VOIX DE FANCHETTE
Très bien, merci.
.Qu'est-ce que vous faites là-dedans ?
MARTHE
Mon cher, vous êtes bien curieux !
MAX, haussant les épaules.
Qu'est-ce que vous faites? Ça empeste le brûlé î
VOIX DE FANCHETTF.
-C'est des pistaches que j'ai voulu faire griller sur mon réchaud pour chaulVer les fers à friser... Ça u'a pas marché. (Elle entre.) Tiens, Marthe !
MARTHE, shake-hand.
Bonjour !
FANCHETTE
Dieu, que cette robe est jolie !
MARTHE
Vous n'avez pas seulement eu le temps de la regarder ! .
FA^'CHETTE
C'est vrai. Mais j'ai confiance. J'espère que Max vous a tenu compaguie ?
MAX, fat, à Fanchette.
Je ne lui ai pas tenu que ça.
MARTHE, suffoquée.
Qu'est-ce que vous dites ?
MAX, à Fanchetle.
Je lui ai tenu... des propos déshonnêtes.
MARTHE, à Fanchetle.
C'est rigoureusement vrai. Et puis, vous savez, c'est lui qui a fait la gaffe.
FA^XHETTE.
Quehe gaffe?
MARTHE
Je m'étais heurtée à votre sévère consigne : « Madame est sortie ».
FANCHETTE
Ah ! oui, le gendarme...
MARTHE
Maisi, (Désignant Max.) c'est un type dans le genre de Saint Jean Bouche d'Or, (imitant Max.) « Fanchette ? mais elle est là ! avec son gosse! »... Sans rancune, hein?
FA^XHETTE.
Oh ! sans rancune ! J'ai le temps de le voir, vous savez, le Gosse ! Et vous deux? Ça tient toujours, ce grand flirt?
MARTHE, riant.
Pas mal, merci.
FANCHETTE
Ravie de vous T en tendre dire. (Désignant itfax.; Tenez-le serré, il n'y a pas plus coureur.
MARTHE
Mais c'est une procuration en bonne et due forme que vous me donnez là !
FANCHETTE
Pourquoi pas? Vous êtes le flirt de Max, le flirt idéal... pour moi.
MARTHE
Le flirt... sans danger?
FANCHETTE
Le flirt décoratif, avantageux, compromettant. Si Max faisait la cour à une femme laide, je me sentirais vexée, outragée... Oh ! je serais furieuse! Songez donc! Qu'est-ce qu'on irait supposer de moi ?
i:X CAMARADES 189
MAX, len bvèLS au ciel-
Je n'ose pas y penser
MARTHE
Quel ménage !
FANCHETTE, les mains sur les épaules de Max.
Tout de même, méfiez-vous, ma chère, on se dit tout, nous deux !
MARTHE
Oui, oui, je sais !...
MAX, à Fanchelte.
Mais toi-même, o ma digne épouse, où donc est ton joujou favori ?
-FANCHETTE. appelant vers la porte entrouverte-
Gosse!... Eh bien, Gosse? Allons vite, mon petit !
LE GOSSE, entrant.
Voilà, voilà ! (A Marthe, s'es.suyant les doigts avant
IW EN CAMARADES
de lui baiser la main.) Je VOUS demande pardon, ce sont ces sales pist:iches...
FANCHETTF, menaçante.
Sales ! Répétez un )eu !
LE COSSE
Elle me fait faire un métier de marmiton! Je suis tout noir.
(On s'assied.) MARTHE, <ï Fanchelt ', désignant le Gosse.
Vous avez là un bien bel enfant, Madame.
FASCllETTE, jcaant à la dame.
N'est-ce pas, Madame? Tout le monde m'en fait compliment. Et si avancé pour son âge ! (Au Gosse.) Réc ite ta fable à la dame !
LE GOSSE, un doigt dans la bouche^ faisant l'enfant.
Non, veux pas, là !
MARTHl . â Max.
Comment, elle le tutoie, maintenant?
MAX
Est-ce que je sais ? Ça ne nous regarde pas. Venez donc vous asseoir là, près de moi! (A Fancheite.) Fanchelte ! joue avec le petit garçon, et n'écoute pas ce que disent les grandes personnes !
FANCHETTE, gaiment.
