du bruit..,. On vient.... Clytcmnestre s*â~ vance.
Remettez-vous , Madame , ou fuyez sa présence.
Rentrons; et, pour troubler un hymen odieux.
Consultons des fureurs qu’autorisent les Dieux.
( Elle son , avec Doris. J