‹ MitsouChapitre 8 sur 8 · AN GUETTE · texte numérisé non relu

AN GUETTE

Vous regrettez d'être seul ? Je voudrais pourtant voir votre figure, si... (Marchant sur

lui et lui posant les mains sur les épaules.) GoSSC !

Nous sommes-là bien sages, nous n'avons pas échangé un baiser et j'ai gardé toutes mes épingles à cheveux... Nous n'avons rien fait de mal ? Qu'est-ce que vous diriez si Max entrait ? Ça vous ferait plaisir ? Vous le regarderiez droit, là, com me les autres jours?

LE GOSSE, détournant la tête.

Ça ne tient pas debout, voyons ! Mais certainement, que je... Je n'aurais aucune... Ça me serait tout à fait indifférent de...

(Il s'arrête. Silence.)

FAN'CHETTE, souriant.

Mon petit Gosse i Vous n'êtes pas encore un ((champion du vice». Dieu merci! Ça

me Tait plaisir, vous savez! (Une partage pas... Fanchetle reprend plus bas.) VouS me Comprenez,

dites? Vous comprenez ce que j'ai éprouvé

tout à riieiire? Une chaîno,une douce chaîne qu'on n'avait jamais sentie fteser, mais qui se r.ippclle à vous, qui vous entre un peu dans la chair quand on veut brouter trop loin du piquet...

LE GOSSE, an peu méprisant.

Petite esclave !

FAN'CHETTE, orgueilleuse.

Esclave volontaire! (Se retournant d'instinct vers,

ta porte.) Oh ! Max me comprendrait bien, lui !

LE GOSSE, blessé, méchant.

Il VOUS comprendrait, il vous comprendrait... Rien n'est moins sûr... Il ne peut pas tout comprendre, ce phénix des maris... Il est déjà assez occupé à comprendre ^comm% vous dites, la peu iarouche Madame iMarlhe Payen...

FAXCHETTE, t&isie, prête à le gifler.

Oh !.. . (Elle se contient et parvient à sourire.) C'est

pas bien joli, ce que vous venez de faire là,

Gosso... Je no me fâche pas, parce qiio ']o sais que c'est im mensonge, mais c'o>l pas tr^s... tri^s joli... Vous nêli's pas hourriix. Gosse. Oiiaii'l on esl mallieuronx, on osl mcH^liant...

(Le Go'.fe furieux contre elle et contre lui-même, bourre de coups de poing les coussins du divan. Fonchette, insistant un peu durement.) MéfieZ-VOUS, VOUS allez

pleurer!...

LE GOSSE, la voix étr&nglée.

Moi, pleurer? Ah! par exemple!... Ah bien, zut !...

fil s'arrête, la gorge serrée. j FANCHliTTE, qui a aussi entie de- pleurer.

Ah ! oui, vous pouvez taper sur les coussins, allez, ça sert à quelque chose ! Ah ! il est fiai, notre rendez-vous! Elle est jolie, notre bonne camaraderie î Une bonne camaraderie ! Vous avez voulu coucher avec moi, c'est bien d'un camarade !

LE GOSSE, désol'J, comme un potache

Mais enfin, bon Dieu, je ne vous ai pas

traînée ici de force ! on dirait que c'est moi tout seul qui...

FANXHETTE, Varrêtant.

Oh ! je ne m'iniio -ente pas, allez ! Je sais bien que je ne suis qu'une femme, et une femme, ça n'est pas grand chose de bon, quand elle est tête-à-tête avec un homme amoureux! (Prête h pleurer.) Seulement, tout de même, vous n'auriez pas dû me dire que Max, avec Marthe... non... je ne méritais

pas... (Coup de sonnette violent. Silence.) Qu'est-Ce

que c'est que ça?

LE GOSSE, bag.

Je ne sais pas. {Deuxième Coup de sonnette, troisième Coup, quatrième Coup.) 11 en a Un culot,

celui-là!

(Au moment oii il se lève pour aller ouvrir, on entend de'i coups de poing sourds dans la porte et la voix étouffée de)

MAX, à la cantonade.

Ouvrez ! Ouvrez, je sais que vous êtes

EN CAMAHADES 235

là ! Ouvrez tout de suite ! (La chienne aboie dans l'antichambre.)

(Le Gosse et Fanchette se regardent.)

LE GOSSE, se décidant. Geste théâtral.

C'est bon. Je vais ouvrir.

FANCHETTE. se Jetant sur lui, et lélnigmint brutalenwnt de la porte.

Otez-vous de là ! Eh bien, il ne manquerait plus que ça!

LE GOSSE, te défendant.

Je ne permettrai pas que Max touche à un cheveu de votre tête !