Comi^visl (Au Gosse, impérieuse.) Ici, GoSSe I (Il vient s'asseoir à ses pieds sur un petit tabouret. — Elle prend une corbeille sur ses genoux et fourrage
dedans.) Il faut pourtant que je range mon panier à paresse... Quand on pense! Voilà des bonbons de la semaine dernière que je n'ai pas encore « mis à jour » !
LE GOSSE
C*est moi qui vous les ai donnés, pourtant 1
FANCHETTE
Faut-il pas que je vous les rembourse? Ce qu'il est vénal, ce petit-Ià !
LE GOSSE
Vous en voulez d'autres ?
FANCHEttÊ.
Cette question !
LE GOSSE
J'en ai.
FANGHBTTE.
Dôiinez tilè.
LE GQSSE.
J'en ai... chez moi.
FANXHETTE.
Allez les chercher.
LE GOSSE
Venez âvec moi.
FANGHETTE.
En voilà une idée, par exemple ! (Fouillant 'Uns le jja.nier.) Tiens ! le fouet de la chienne ! Je l'ai assez cherché !
EN CAMARADES iy.{
Le gosse, piué bà».
Vous savez, elle nous fait des mauvais yeux.
FANXHETTE.
Qui ça ?
LE GOSSE, désignant MaHhe.
La dame au chapeau, là...
FANGHETTE.
Ça vous gêne?
Lé OOSgE.
I^on, mais vous*?
FANGHETTE.
Non plus.
LE GÔâéE.
C'est égal. Elle n'a pas l'air de nous regarder, mais je la sens rosse.
PANCfiÊTTK.
Croyez- vous? Chez Marthe, ce n'est pas
de la méchanceté, c'est une attitude, une espèce d'empressement à suivre la mode... car la mode n'est plus aux « bonnes filles, ni aux gentilles petites femmes... »
LE GOSSE
Oui, à présent, on porte les teintes crues et la rosserie affichée. Les hommes aiment ça.
A qui le dites-vous ? J'ai eu la visite d'un ami de Max, un nouveau marié, qui m'a parlé de sa jeune femme en termes...
étranges.
LE GOSSE
Qu'est-ce qu'il disait?
FANCHETTE
Il parlait de son sale caractère comme d'une vertu domestique, il disait: u Ah î le petit chameau ! y a pas plus charogne ! »
LE GOSSE
Charmant.
FANCHETTE
Marthe est assez le « petit chameau ». Elle espionne par système et dénigre par habitude. Au fond, elle n'en pense pas un mot.
(Petit silence. Pendant le dialogue qui précède, Max et Marthe causent et rient. Max à ouvert L'ombrelle de Marthe et pendant un instant leurs têtes disparaissent sous l'ombrelle inclinée vers le public.)
LE GOSSE
Vous ne m'avez pas répondu tout-àrheure.
FANCHETTE
A quoi ?
LE GOSSE
Vous le savez très bien.
FANCHETTE
Venir chez vous? Ça va recommencer?
Mais oui, j'ai entendu. Et je n'irai pas.
LE GOSSE
Âh I (Un temps.) Au foïid, VOUS avez la frousse.
FANCIIETTE, méprisante.
La frousse? Ah ! là là, mon pauvre petit ! Peur de ça, moi ?
(Elle lui pince le menton.)
MARTHE, qui les surveille, à Max.
Sont-ils gentils, tous les do^x 1
MAX
Eh bien, et nous? On n'est pas répugnants, que je sache !
MARTHE
Nous nous tenons mieux.
MAX
Mais nous promettons davantage.
MARTHE
Oh I vous croyez? Vos pensées et celles
du Gosse, puisque Gosse il y a, doivent se ressembler en ce moment comme... deux femmes nues.
MAX
Vous, vous m'ennuyez. Vous voulez faire de Fanchette une femme raisonnable, une femme comme les autres î
MARTHE
Elle n'a pas besoin de devenir raisonnable pour ressembler aux autres...
(Fanchette écl&le de rire.)
MAX, à Fanchette.
Qu'est-ce qu'il a dit encore ?
FANCHETTE
Oh ! c'est trop bote, je ne peux pas le répéter.
LE GOSSE, bas h Finchetle.
Taisez-vous donc !
FAN'CHETTE, au Gosse.
Hein ! Vous n'en menez pas large ! (A son mari et à Marthe.) D'ailleurs, ça ne vous regarde pas.
(Max et Marthe reprennent leur aparté.) LE GOSSE, grognon, à Fanchette.
