‹ Mithridate, tragedie de RacineChapitre 82 sur 107 · F. V ONE · texte numérisé non relu

F. V ONE

Quoi ! de quelques remords êtes vous déchirée ?

Quel crime a pu produire un trouble si pressant ?

Vos mains n’ont point trempé dans le sang innocent.

PHEDRE

Grâces au Ciel , mes mains ne sont point criminelles. Plût aux Dieux que iftbn coeur fût innocent commt elles!

CE N OHE.

Et quel affreux projet avez-vous enfanté Dont votre coeur encor doive Stic épouvanté?

PHEDRE

Je t’en ai dit assez : épargne moi Je reste, le meurs' pour ne point faite un aveu si funeste.:

Mourez donc , et gardez un silence inhumain ;

Mais pour fermer vos yeux cherchez une autre main. Quoiqu’il vous reste à peine une foible lumière ,

Mon ame chez les morts descendra la première: Mille chemins oyyerts y conduisent toujours ,

Et ma juste douteur .choisira les plus courts.

Csuellc ! quand me foi vous a-t-elle déçue ?

Songez-vous qu’en naissant mes bras vous ont reçue ? Mon pays, rites enfans , pour .vous j’ai tout quitté.. Réserviez vous ce prix à m* fidélité ?

Bii|

PHEDRE

Phedji.

Quel fruit espcrcs-tu de tant de violence ?

Tu frémiras d’horreur si je romps le silence.

CE N O N E

It #jue me direz-vous qui ne cede, grands Dieux î A l’horreur de vous voir expirer à mes yeux î

PHEDRE

Quand tu sauras mon crime , et le sort qui m’accable , Je n’en mourrai pas moins .. j’en mourrai plus coupable 1

CE N o K s , se }ttta% à ses pieds,

Madame , au nom des pleurs que pour vous j’ai versés » Par vos foiblcs genoux que je tiens embrassés* Délivrez mon esprit de ce funeste doute !

PHEDRE

Tu le veux ?... Leve-toi.

CS K o n E , se levant.

Parlez; je vous écoute.

PHEDRE, à pan.

Ciel ! que lui vais-je dire , et par ou commencer I ' (S N O N K.

Par de vaines frayeurs cessez de m’offenser.

Phedre, à part .

O haine de Vénus! ô fatale colere I Dans quels égarcmens l’amour jeta ma mere !

CE n o N E.

Oublions-les , Madame ; et qu’il tout l’avenil Du silence éternel cache ce souvenir.

Phedri, à part.

Ariane , ma soeur , de quel amour blessée Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée î

CS N O N I

Que faites-vous , Madame? et quel mortel ennui Contre tout votre sang vous anime aujourd’hui ? Phedri.

Puisque- Vénus le veut, de ce sang déplorable Je péris la derniere , et la plus misérable !

Œhoni.

Aimez-vous ?

Phedri.

De l’amour j’ai toutes les fureurs 1 Œnohi,

Pour qui ?

PHEDRE

Tu vas ouïr le comble des horreurs!

J’aime.... A ce nom fatal je tremble » je frissonne..* J’aime....

CE H O N X

Qui)

Tu connois ce fils de l’Amazone # Ce Prince si long-tems par moi-même opprimé ?

Hippolyte Grands Dieux!

C’est toi qui l’as nommé 1 . • <E N O N X , à part.

Juste Ciel ! tout mon sang dans mes veines se glace 1

O désespoir! ô crime! 6 déplorable race!

Voyage infortuné ! rivage malheureux !

Eallon-il approcher de tes bords dangereux t

Mon mal vient de plus loin A peine au fils d’Égée r Sous les loix de l’hymen , je m’étois engagée.

Mon repos, mon bonheur seinbloit être affermi. Athènes me montra mon superbe ennemi.

Je le vis , je rougis , je pâlis à sa vue.

Un trouble s'éleva dans mon amc éperdue.

Mes yeux ne voyaient plus ; je ne pouvois parler t Je sentis tour mon corps et transir et brûler.

Je reconnus Vénus et ses feux redoutables.

D’un sang qu’elle poursuit tourmens inévitable*.

Par des voeux assidus je crus les détourner.

Je lui bâtis un Temple et pris $oin de l’orner.

De victimes moi même à toute heure entourée ,

Je che’chois dans leurs flancs ma raison égarée. ... D’uni incurable amour re.r.edcs impuissant !

En vain sur les Autels ma main bmloit l’encens.... Quand ma bouche imploroit le nom de la Déesse , J’adorois Hippolytej et , le voyant sans cesse. Meme au piçd des Autels, que je faisoîs fumer, J’offrois tout à ce Dieu , que je n’osois nommer.

Je î’évitois par-tout.... O comble de misere!

Mes yeux le retrouvoient dans les traits de son pere*.,* Contre moi-même enfin j’qsois me révolter.

J’excitai mon courage à le persécuter.

Pour bannir l'ennemi dont j’étois idolâtre , J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre.

Je pressai son exil ; et mes cris éternels L’arrachcrent du sein et des bras paternels....

Je respirois , Œnone s et , depuis son absence ,

Mes jours moins agités couloient dans Pinnocencè, Soumise à mon époux , et cachant mes ennuis,

De son fatal hymen je cultivois les fruits....

Vaines précautions ! cruelle destinée i Par mon époux lui-meme-à Trércne amenée ,

J’ai revu l’ennemi que j'avois éloigné.

Ma blessure trop vive aussi-tôt a saigné.

Ce n’est plus une ardeur dans mes veines cachée ! C’est Vénus toute entière à sa proie attachée....

J’ai conçu pour mon crime une juste terreur.

J’ai pris la vie en haine , et ma flamme en hor reur.

Je voulois , en mourant, prendre soin de ma gloire » Et dérober au jour une flamme si noire.

Je n’ai pu soutenir tes larmes , tes combats.

Je t’ai tout avoué.... je ne nt’en repens pas , Pourvu que de ma tport respectant les approches» .Tu ne m’affliges plus par d’injustes reproches i Et que tes vains secours cessent de rappeler

Un teste de chaleur, tout prêt A s’exhaler»

PHEDRE

Page 1