FANCHETTE

Oui, oui, je sais ! Fichez-moi donc le camp dans votre chambre. Voulez-vous ? Vous m'entendez?

(Elle le pousse vers la chambre à coucher.) LE GOSSE, résistant.

Mais vous, Fanchette, vous, qu'allez-vous faire? Je ne...

■236 EN CAMAHAUES

FANCHETTE

Moi, c'est mon affaire ! Je me charge de tout, s'il ne vous voit pas... mais ne bougez pas de là ! Je vous le défends I

fE'le réussit à l'enfermer dans sa chambre, hésite une minute, puis, avec un geste de « tant pis! » court ouvrir à Max. qui sonne toujours. Max se précipite comme un fou, les yeux hors de la tête et dépasse, sans la voir, Fanchelte qui referme la porte derrière lui.)

MAX, haletant.

La chienne ! La chienne est là ! Où sontils ?... (Il se retourne sur Fanchette et s'arrétant,

atterré.) Ainsi, c'était vrai! Où est-il? Répondras-tu? Où est-il?

FANCHETTE, aKsise, les coudes sur les genoux et le menton dam ses mains.

Qui?

MAX

Le Gosse.

FANCHETTE, geste vague.

Je ne sais pas. Par là,., peut-être dans la rue...

KN CAMAHADES z^H

MAX, outré.

Dans la... fll fonce sur elle, puis se contient avec

peine.) Mon petit, je ne le conseille pas de me la taire à l'inconscience ! Tes altitudes de femme-enlant, de bête de la nature, ah ! non, plus de ça entre nous, à pressent que je sais

ce que lu cachais là-dessous ! ^Fanchelte esquisse un geste et va protester, puis elle y renonce, résignée, découragée, Max reprend-, s'épongeant le front. J Une

heure, une heure que je piétinais là-bas, chez nous, que je luttais contre l'envie de venir ici, de tout tuer, de... Gomme si ça en valait la peine ! Tu entends, je sais depuis une heure, que tu es ici !

FANCHETTE, vivement.

Qui te l'a dit?

Qui?... Ça, c'est mon afTaire !

FANCHETTE

Le bleu anonyme ?

Non.

FA^XHETTE.

Tu m'as fait suivre ?

MAX, amer.

Je n'en suis pas là, Dieu merci !

FANCHETTE

C'est quelqu'un de propre, toujours, qui t'as renseigné.

MAX

Parfaitement, quelqu'un de propre ! Et de bien informé I Quelqu'un qui n'a pas comme moi, pauvre idiot, les yeux dans sa poche !

FANCHETTE, réfléchissant, absorbée.

Oui... mais qui pouvait savoir... Ça s'est décidé hier... Max ! ceci est extraordinaire! Qui t'a dit que j'étais ici ?

MAX

Tu veux le savoir ? Tu y tiens ? C'est Marthe !

FANCHETTE, arec un cri.

Marthe! Ah! mon Dieu!

(Elle éclate en sanglots.) MAX, ahuri.

Qu'est-ce qui le prend? tu es folle? qu'estce que c'est que ce déluge ? (ironique.) Ah ! oui, je comprends... Moi, tu t'en fiches, mais tu penses aux potins, tu sais que Marthe ne se privera pas de raconter partout... (Coup de poing sur la table.) Tonnerre de Dieu !... C'est égal, je l'aurais cru plus d'estomac, ma fille. Regarde-moi. De nous deux, c'est encore moi qui fais la meilleure figure...

(Elle continue de pleurer. Il la regarde et sent que son courage va mollir... il se gendarme contre l'attendrissement.) Tu peux pleurer, petite misérable... ** A moi, me faire ça, à moi, ton ami, ton camarade, ton amant. . . Mais parle, bon Dieu ! dis quelque chose ! Dis pourquoi ! Pourquoi celui-là plutôt qu'un autre? Cette espèce de

petit chien d'appartement... (ElU secoue rageusement les épaules. Max se fâche.) Parfaitement ! je maintiens le mot ! Essaie un peu de le dé-

fendre, lui, tu vas voir ! fît rmrcke dans le chambre fiévreusement, bouscule les siégea, furieui ei impuissant contre ces larmes silencieuses.) Mais, bon

Dieu ! ne pleure donc pas comme ça ! c'est odieux, ce parti-pris de passivité ! (Elle sanglote. Il reprend, près de pleurer lui-même d'éner-

teméni.) Je ne dis plus rieû, là î Mais je veux une explication, un mot qui fexcuse, qui me fasse croire, au moins, que tu as agi comme une enfant curieuse devant un livre défendu... Oh! Fanchette !... moi qui te laissais la bride si longue ! {H s'arrête la voix eônpée, très faible, tout à coup.) Ce n'est pas bien, tu sais... C'est lâché... Pourquoi pleures*tu si fort? Pour m'enlevér mon courage, n'estce pas? As-tu peur que je lui fasse du mal,

à lui ? (SIU s&càne la tête avto désolation.) Alors, pourquoi, pourquoi ce déluge?