C'est malin, ce que vous avez fait là.
FANCHETTE
C'est pour vous montrer que de nous deux, c'est vous, le froussard. Qu'est-ce que j'irais faire chez vous? On sera bien mieux chez Olympe.
LE GOSSE
Ouest-ce que c'est que ça, Olympe ? Un petit pied-à-terre ?
FANCHETTE
C'est un petit pied à thd. On y mange des sand\Yiches aux harengs, ma chère!... C'est une petite boîte très gentille, toute simple.
LE GOSSE
Trop simple pour moi. Chez moi, tout est d'un luxe inouï !
FANCHETTE
Je connais. Vous avez une telle horreur de ce- qui est simple que vous avez mis partout des doubles rideaux.
LE GOSSE
J'ai aussi une double clef, pour vous...
FANCHETTE
Il ne me manque plus que la double voilette...
LE GOSSE
Les baisers doubles...
FANCHETTE
Et du curaçao triple sec ! (ils rient tous deux.) Mon Dieu, que nous sommes spirituels! Que vous m'amusez. Gosse! Comment voub'zvous que je vous prenne jamais au sérieux?
Non là, vrai, quand je voudrais de tout mon cœur... être votre maîtresse, je ne pourrais jamais ! Je mourrais de rire ! Je ne peux pas un instant m'imaginer... (Elle rit,) Ou bien, je penserais à autre chose au moment de...
LE GOSSE, têtu.
Ça, c'est mon affaire. Mais puisque ce sera pour rire, justement! Une visite, rien qu'une visite ! On jouera au ménage illicite ! (Elle ne répond pasj Demain, ça tient? (Elle fait signe que
non.) Au fond, vous avez un peu peur.
FANCHETTE, furieuse.
J'ai peur, moi?... J'ai peur?
LE GOSSE
Gomme un seul homme.
FANCHETTE
Serin, va!
LE GOSSE, taquin, têtu.
Vous ne viendrez pas, parce que vous
avez penr. Chiche que vous ne viendrez pas. Chiche que vous avez peur.
FANCIIETÏE, outrée.
Vous êtes un... un... je ne peux pas dire quoi !
LE GOSSE
Répétez-le donc, et je vous embrasse.
PANCIItTTE.
Oui, je le répète l
LE GOSSE
Ah?
(Il l'embrasse rapidement.)
PANCHETTE, erinnt.
Ohl
(Elle se lève et répand à terre tout le contenu de la corbeille.)
MAX ET MARTHE se lèvent, s'approchant.
Qu'est ce qu'il y a ?
FANCHETTE, indignée.
Il m'a embrassée !
(Le Gosse est un peu gêné.)
MAX, blagueur et grave.
Ma position est bien difficile. Le souci de ma dignité exige une réparation immédiate. (Farouche.) Je sais cc qui me reste à faire !
(Il empoigne brusquement Marthe et l'embrasse trois ou quatre fois.)
FANCHETTE, vaguement choquée.
Eh bien, vrai!... C'est tout ce que ça te fait ?
MAX, de même.
Moi? non, ce n'est pas tout !
(Il recommence.)
MARTHE, se d 'baillant.
Mon chapeau ! Mon cliii^non ! Au secours ! Un satyre !
(Le Gosse et Fanchette se précipitent.)
MAX pnnrsuit Marthe en criant.
Retenez-moi ! Retenez-moi, ou je vais faire un bonheur !
FANXHETTE, l'asseyant de force.
Max ! Max ! veux-tu la laisser tranquille !
MARTHE, rajustant son chapeau.
Mes petits enfants, je m'en vais. Cette maison-patriarcale et mouvementée m'épouvante. (A Max.) Mes manches, si! vous plaît.
(Au Gosse qui s'empresse.) Non, paS VOUS. VoUS
êtes déjà de service. Max?...
(Il l'aide.) MAX, bas à Marthe, en l'aidant à passer ses manches.
Alors?... Rue du Sergent-Hoff? Près de Tavenue Niel, vous voyez ça?... (F^nchette s'approche, il l'arrête.) Laisse, mon petit, je reconduis Marthe.
(Us remontent en parlant bas et sortent.) (Fanchelte les épie, oupçonneuse, et tend l'oreille.)
FANCHETTE, h elle-même.
il la reconduit... Oui, il la reconduit...
sur les deux joues ! (Elle redescend. Au Gosse qui boude.) Gosse?
