‹ Mithridate, tragedie de RacineChapitre 70 sur 107 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

CLYTEMNESTRE, EURYBATE, GARDES, IPHI- GÉNIE, ÆGINE.

Ciyiimnistri, aux Gardes.

C^ur, je la défendrai contre toute l’armée.

Lâches ! vous trahissez votre Reine opprimée î Eurybate.

Non, Madame; il suffit que vous nous commandiez. Vous nous verrez combattre et mourir à vos pieds.

Mais de nos foibles mains que pouvez-vous attendre ? Contre tant d ennemis qui pourra vous défendre ?

Ce n’est plus un vain peuple en désordre assemblé ;

C est d un zclc fatal tout le camp aveuglé, rius de pitié. Calchas seul régné , seul commande.

La piété sévère exige son offrande.

Le Roi , de son pouvoir se voit déposséder ,

£r lui-même au torrent nous contraint de céder.

Achille a qui tout ccdc, Achille à cet orage Voudroit lui-même en vain opposer son courage.

Que fera-t-il , Madame ? et qui peut dissiper Tous les flots d’ennemis prêts à l’envelopper? CtYTEMNESTRK.

Qu’ils viennent donc sur moi prouver leur zelc impie *

Et m’arrachent ce peu qui me reste de vie !

l a mort seule , la mort pourra rompre les nœuds Pont les bras nous vont joindre et lier toutes deux.

TRAGÉDIE. Si

Mon corps sera plutôt séparé de mon ame ,

( A Iphig/nie. )

Que je souffre jamais.... Ah! ma fille!

Iphigénie.

Ah! Madame!

Sous quel astre cruel avez-vous mis au jour Le malheureux objet d’une si tendre amour ?

Mais que pouvez-vous faire en l’état où nous sommes? Vous avez à combattre et les Dieux et les hommes. Contre un peuple en fureur vous exposerez-vous ? N’allez point , dans un camp rébelle à votre époux. Seule , à me retenir vainement obstinée ,

Par des soldats , peut-être , îndignemerr traînée , Présenter, pour tout fruit d’un déplorable effort.

Un spectacle à mes yeux plus cruel que !a mort. • Allez : laissez aux Grecs achever leur ouvrage ,

Et quittez pour jamais un malheureux rivage.

Du bûcher qui m’attend , trop voisin de ces lieux ,

La flamme de trop près vîendroit frapper vos yeux. Sur-tout , si vous m’aimez , par cet amour de mere , Ne reprochez jamais mon trépas à mon pcrc !

Clytemnestre.

Lui , par qui votre cœur à Calchas présenté !..».

Iphigénie, l ' interrompant .

Pour nie rendre à vos pleurs que n’a-t-il point tenté t Clytemnestre.

Par quelle trahison le cruel m’a déçue!

Iphigénie.

11 me cédoit aux Dieux dont il m’avoit reçue.

Ma motc n’emporte pas tout le fruit de vos feux s

De l’amour qui vous joint , vous avez d’autres noeuds. Vos yeux me reverront dans Orcste, mon frere. Puisse-t-il être, hélas 1 moins funeste à sa mere h...

( On entend un murmure confus. )

D’un peuple impatient vous entendez la voix.

Daignèz m’ouvrir vos bras , pour la derniere fois » Madame; et , rappellant votre vertu sublime....

( A Eurybate. )

Eurybate , à l’Autel conduisez la victime.

( Iphigénie sort , avec Euryiate. )

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