FANCHETTE, lameniabU.

Il m'a dit que tu étais Tamanl dô Marthe!

MAX, béêni, ««n« eomprendr:

Ouôi?

FANCHETTE, de mnwe.

Il m'a dit que tu étais... U reste se perd dans les Urmes.)

MAX

Que jétaib... Qui t'a dit va •'

FANCHETTE

Le Gosse !

MAX, taUi.

Que j'étais l'amant de... fTropmte., mais ce n'est pas vrai î (A part.) sacré nom . . . 'Haut. Tu ne l'as pas cru ?

FANCHETTt. eesuyant érx /.^rni»>.

^1... xVon... Si... je ne sais plus.

Mais quand t'a-t-il dit ça ?

FAÎ^CHETTE, la voiœ sacc&dee pAr Ua Ldrme$.

Ici, tout à l'heure... Il voulait, tu comprends, il voulait que... que je... Alors, moi, je lui ai dit que non, que ça serait mal... Je

lui ai dit que tu ne serais pas content. Alors, il s'est fâché, il a dit que tu ne te gênais pas, toi... et que je pouvais demander à Marthe... Alors, je l'ai renvoyé... (Silence.)

MAX, se rapprochant d'elle vivement.

Tu n'as pas voulu ? C'est vrai, ça? tu n'as pas. . . (Explosion de joie.) tu n'as pas voulu, mon cher petit ! tu l'as renvoyé ! Au moment où cette rosse de Marthe me disait que tu...

FAN'CHETTE, vivtment.

Elle te disait ça? Où donc, elle te disait ça ?

MAX, bafonilUnt.

Mais... chez moi... Non, qu'est-ce que je dis? Dans la rue, je voulais dire, dans la rue. Elle allait aux Galeries Lafayette, acheter de la... je ne sais plus quoi, je l'ai rencontrée au coin de la rue Àuber et elle m'a dit...

FANCHITTE, aonpçonneaie.

Max, Max, c'est bien curieux que tu l'aies

EN CAMARADES -ilA

rencontrée comme ça par hasard, juste à point pour qu'elle te dise que j'étais ici... Elle n'aurait pas eu le temps de me suivre... (Hochant u tête.) Tout ça, c'est bien des coïncidences, Max... si jamais je venais à savoir

qu'elle est ta maîtresse... (Klle refond e.n larmes. MAX, vivement .

Mais non ! Cent fois non ! (il s'assied et s'essuie le front.) Ma tête se perd, ma parole! Quel est celui de nous deux qui fait une scène à l'autre?

FANCHETTE. impérieuse.

Moi ! moi, j'en ai le droit !

MAX, avec reproche, scandalisé.

Ici? Oh 1

FANCHETTE. de même.

Ici ! et partout !

MAX

Fanchette, ce n'est pas pour te flatter, écoute, mais tu as un culot extraordinaire'.

Et puis enfin, quand même, quand même j'aurais... avec Marthe... Avec elle, ça ne tire guère à conséquence, elle est si peu sauvage.

FANCHETTfi,

Je sais bien qu'elle n'est pas sauvage, mais ce ne serait tout de même pas gentil à toi de parler d'elle comme ça, si elle était ta maîtresse . . . (Frappée d'une idée.) Oh ! Max, songes-tu? si j'avais... si j'avais cédé au Gosse, ce serait peut-être lui qui dirait de moi, que. . . je ne tire guère à conséquence. . . ^Grand soupir. Elle se réfugie contre lui,) Tout ça,

au fond, c'est ta faute !

MAX

Permets!...

FANCHETTE, têtue.

Tu ne m'as pas assez surveillée. Il faut me surveiller, Max, c'est très sérieux ! C'est très joli, ta « liberté sur la montagne » et toutes les fariboles que tu racontes sans en penser un mot, du reste !

MAX

Pardon! je les pense... quand il s'agit des autres.

FANCHETTE

Même en paroles, c'est très malsain, ces principes-là, pour une pauvre petile femme ignorante. Ah! si j'étais homme! je saurais bien ce qu'il faut dire à ma femme. Il faut gronder! « Fais ci, fais ça! Ne va pas là toute seule ! Ne joue pas avec les garçons ! . . . Ne prends pas de camarades d'un sexe différent... »

MAX, iongeur.

Il n'y a pas de camarades de sexes différents...

FANCHETTE

Ah ! j'en ai assez des camarades! Je no veux plus voir personne !

Bon ! mais qu'est-ce que tu feras toute seule ? On dira que je te S(^questre, que je. . .

FANCHETTE, malicieuse.