LE GOSSE, boudeur.
Quoi ?
?ANCHÉTTÈ.
Oh ! ce caractère ! Quand on est de cette humeur là, mon ami, on se cache, on vit tout seul, on accroche une pancarte à sa porte: « Je boude! » De manière que les camarades gentilles, qui voudraient justement vous faire une petite visite vers cinq heures...
LE GOSSE, vivement.
Non? Vrai? Fanchette?... (Consterné.) Je fais des excuses plaies, plates, plates... C'est vrai que demam, vers cinq heures, chez moi ?
(Marthe est rentrée sur ces mots et a entendu la, fin de la phrase.)
MARTHE
Mon ombrelle?
(Elle cherche. FancUelle et le Gosse aussi.)
EN CAMAKADES 205
FANCHETTE, cherchant.
Elle était là, contre le divan...
MARTHE., à part, cherchant.
Qu'est-ce qu'ils ont dit? Demain à cinq heures? Eh, eh ! (]es innocents ! (Haut.) Ah ! je l'ai ! Merci ! Au revoir, Fanchette î
(Elle sort vivement.)
FANCHETTE, à Marthe.
A bientôt
LE GOSSE, heureux, ihquiet.
Alors, vous disiez... que demain... à cinq heures...
FANCHETTE, distraite, les yeux vers U porte. Sais pas... peut-être... (Redescendant.) PfO-
mettez-moi qu'on s'amusera ?
LE GOSSÈ, enchanté.
Je vais régler le programme des fêtes!
MAX, rentrant.
Vous partez, Gosse entreprenant ?
LE GOSSE, shake-hands.
Je crois bien, on me chasse !
MAX
C'est bien fait. A demain.
LE GOSSE
A demain, oui... Au revoir Fanchette...
(Max et Fanchette restent seuls. Max va et vient, chantonne, regarde par La fenêtre. Fanchette reste immobile et songeuse.)
FANCHETTE, brusquement.
Qu'est-ce qu'elle t'a dit ?
MAX
Qui donc, mon petit ?
FANXHETTE.
Marthe.
MAX, trop dégagé.
Ce qu'elle m'a dit? Des potins, des riens... Marthe énonce rarement de ces paroles définilives qui se gravent dans la mémoire...
Tu sais, elle est ravie que tu lui fasses la cour.
MAX, avantageux.
Elle serait difficile ! f Se regardant dans la glace.)
Je suis en beauté aujourd'hui, n'est-ce pas?
FANCHETTE, riant.
Que tu es bête, Max !
MAX
Je suis bête, mais je suis beau. Elle aussi, d'ailleurs.. .
FANCHETTE
Elle aussi quoi ?
MAX
Elle ma semblé en forme, aujourd'hui.
FANCHETTE
Peuh î Je n'aime pas beaucoup cette façon de se mettre du rouge en plein jour, tu sais... Qu'est-ce qu'on fait cette après-midi ? On sort ?
MAX, lui prenant la taille.
On reste ensemble, si Madame veut bien.
FANCHETTE, contente.
Chic!
MAX
Et demain aussi ! (Se reprenant vivement.) G'est-
à-dire...
FANCHETTE, en nXêtnê temps, liivBmenl.
C'est-à-dire...
(lli n regardent un peu embârr3k8$és.) MAX.
C'est-à-dire, non... Pas demain. Demain j'ai promis de passer à l'hippique...
FANCHETTE
Moi aussi... (Se reprenant.) Qu'est-ce que je
dis donc? Vu conlrairc, je ne pi^iix pns. J'ai la corseti»'re, voilà tr.iis lois (jne je lu remets...
MAX
Bon, bon... (il se prumène et chantonne.) Ça va, ça va... (Silence.)
FANCHETTE, perplexe.
Max?
MAX
Mon petit ?
Tu es sûr...
MAX
Sûr de quoi, ma chérie ?
FANCHETTE
Sûr que tout ça n'a pas d'importance ? Tu es sûr que Mailhe, enlin... Ce n'est pas sérieux ?
MAX
Grande soLle déniant, va î
FANCHETTE
Parce que, enfin... elle est très bien, Marthe, et toi... tu n'es qu'un homme... Tu es sûr de toi, Max ?
MAX, lui posant tendrement sa main sur la tête.
Mais, oui, sûr! Sûr... comme de toimême î
(Elle baisse la télé pour dérober son visage.) RIDEAU