LA FEMME DE CHAMBRE
Non, Madame. C'est-à-dire... je n'ose pas m'avancer... Monsieur doit être dans le fumoir, je vais m'en assurer.
(Elle sort.)
MARTHE, seule.
Je n'oserais jamais changer de linge devant une personne aussi digne ! (Elle furette, en amie intime.) Les maîtres de la maison sont, par chance, moins imposants... Drôle de maison. Ça n'a jamais l'air rangé ici. Je ne pouirais p.«s vivre dans un désordie comme
celui-là, moi. (EUe redresse un cadre contre le mur.)
Ça me donne le mal de mer. Jusqu'à la boite de bonbons qui n est jamais deux jours de suite à la mèuie place ! (Cherchant.) Où l'ont-
i:i EN CAMARADES
ils fourrée? Ah ! la voilà 1 (Elle croque der, bonbons.) Heureusement que le mari est un amour, lui ! C'est drôle, dans les ménages que je connais, le mari est presque toujours un amour... excepté dans le mien !...
MAX. entrant vivement, très empressé, très flirt.
Vous étiez là ! Depuis longtemps ? Combien de minutes de vous ai-je perdues?
MARTHE, riant.
Vous les retrouverez ! Vous êtes seul? Fanchette n'est pas là?
MAX
Mais si, elle est là. Je Tai entendue il y a un instant, elle riait avec son gosse...
MARTHE
Ah ! oui, toujours son gosse... Il va bien, lui aussi?
Je pr^nse. Vous demanderez à Fanchette.
MARTHE
Eh bien, on ne peut pas dire que vous soyez curieux de ce qui se passe chez vous, au moins.
MAX, placide.
Non. Nous nous sommes arrangés comme ça, Fanchette et moi. « Fais ce que tu veux, moi de même. »
MARTHE
(la peut vous mener loin...
MAX, soupirant.
Guère ! Regardez où nous en sommes, depuis trois mois que je vouS lais la cour î
MARTHE
Chut !
MAX
Qu'est-ce que j'ai dit de mal?
MARTHE
Uien... mais... Fanchette...
MAX
Fanchette sait très bien que je vous fais la cour.
MARTHE, riant, à mi-voix.
Oui, mais j'ai peur de la femme de chambre !
MAX, tj'ès près de Marthe.
Dieu, que cette robe est jolie !
MARTHE, coquette.
Ce chapeau vous plaît ?
MAX
Voyons... oui... Tournez un peu la tête parla... Oh ! t/ês bien. La robe aussi. J'adore ces modes-là, moi. Ça plaque ici, ça bâille là, ça remonte ici, ça descend là... •
MARTHE, se défendant.
Un geste de plus, j'appelle ma mère 1
MAX
Qu'est-ce que vous avez là-dessous?
Sous quoi ?
MAX
Sous cette espèce de chemise-fourreau qui vous... épouse de si près... ?
MARTHE
Oh ! c'est la scie... Je n'ai rien ou à peu près... Une combinaison en peau de chevreau.
MAX, rêveur.
En peau de chevreau... Un type dans le genre de Saint -Jean-Baptiste... Ah! que j'aimerais vous voir gambader autour de moi, vêtue d'une peau de chevreau, de très petit chevreau... (Brm^quemeni.j Vous m'aimez toujours?
MARTHE, plaisantant.
Jusques au délire !
MAX
C'est bien peu.
MARTHE
Et VOUS ?
MAX, pudique.
Madame !... Vous ne savez pas à qui vous parlez! Je suis marié !
MARTHE
Eh bien, et moi donc ? D'ailleurs, vous, vous l'êtes si peu... Figurez- vous qu'il y a des gens qui prennent Fanchette pour votre maîtresse.
MAX
C'est très blessant.
MARTHE
Pour elle ?
« MAX
Non... Pour vous.
MARTHE, riant.
Malhonnête !... C'est vrai, vous avez tellement l'allure d'un ménage pour rire !
MAX
D'un ménage où on rit, vous voulez dire. J'ai choisi la meilleure part, et fait de ma femme...
MARTHE
Un camarade, je l'attendais.
MAX
Oui. Un camarade avec qui on fait les mille z'horreurs. C'est rudement commode, vons savez. Je flirte, elle marivaude, nous coquetons... Et puis, le soir, dans le dodo, on se dit tout.
MARTHE
Tout? Vous exagérez.
MAX
Pas du tout, elle ne me cache rien.
MARTHE
Et vous?
MAX
Moi ? Je lui dis... que je vous adore.
MARTHE
Oui. Mais vous n'oseriez pas lui dire que vous m'aimez. (Geste de Max.) D'abord, ce ne serait pas vrai.
MAX, If'ger et évasif.
Ce ne serait pas assez !
MARTHE
Et... qu'est-ce qu'elle en dit, Fanchette, de notre grande passion ?
MAX
Elle ? elle se tord. Vous savez, elle ne s'épate pas facilement. Elle me raconte ses petites affaires, elle me demande conseil,
au besoin... (Marthe, sans être vue de lui, lève les yeux au ciel et hausse les épaules.) En dchors de
mes avis éclairés, elle vit à sa guise, sous l'œil de Dieu. Elle a sa morale à elle...
EN CAMARADKS 181
MARTHE
Bien à ello !
Elle dit : « Le mal, c'est ce qui est laid. » Vous comprenez, je ne vais pas aller déranger cette sérénité païenne. (Xaïvement saiîsfiiU.) Mon système n'est peul-ôlre pas neuf, mais il n'est pas le plus mauvais, allez!
.M\RTHK. .7 pnrt.
L'est drôle, je le croyais intelligent !
MAX
Il faut évidemment avoir affaire à une nature de tout repos.
MARTHE
Comme s'il y avait des femmes de tout repos !
MAX
Ce n'est pas à vous que je pensuis. Vous...
VOUS ôtes... la perturbritrire. Ah! que vous devez bien savoir mentir!
MARTHE, modeste.
Oh !... Comme tout le monde...
MAX
Mieux que les autres ! ^Allumé.) Tout en vous provoque et se dérobe... Celte taille de couleuvre, ce coin de bouche oerfide... Ah ! Marthe...
MARTHE
Je vous défends de m'appeler Marthe î
MAX, candide.
Quel autre prénom désirez- vous que je vous donne ?
MARTHE
Mais aucun ! Vous pouvez bien m'appeler madame, comme tout le monde !
MAX, amer.
C'est ça, relé«i:uez-moi dans la foule anonyme ! Après trois mois de passion invétérée ! Madame !... Ah î c'est gai! (Changeani
de ton brusquement.) Qll'rst-ce que VOUS faites
demain entre trois et inq?
MAIITHE étonnée.
Demain ? Entre trois et cinq? Je ne sais pas...
-MAX, pér:mptoire.
Jje le sais, moi ! Mar:he, j'ai besoin devons parler sérieusement, <'t de vous embrasser, non moins sérieusement.
MARTHE
Oii ça?
MAX, ininétneux.
Partout !
MARTHE. ef]\ivée.
Mais non ! Je voulais dire où? Dans quel... dans quel local, enfin ..
MAX
Ah ! bon. . . (Plus bas. se rapprochant.) Connaissez-VOUS cette petite rue qui coupe l'avenue de...
MARTHE, bas-, vivemenl, df^sifjnant la porte.
Chut, donc ! 11 y a quelqu'un, là...
MAX, élevant la voix.
Fanchette ! Tu es là ?