Ne te tourmente donc pas, mon chéri !

Je ne serai jamais seule, puisque je t'accpjnpagnerai partout, et que tu me rendras la pareille.

MAX, se défendant.

Mais ce n'est pas possible, Fanchette !

FANCHETTE

C'est très possible ! On nous voyait partout l'un sans l'autre, on nous verra partout ensemble. Dans les the's, à cinq heures, aux concerts, aux premières, aux vernissages, partout... Nous serons sensationnels, légendaires, admirés, dénigrés, inséparables!...

MAX, conquis, souriant.

Nous serons ridicules...

FANCHETTE

Nous l'étions déjà. Nousle serons encore... mais autrement... (Baiser.)

MAX, baissant la voiT.

Fanchette, à présent qu'on se r'aime..

dis-moi la vérité ! Où est-il?

Qui ?

MAX

Mais... le Gosse... voyons !

FANCHETTE

Ah î... le Gosse, c'est vrai!... Jure-moi

que tu ne lui feras rien? (Désignant U chambre.

bas.) Il est là. En pénitence. Quand tu as sonné, il voulait aller t'ouvrir, ce petit !

MAX. méchant.

Fallait le laisser faire.

FANCHETTE

Oui, et puis demain, on n'aurait vu que nous dans les journaux. fiUant.j C'est que je te connais, sale bête !

■m EN CAMARADES

MAX

Qu'est-ce qu'on va en faire, à présent ? On ne peut pas le laisser là... il va moisir.

FANCHETTE

On ne peut pas le rappeler non plus I Qu'est-ce qu'on lui dirait ? Me vois-tu lui ouvrant la porte et lui faisant un petit speech?... « C'est fini, on n'est plus fâchés, vous pouvez revenir, à la condition de ne plus recommencer! » Merci! je ne m'en charge pas ! (SUence.j Vas-y, toi...

MAX, €mbét^..

Tu es bonne, toi I Le mari est toujours ridicule dans ces rôles-là. Je suis trop vieux, ou trop jeune, pour ce genre de dénouements pacifiques.

'Silence embarrasgé.J

FANCHETTE

Et si on ne lui disait rien du tout ?

MAX

Gomment, rien?

FAXCHETTE, b*iss&nt la voix.

Oui, tu vas voir. Prends ton chapeau, ta canne. Va chercher la chienne dans l'antichambre. Donne-moi mon chapeau... Là, et ma jaquette. J'ai mes gants... Tu vas voir... Riant, bas ) 11 croira que tu m'as tuée.

MAX, i>a*.

Que je me suis suicidé sur ton corps.

^Ils rient

FANCHETTE, M«i#e, écriiànt rapidement.

Chut !... Il viendra avec une cuvette pour éponger le sang, et il trouvera... ^Se levant.; cette lettre !

MAX

Montre ce que tu lui écris ?

Voilà! C'est à la fois décisif, digne, indulgent et... spirituel. J'ai écrit... (Elle tousse et se

prépare à lire avec une gravité de circonstance.) J ai

écrit: « Adieu, Gosse!... » fCn temps.)

MAX

Et puis?

FANCHETTE

C'est tout. Ce ne n'est pas assez ?

MAX

Heu... Ma foi, en y réfléchissant, c'est assez...

FANCHETTE, posant la lettre en vue.

C'est certainement assez, et puis ça dit bien ce que ça veut dire. Là ! il la verra tout

de suite. (Max va chercher la chienne sous son bras.) Filons, mon chéri, (ils vont sortir, elle l'arrête.)

Embrasse-moi vite, pour dire adieu à ce

vilain endroit... (Baisers.)

(Sortie rapide et chuchotée, rires étouffés. Max heurte un meuble, etc. Silence. La scène reste vide.)

(La porte de droite s'entrebâille et laisse passer La tête du Gosse. IL entre doucement, anxieux, puis voyant la scène vide:;

LE GOSSE, à mi-voix.

Où sont-ils? Je n'entendais rien, j'ai eu

B\BUûlH'-^^y^

peur... (Quelques pas rapides pour inspecter la chambre.) Ils SOnt partis? (Courant à 1.1 fenêtre.)

Gomment, ils s'en vont ensemble? Oh ! ça,

c'est trop dégoûtant ! (Redescendant, dans un mouvement de rage, il aperçoit la lettre et l'ouvre fiévreusement. Lisant:) « Adieu, Gosse ! », c'est tout? (Répétant machinalement.) Adieu Gosse. .. AdieU... Gosse... (Sa voix faiblit et s'étrangle, il lutte contre son émotion, et réussissant à sourire, il froisse la lettre

et la jette.) Si au moins elle avait mis « mon Gosse », ça m 'aurait fait une lettre d'amour. . .

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