‹ Mithridate, tragedie de RacineChapitre 8 sur 107 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

MONIME, PHŒDIME.

Pksdimi.

C^tjoï ! vous êtes ici quand Mithridatc arrive? Quand, pour le recevoir , chacun court sur la rive? Que faites-vous, Madame; et quel ressouvenir Tout-à-coup vous arrête , et vous fait revenir? N’offenserez-vous point un Roi qui vous adore» Qui, presque votre époux,...

Mon IMS, l'interrompant,

Il ne l’est pas encore,

Phcedime ; et , jusqucs-là , je crois que mon devoir Est de l’attendre ici , sans l’aller recevoir.

PfiXDIME,

Mais ce n’est point, Madame, un amant ordinaire. Songez- qu’à ce grand Roi promise par un pere ,

Vous avez de scs feux un gage solcmnet

Qu’il peut, quand il voudra , confirmer à l’Autel.

Croyez-moi , montrez-vous , venez à sa rencontre.

K «garde en quel état tu veux que je me montre.

Vois ce visage en pleurs*, et, loin de le chercher» Dis-moi plutôt , dis-moi que je m’aille cacher ! Phsdihi.

Que dites-vous ? ô Dieux !

Ah 1 retour qui me tue!

Malheureuse! comment paroîtrai-ic à sa vue.

Son diadème au front ; et, dans le fond du coeur?... Phœdime, tu m’entends , et tu vois ma rougeur! Phidime.

Ainsi vous retombez dans les memes alarmes Qui vous ont dans la Grece arraché tant de larmes ?

Et toujours Xipharcs revient vous traverser?

Mon malheur est plus grand que tu ne peux penser. >

Xipharès ne s’offroit alors à ma mémoire

Que tout plein de vertus , que tout brillant de g!oirc »

Et je ne savoir pas que , pour moi plein de feux ,

Xiparès des mortels fût le plus amoureux.

Phœdime.

Il vous aime, Madame ! et ce Héros aimable..,.

M o N I M E , l’intf Trompant.

Est aussi malheureux que je suis misérable.

Il m’adore, Phocdime ; et les memes douleurs Qui m’affligeoienc ici , le tourmentoient ailleurs. Phœdime.

Sait-il en sa faveur jusqu’où va votre estime?

$aic-il que vous l’aimez ?

tt MITHRID ATE,

MOMIMl.

Il l’ignore, Phoedime.

les Dieux m’ont secourue, et mon cceur affermi N’a rien dit , ou, du moins, n’a parlé qu’à demi. Hélas ! si tu savois , pour garder le silence ,

Combien ce triste cœur s’est fait de violence i Quels assauts , quels combats j’ai tantôt soutenus !..• Phoedime , si je puis, je ne le verrai plus.

Malgré tous les efforts que je pourrois me faire >

Je verrois ses douleurs, je ne pourrois me taire.

Il viendra , malgré moi , m’arracher cet aveu ;

Mais , n’importe , s’il m’aime , il en jouira peu.

Je lui vendrai si cher ce bonheur qu’il ignore Qu’il vaudroit mieux pour lui qu’il l’ignorât encore.

FHŒDIMI.

On vient... Que faites-vous, Madame?

Jo ne puis.

Je ne paroîtrai point dans le trouble ou je suis.

I Elle son , avec Pljadinie. )

Page 1