SCENE PREMIERE
AKICIE, ï S M E N H.
JFÎippolyte demande à me voir en ce lieu?
Hippolytc me cherche et veut me dire adieu ?
Ismene , dis-tu vrai? n’es-tu point abusée ?
C’est le premier effet de la mort de Théffîe.’ Préparez-vous , Madame , A voir de tous côtés Voler vers vous les cœurs par Thésée écartés.
JUicie à la fin de son sort est maîtresse.
Et bientôt à ses pieds verra toute la Grèce.
Ce n’est donc point , Ismene , un bruit mal affermi. Je cesse d’être esclave et n’ai plus d’ennemi.
Ismene.
Non , Madame, les Dieux ne vous sont plus contraires, Et Thésée à rejoint les mânes de vos freres.
Dit-on quelle aventure a terminé îcs jours ?
m PHEDRE,
On seme de sa mort d’incroyables discours.
On dir que , ravisseur d’une amante nouvelle, les flots ont englouti cct époux infidèle.
On dit meme, et ce bruit est par-tout répandu^ Qu’avec l'iiirhoüs aux enfers descendu.
Il a vu le Cocyte et les rivages sombres.
Et s'est montré vivant aux infernales ombres J Mais qu’il n’a pu sortir de ce triste séjour.
Et repasser les bords qu’on passe sans retour.
Croirai- je qu’un mortel, avant sa derniere heure. Peut pénétrer des morts la profonde demeure ?
Quel charme l’attiroit sur ces bords redoutés î I s M K N e .
Thésée est mort. Madame, et vous seule en douter, Athènes en gémit , Tréxene en est instruite.
Et ddia pou^son Roi rcconnoît Hippolyte.
Phedre , dans ce Palais tremblante pour son fils.
De scs amis troublés demande les avis.
Et tu crois que, pour moi, plus humain que son pere, Hippolyte rendra ma chaîne plus légère i Qu ? il plaindra mes malheurs ?
Madame, je le croi,
L’insensible Hippolyte est-il connu de toi?
Sur quel frivole espoir penses-tu qu’il me plaigne,
Bt respecte eu moi seule un sexe qu’il dédaigne ?
TRAGÉDIE. a
Tu vois depuis quel tems il évite nos pas ,
Et cherche tous les lieux où nous ne sommes pas?
Je sais de scs froideurs tout ce que Ton récite;
Maïs j’ai vu près de vous ce superbe Hippolyte»
Et même, en le voyant , le bruit de sa fierté A redoublé pour lui ma curiosité.
Sa présence à ce bruit n’a point paru répondre.
Dès vos premiers regards je l’ai vu se confondre.
Ses yeux, qui vainement vouloient vous éviter.
Déjà pleins de langueur ne pouvoient vous quitter*
Le nom d’amant , peut-être , offense son courage; Mais il en a les yeux , s’il n’en a le langage.
Que mon coeur, chere Ismene, écoute avidement Un discours qui , peut-être , a peu de fondement!
O toi, qui me connois, te scmbloit-il croyable Que le triste jouet d’un sort impitoyable.
Un coeur toujours nourri d’amertume et de pleurs. Dût connoître l’amour et scs folles douleurs?
Reste du sang d’un Roi , noble fils de la terre.
Je suis seule échappée aux fureurs de la guerre.
J’ai perdu , dans la fleur de leur jeune saison.
Six freres. Quel espoir d’un illustre maison!
Le fer moissonna tout; et la terre humectée But à regret le sang des neveux d’Erectée.
Tu sais , depuis leur mort , quelle sévere loi Défend à tous les Grecs de soupirer pour moi?
On craint que de la sœur les flammes téméraire*
Ne raniment un jour la cendre de ses freres;
C ij
PHEDRE
Mais tu sais bien aussi de quel oeil dédaigneux Je regardois ce soin d’un vainqueur soupçonneux P Tu sais que de tous terns à l’amour opposée,
Je rendois souvent grâce à^’injustc Thésée,
Dont l'heureuse rigueur sccondoit mes mépris.
Mes yeux alors, mes yeux n’avoient pas vu son fils.
Kon que , par les yeux seuls lâchement enchantée. J’aime en lui sa beauté , sa grâce tant vantée,
Présens dont la nature a voulu l’honorer ,
Qu’il méprise lui-même , et qu’il semble ignorer.
J’aime je prise en lui de plus nobles richesses»
Les vertus de son pere , et non point Les foiblesses. J’aime , je l’avoûrai , cet orgueil généreux Qui jamais n’a fléchi sous le joug amoureux.
Phcdre en vain s’honoroit des soupirs de Thésée.
Pour moi , je suis plus fiere, et fuis la gloire aisée D’arracher un hommage à mille autres offert.
Et d’entrer dans un ccpur de toutes parrs ouvert*
Mais de faire fléchir un courage inflexible.
De porter la douleur dans une ame insensible, D’cnchaîncr un captif, de ses fers étonné ,
Contre un joug qui lui plaît vainement mutiné, C’est-!à ce que je veux , c’est-là ce qui m’irrite. Hercule à désarmer coûioit moins qu’Hippo'.ytei Et , vaincu plus souvent et plutôt surmonté , Préparoit moins de gloire aux yeux qui l’ont dompté !..» Mais, chcre Ismcne, hélas! quelle est mon imprudence! On ne m’opposera que trop de résistance 1 Tu m’entendras, peut-ette, humble dans mon, ennui, Gémir du même orgueil que j’admitc aujourd'hui
Rippolyte atmeroit î par quel bonheur extrême Aurois-jc pu fléchir....
ISMENE, l’interrompant.
Vous l’entendrez lui même.
Il vient à vous.