‹ Mithridate, tragedie de RacineChapitre 69 sur 107 · AG H ILLE, IPHIGÉNIE, ÆGINE · texte numérisé non relu

AG H ILLE, IPHIGÉNIE, ÆGINE

Achille, à Iphigenie.

V enex , Madame; suivet-moi. Ne craignez ni les cris, ni la foule impuissante D’un peuple qui se presse autour de cette tente. Faroissez ; et bientôt, sans attendre mes coups,

Ces flots tumultueux s’ouvriront devant vous. Patrocle et quelques chefs qui marchent à ma suite > De mes Thcssaliens vous amènent l’cütc.

Tout le reste , assemblé près de mon étendard , Vous offre de scs rangs l’invincible rempart.

A vos persécuteurs opposons cct asyle.

yt IPHIGÉNIE,

Qu’il* viennent vous cherchée sous les tentes d’Achille!...

Quoi! Madame, est-ce ainsi que vous me secondez?

Ce n’est que par des pleurs que vous me répondez! Vous fiez-vous encore à de si fbiblcs armes ? Hâtons-nous : votre perc a déjà vu vos larmes. Iphigénik.

Je le sais bien , Seigneur: aussi tout mon espoir N’est plus qu’au coup mortel que je vais recevoir ! Achille.

Vous , mourir !... Ah ! cessez de tenir ce langage ! Songez-vous quel serment vous et moi nous engage ? Songez-vous , pour trancher d’inutiles discours ,

Que le bonheur d’Achille est fondé sur vos jours? Iphigénie.

Le Ciel n’a point aux jours de cette infortunée Attaché le bonheur de votre destinée !

Notre amour nous trompoit ; et les arrêts du sort Veulent que ce bonheur soit un fruit de ma mort. Songez, Seigneur, songez à ces moissons de gloire Qu’à vos vaillantes mains présente la victoire.

Ce champ si glorieux où vous aspirez tous,

Si mon sang ne l’arrose est stérile pour vous.

Telle est la loi des Dieux , à mon pere dictée.

En vain , sourd à Calchas, il l’avoit rejettée.

Par la bouche des Grecs , contre mot conjurés.

Leurs ordres éternels se sont trop déclarés i Partez. A vos honneurs j’apporte trop d'obstacles. Vous-même , dégagez la foi de vos oracles. .

Signalez cç Héros à la Greee promis»

Tournez votre douleur contre scs ennemis.

Déjà Priam pâlit. Déjà Troie en alarmes,

Redoute mon bûcher , et frémit de vos larmes. ' Allez; et dans ses murs, vuides de Citoyens,

Faites pleurer ma mort aux veuves des Troyens.

Je meurs , dans cet espoir , satisfaite et tranquille.

Si je n’ai pas vc'cu la compagne d'Achille,

J’esperc que, du moins, un heureux avenir A vos faits immortels joindra mon souvenir»

F.t qu’un jour mon trépas , source de votre gloire* Ouvrira le récit d’une si belle histoire....

Adieu , Prince , vivez, digne race des Dieux !

Achille.

Non , je ne reçois point vos funestes adieux!

En vain . par ce discours , votre cruelle adresse Veut servir votre pere et tromper ma tendresse !

En vain vous prétendez , obstinée à mourir , Intéresser ma gloire à vous laisser périr !

Ces moissons de lauriers, ces honneurs, ces conquêtes;» Ma main , en vous servant, les trouve toutes prêtes.

Eh 1 qui de ma faveur se voudroit honorer.

Si mon hymen prochain ne peut vous assurer?

Ma gloire, mon amour vous ordonnent de vivre. Venez , Madame; il faut les en croire et me suivre. Iphigénie.

Qui , moi ? que, contre un pere osant me révolter ,

Je mérite la mort que j’irois éviter?

OÙ scroit le respect et ce devoir suprême....

Achille, l' interrompant.

Vo«s suivrez tin époux , avoué par lui-même,

G vy

C’est un titre qu’en vain il prétend me voler.

Ne fait-il des scrmcns que pour les violer?

Vous même , que retient un devoir si sévère.

Quand il vous donne à moi n’est-il point votre pere?

Suivez-vous seulement scs ordres absolus

Quand il cesse de l’être et ne vous connoît plus?

Enfin , c’est trop tarder , ma l’rincesse ; et ma crainte...

Iphigénie, l’interrompant.

Quoi! Seigneur, vous iriez jusques à la contrainte? D’un coupable transport écoutant la chaleur.

Vous pourriez ajouter ce comble à mon malheur?

Ma gloire vous scroit moins chere que ma vie î Ah! Seigneur, épargnez la trisrc Iphigénie!

Asservie à des loix que j’ai dû respecter ,

C’est déjà trop pour moi que de vous écouter!

Ne portez pas plus loin votre injuste victoire;

Ou, par mes propres mains immolée à ma gloire.

Je saurai m’affranchir , dans ces extrémités ,

Du secours dangereux que vous me présentez!

ACHItLI.

Eh ! bien , n’en parlons plus. Obéitsez , cruelle !

Et cherchez une mort qui vous semble si belle.

Portez à votre pere un coeur où j’entrevoi Moins de respect pour lui que de haine pour -mol. Une juste fureur s’empare de mon amc.

Vous allez à l’Autel , et moi , j’y cours , Madame !

Si de sang et de morts le Ciel est affamé ,

Jamais de plus de sang ses Autels n’ont fumé !

A mon aveugle amour tout sera légitime;

Le Prêtre deviendra la première victime.

Ile bûcher , par mes mains détruit et renversé , Dans le sang des bourreaux nagera dispersé ;

Et si , dans les horreurs de ce désordre extrême » Votre pere frappé tombe et périt lui-même , Alors, de vos respects voyant les rristes fruits, Rcconnoisscz les coups que vous aurez conduits !

( Il sort, )

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