‹ MitsouChapitre 4 sur 8 · LA FEMME DE CHAMBRE · texte numérisé non relu

LA FEMME DE CHAMBRE

Non, Madame. C'est-à-dire... je n'ose pas m'avancer... Monsieur doit être dans le fumoir, je vais m'en assurer.

(Elle sort.)

MARTHE, seule.

Je n'oserais jamais changer de linge devant une personne aussi digne ! (Elle furette, en amie intime.) Les maîtres de la maison sont, par chance, moins imposants... Drôle de maison. Ça n'a jamais l'air rangé ici. Je ne pouirais p.«s vivre dans un désordie comme

celui-là, moi. (EUe redresse un cadre contre le mur.)

Ça me donne le mal de mer. Jusqu'à la boite de bonbons qui n est jamais deux jours de suite à la mèuie place ! (Cherchant.) Où l'ont-

i:i EN CAMARADES

ils fourrée? Ah ! la voilà 1 (Elle croque der, bonbons.) Heureusement que le mari est un amour, lui ! C'est drôle, dans les ménages que je connais, le mari est presque toujours un amour... excepté dans le mien !...

MAX. entrant vivement, très empressé, très flirt.

Vous étiez là ! Depuis longtemps ? Combien de minutes de vous ai-je perdues?

MARTHE, riant.

Vous les retrouverez ! Vous êtes seul? Fanchette n'est pas là?

MAX

Mais si, elle est là. Je Tai entendue il y a un instant, elle riait avec son gosse...

MARTHE

Ah ! oui, toujours son gosse... Il va bien, lui aussi?

Je pr^nse. Vous demanderez à Fanchette.

MARTHE

Eh bien, on ne peut pas dire que vous soyez curieux de ce qui se passe chez vous, au moins.

MAX, placide.

Non. Nous nous sommes arrangés comme ça, Fanchette et moi. « Fais ce que tu veux, moi de même. »

MARTHE

(la peut vous mener loin...

MAX, soupirant.

Guère ! Regardez où nous en sommes, depuis trois mois que je vouS lais la cour î

MARTHE

Chut !

MAX

Qu'est-ce que j'ai dit de mal?

MARTHE

Uien... mais... Fanchette...

MAX

Fanchette sait très bien que je vous fais la cour.

MARTHE, riant, à mi-voix.

Oui, mais j'ai peur de la femme de chambre !

MAX, tj'ès près de Marthe.

Dieu, que cette robe est jolie !

MARTHE, coquette.

Ce chapeau vous plaît ?

MAX

Voyons... oui... Tournez un peu la tête parla... Oh ! t/ês bien. La robe aussi. J'adore ces modes-là, moi. Ça plaque ici, ça bâille là, ça remonte ici, ça descend là... •

MARTHE, se défendant.

Un geste de plus, j'appelle ma mère 1

MAX

Qu'est-ce que vous avez là-dessous?

Sous quoi ?

MAX

Sous cette espèce de chemise-fourreau qui vous... épouse de si près... ?

MARTHE

Oh ! c'est la scie... Je n'ai rien ou à peu près... Une combinaison en peau de chevreau.

MAX, rêveur.

En peau de chevreau... Un type dans le genre de Saint -Jean-Baptiste... Ah! que j'aimerais vous voir gambader autour de moi, vêtue d'une peau de chevreau, de très petit chevreau... (Brm^quemeni.j Vous m'aimez toujours?

MARTHE, plaisantant.

Jusques au délire !

MAX

C'est bien peu.

MARTHE

Et VOUS ?

MAX, pudique.

Madame !... Vous ne savez pas à qui vous parlez! Je suis marié !

MARTHE

Eh bien, et moi donc ? D'ailleurs, vous, vous l'êtes si peu... Figurez- vous qu'il y a des gens qui prennent Fanchette pour votre maîtresse.

MAX

C'est très blessant.

MARTHE

Pour elle ?

« MAX

Non... Pour vous.

MARTHE, riant.

Malhonnête !... C'est vrai, vous avez tellement l'allure d'un ménage pour rire !

MAX

D'un ménage où on rit, vous voulez dire. J'ai choisi la meilleure part, et fait de ma femme...

MARTHE

Un camarade, je l'attendais.

MAX

Oui. Un camarade avec qui on fait les mille z'horreurs. C'est rudement commode, vons savez. Je flirte, elle marivaude, nous coquetons... Et puis, le soir, dans le dodo, on se dit tout.

MARTHE

Tout? Vous exagérez.

MAX

Pas du tout, elle ne me cache rien.

MARTHE

Et vous?

MAX

Moi ? Je lui dis... que je vous adore.

MARTHE

Oui. Mais vous n'oseriez pas lui dire que vous m'aimez. (Geste de Max.) D'abord, ce ne serait pas vrai.

MAX, If'ger et évasif.

Ce ne serait pas assez !

MARTHE

Et... qu'est-ce qu'elle en dit, Fanchette, de notre grande passion ?

MAX

Elle ? elle se tord. Vous savez, elle ne s'épate pas facilement. Elle me raconte ses petites affaires, elle me demande conseil,

au besoin... (Marthe, sans être vue de lui, lève les yeux au ciel et hausse les épaules.) En dchors de

mes avis éclairés, elle vit à sa guise, sous l'œil de Dieu. Elle a sa morale à elle...

EN CAMARADKS 181

MARTHE

Bien à ello !

Elle dit : « Le mal, c'est ce qui est laid. » Vous comprenez, je ne vais pas aller déranger cette sérénité païenne. (Xaïvement saiîsfiiU.) Mon système n'est peul-ôlre pas neuf, mais il n'est pas le plus mauvais, allez!

.M\RTHK. .7 pnrt.

L'est drôle, je le croyais intelligent !

MAX

Il faut évidemment avoir affaire à une nature de tout repos.

MARTHE

Comme s'il y avait des femmes de tout repos !

MAX

Ce n'est pas à vous que je pensuis. Vous...

VOUS ôtes... la perturbritrire. Ah! que vous devez bien savoir mentir!

MARTHE, modeste.

Oh !... Comme tout le monde...

MAX

Mieux que les autres ! ^Allumé.) Tout en vous provoque et se dérobe... Celte taille de couleuvre, ce coin de bouche oerfide... Ah ! Marthe...

MARTHE

Je vous défends de m'appeler Marthe î

MAX, candide.

Quel autre prénom désirez- vous que je vous donne ?

MARTHE

Mais aucun ! Vous pouvez bien m'appeler madame, comme tout le monde !

MAX, amer.

C'est ça, relé«i:uez-moi dans la foule anonyme ! Après trois mois de passion invétérée ! Madame !... Ah î c'est gai! (Changeani

de ton brusquement.) Qll'rst-ce que VOUS faites

demain entre trois et inq?

MAIITHE étonnée.

Demain ? Entre trois et cinq? Je ne sais pas...

-MAX, pér:mptoire.

Jje le sais, moi ! Mar:he, j'ai besoin devons parler sérieusement, <'t de vous embrasser, non moins sérieusement.

MARTHE

Oii ça?

MAX, ininétneux.

Partout !

MARTHE. ef]\ivée.

Mais non ! Je voulais dire où? Dans quel... dans quel local, enfin ..

MAX

Ah ! bon. . . (Plus bas. se rapprochant.) Connaissez-VOUS cette petite rue qui coupe l'avenue de...

MARTHE, bas-, vivemenl, df^sifjnant la porte.

Chut, donc ! 11 y a quelqu'un, là...

MAX, élevant la voix.

Fanchette ! Tu es là ?

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